Aller au contenu

En ces circonstances exceptionnelles, ECPM vous propose une sélection culturelle afin de prolonger le combat, même depuis chez vous. Documentaires, podcasts, séries, livres numériques… Retrouvez nos trois conseils (classiques à redécouvrir ou coup de cœur à ne pas manquer) pour chaque support accessible en ligne, ainsi qu’un bonus sur les actions d’ECPM. N’hésitez pas à nous proposer vos suggestions sur nos réseaux sociaux !

Documentaires

Serge, condamné à mort

Christine Tournadre a filmé pendant 10 ans Sabine Atlaoui dans son combat pour libérer son mari Serge. Après son arrestation dans une usine d’ecstasy en Indonésie, en 2005, puis sa condamnation à mort, Serge figure sur une liste d’exécution en 2015. Sabine jette alors toutes ses forces dans la bataille pour le sauver. Elle devient une figure engagée pour l’abolition de la peine capitale. Aujourd’hui, Serge est toujours dans le couloir de la mort.


Lindy Lou, jurée n°2

Pour chaque bougie d’anniversaire que William Francome souffle, Mumia Abu-Jamal a passé un an enfermé. Découvrez l’incroyable histoire de l’annulation du procès d’un ancien journaliste noir et ce qu’elle raconte sur l’histoire secrète de la peine de mort aux Etats-Unis. A louer ou acheter sur UniversCine


Irak : les djihadistes face à la justice

La justice irakienne a condamné à mort le 27 mai un quatrième Français pour appartenance au groupe jihadiste État islamique. La veille, trois autres Français ont écopé de la peine capitale pour appartenance à l’EI, ce qui constituait alors une première. ARTE Reportage a mené une enquête sur la justice irakienne en juin 2018.


Mumia Abu-Jamal : Toute ma vie en prison

Pour chaque bougie d’anniversaire que William Francome souffle, Mumia Abu-Jamal a passé un an enfermé. Découvrez l’incroyable histoire de l’annulation du procès d’un ancien journaliste noir et ce qu’elle raconte sur l’histoire secrète de la peine de mort aux Etats-Unis. A louer ou acheter sur Viméo.

MUMIA ABU-JAMAL: In Prison My Whole Life from Lug Cinema on Vimeo.

Longs-métrages

Just Mercy (La Voix de la Justice)

Le combat historique du jeune avocat Bryan Stevenson.  Après ses études à l’université de Harvard, Bryan Stevenson aurait pu se lancer dans une carrière des plus lucratives. Il décide pourtant de se rendre en Alabama pour défendre ceux qui ont été condamnés à tort, avec le soutien d’une militante locale, Eva Ansley. Un de ses premiers cas – le plus incendiaire – est celui de Walter McMillian qui, en 1987, est condamné à mort pour le meurtre retentissant d’une jeune fille de 18 ans.

Disponible en VOD


Clemency

Bernadine Williams, surveillante de prison, doit encore conduire un détenu à travers le Couloir de la Mort. Peu à peu, son travail devient insupportable.

Disponible en VOD


Les hirondelles de Kaboul

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

Disponible en VOD

hirondelleskab
The Penalty

The Penalty raconte les histoires de trois personnes aux destins liés à la peine de mort, celui d’un homme qui a passé 15 ans dans le couloir de la mort, d’un avocat en lutte contre des exécutions de plus en plus en inhumaines et bâclées et celui d’une mère se battant contre la condamnation à la peine de mort du meurtrier de sa fille. A travers ces portraits, c’est tout un système, au plus bas dans l’opinion américaine et toujours plus controversé, que le film cherche à autopsier.

Disponible en VOD


Miracle in Cell N°7 (Koğuştaki Mucize)

Le père, Memo, est légèrement différent des autres puisqu’il souffre d’un handicap mental. Il vivait sa vie du mieux qu’il le pouvait jusqu’à ce qu’il soit injustement accusé et jugé coupable de la mort de la fille du commandant de la loi martiale. Sa peine pour ce crime qu’il n’a pas commis ? La peine de mort.

Disponible sur Netflix


Le pull-over rouge

A Marseille en 1974, une fillette de 8 ans est enlevée par un inconnu. Très rapidement son corps est retrouvé et un jeune homme de 20 ans, Christian Ranucci, est arrêté. Après un interrogatoire musclé, le suspect passe aux aveux, avant de se rétracter. Bien que son dossier comporte de nombreuses zones d’ombres, il est reconnu coupable lors du procès.

Disponible en VOD


La ligne verte

Paul Edgecomb, pensionnaire centenaire d’une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien-chef du pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions capitales en s’efforçant d’adoucir les derniers moments des condamnés. Parmi eux se trouvait un colosse du nom de John Coffey, accusé du viol et du meurtre de deux fillettes. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques,

Disponible en VOD

Podcasts

Les chemins de la philosophie : « Le Dernier Jour d’un condamné » de Victor Hugo

À 26 ans, Victor Hugo rédige « Le Dernier Jour d’un condamné ». Au fil des pages, la mort se fait attendre dans un climat d’angoisse saisissante. Comment l’attente, dans ce récit, se met-elle au service de la cause d’Hugo, celle de l’abolition de la peine de mort ?

À écouter sur France Culture

Affaires Sensibles : Béatrice Saubin – La double innocence

Affaires l’histoire d’une jeune femme, Béatrice Saubin, condamnée à mort pour trafic de drogue par le gouvernement malaisien le 18 Juin 1982. Invitée Maitre Karen Berreby, l’une de ses avocates à l’époque de son emprisonnement et son amie.

À écouter sur France Inter

Dans la tête de Robert Badinter – Le récit intégral

Christophe Hondelatte raconte de l’intérieur deux procès célèbres au cours desquels Robert Badinter voit se forger, en lui, la conviction qu’il faut abolir la peine de mort : le procès de Roger Bontems, en 1972, dont Me Badinter ne parvient pas à sauver la tête et qu’il voit mourir sous la guillotine, et le procès de Patrick Henry, en 1977, qui échappe lui à la guillotine…

À écouter sur Europe 1

Histoires d’Amérique – L’Empreinte
Dans ce premier épisode, Raphael Malkin s’entretient avec Alex Marzano-Lesnevitch, l’autrice de l’Empreinte. Un livre où se déploient en parallèle deux histoires de violences qui se répondent comme rarement la littérature en a connue aux États-Unis.

À écouter sur différentes plateformes

La voie de la justice
Série de quatre épisodes sur la peine de mort réalisée à l’occasion de la sortie du film Just Mercy.

À écouter sur Slate

Séries


Life and death row

Cette série documentaire bénéficie d’un accès inégalé pour présenter des personnes touchées par la peine de mort, y compris les prisonniers et les familles des victimes. Elle raconte la peine de mort à travers les yeux de ceux dont elle a bouleversé la vie. Grâce à des témoignages exceptionnels recueillis à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons elle rend compte l’état d’esprit des détenus. Disponible sur Netflix.


The last defense

Cette série de sept épisodes explore et expose les failles du système judiciaire américain à travers des examens approfondis des cas de Darlie Routier et Julius Jones détenus dans le couloir de la mort. La série cherchera à retracer le chemin qui a conduit Routier et Jones à leur place dans le couloir de la mort, tout en examinant en profondeur leurs histoires personnelles. Disponible sur Netflix.


When they see us

Chronique en 4 parties de la tristement célèbre affaire des « Cinq de Central Park », accusés à tort de viol. Cette mini-série suit les cinq adolescents de Harlem pendant 25 ans, depuis leur interrogatoire en 1989. Disponible sur Netflix.


Preuves d’innocence 

L’Innocence Project dénoue les dysfonctionnements et les erreurs liées à plusieurs condamnations injustifiées, révélant l’injustice infligée aux victimes et aux accusés. Disponible sur Netflix.

Livres numériques

Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo

Indigné par la guillotine et le traitement de la société envers les condamnés, Victor Hugo décide de dénoncer cette aberration à travers son roman : conditions de vie déplorables des prisonniers, traitement inhumain des condamnés en décrivant les souffrances morales et physiques de ces derniers.

À télécharger ici


L’étranger d’Albert Camus

« Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français… »

À télécharger ici


Le procès Ranucci – Témoignage d’un juré d’assises, de Geneviève Donadini

« Début 1976, le procès de Christian Ranucci a lieu au tribunal d Aix-en-Provence. Il sera condamné à mort. Sa grâce sera refusée. IL sera guillotiné le 28 juillet 1976. Jeune mère de famille de 35 ans, Geneviève Donadini fit partie du jury d assises. Elle a vécu dans le silence qui lui imposait la loi pendant plusieurs décennie. Quarante après, elle raconte cette terrible expérience à laquelle elle a participé bien malgré elle et qui a marqué sa vie. »

À télécharger ici

Bande-dessinée

L’Abolition, Le combat de Robert Badinter de Marie Gloris Bardiaux-Vaiente, au scénario, et Malo Kerfriden, au dessin

Ce passionnant roman graphique, centré sur deux des procès les plus emblématiques de Robert Badinter puis sur son accession au poste de Garde des sceaux, revient sur un pan essentiel de l’histoire judiciaire française : le combat pour l’abolition de la peine de mort.

À télécharger ici

Bonus : Les actions d’ECPM en vidéo

Éduquer à l’abolition

En Afrique, le Kenya prononce toujours des peines capitales, mais il y a longtemps que le pays ne pratique plus d’exécutions. Pete Ouko a passé 18 ans dans les prisons kenyanes. À l’initiative de l’ONG « Ensemble contre la peine de mort », il a rencontré des lycéens de l’Ensemble Sainte-Marie de Créteil.


Le Congrès mondial contre la peine de mort

Vous ne l’avez pas encore vu ? Le film du Congrès mondial contre la peine de mort est pourtant à ne pas manquer ! Vous y trouverez des focus sur l’abolition sur le continent africain ainsi que sur l’implication du secteur privé dans la sphère abolitionniste… Et bien d’autres discours passionnants, revenant sur ce grand moment que fut le Congrès de Bruxelles, organisé par ECPM début 2019.


Les missions d’enquêtes

En 2019, ECPM et son partenaire congolais Culture pour la paix et la justice (CPJ) ont arpenté 10 des 80 prisons disséminées aux quatre coins du plus grand pays d’Afrique subsaharienne, la République démocratique du Congo (RDC), afin de mener une enquête de fond sur les conditions de détention des condamnés à mort. George Kishabongo est juge en RDC et a coordonné l’équipe d’enquêteurs sur le terrain.
En savoir plus sur la mission d’enquête « Vers une mort en silence »
Lire le témoignage d’un condamné à mort dans la prison centrale de Makala

Le chiffre est alarmant et vient rejoindre les inquiétudes des défenseurs des droits de l’homme : au moins 280 personnes ont été exécutées l’année dernière en Iran, qui demeure le pays appliquant le plus la peine capitale au monde, après la Chine. Le 12e rapport annuel sur la peine de mort en Iran, réalisé par Iran Human Rights (IHR) et ECPM, évalue et analyse les tendances liées à cette pratique afin de fournir des recommandations adaptées et d’engager un dialogue constructif.

Sa publication intervient dans un climat inédit, emprunt du deuil causé par la répression des manifestations de novembre 2019 -les plus grandes et les plus sanglantes en Iran depuis les années 1980- et les conséquences dramatiques de l’épidémie de Covid-19, à l’origine de plus de 2600 décès depuis le début de l’année, faisant de l’Iran l’un des pays les plus touchés du monde. Dans cette lutte mondiale contre le coronavirus, les droits de l’homme ne doivent pas être oubliés.





Version française


Version anglaise






Aperçu

Le rapport compare les données sur la peine de mort aux années précédentes, présente le cadre législatif international et national, les procédures, les chefs d’accusation, la répartition géographique et mensuelle des exécutions, ainsi que le nombre de femmes et de mineurs exécutés en 2019 (voir l’infographie).

Une fois de plus, les autorités iraniennes ont commis des violations systématiques du droit à un procès équitable et de l’État de droit.

Le manque d’accès à un avocat après l’arrestation, les aveux télévisés et les cas de torture, rappellent que l’amélioration durable de la situation des droits de l’homme sera impossible sans des changements fondamentaux au sein du système judiciaire iranien.

Des milliers d’Iraniens pleurent la perte de leurs proches, tués par les forces de sécurité de la République islamique lors des manifestations de novembre 2019. Au cours de cette répression de la société civile sans précédent, de nombreux défenseurs des droits de l’homme ainsi que des avocats ont été condamnés à de lourdes peines de prison.

En mars 2019, le Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, a nommé Ebrahim Raeisi en tant que nouveau chef du pouvoir judiciaire. Celui-ci est pourtant connu pour avoir joué un rôle clé dans les exécutions de masse de plusieurs milliers de prisonniers politiques au cours de l’été 1988, qui ont été largement reconnues comme des crimes contre l’humanité. La société iranienne est entrée dans une nouvelle phase, alors que le peuple lutte pour des changements fondamentaux. L’année 2019, qui a commencé par de petites manifestations, s’est soldée par les plus grandes et les plus sanglantes en Iran depuis les années 1980. Rien n’indique aujourd’hui que les protestations vont s’arrêter.

Avec le lancement de ce rapport, IHR et ECPM appellent la communauté internationale ainsi que les partenaires européens du dialogue avec l’Iran à faire pression pour un moratoire sur l’application de la peine de mort et pour des réformes majeures du système judiciaire du pays, qui ne répond pas aux normes internationales minimales. Les dirigeants iraniens et tous les organes impliqués dans la répression doivent être tenus pour responsables par la communauté internationale.

IHR et ECPM appellent les autorités iraniennes à prendre sérieusement en considération les recommandations faites dans ce rapport, ainsi que celles de l’EPU faites par les membres du Conseil des droits de l’homme. L’imposition d’un moratoire de 5 ans sur la peine de mort, la libération de tous les prisonniers d’opinion, y compris les défenseurs des droits de l’homme et les avocats, l’octroi de la liberté de réunion et de sérieuses réformes du système judiciaire conformément aux normes internationales, figurent parmi les recommandations que les autorités iraniennes doivent adopter comme premières étapes vers des réformes fondamentales et pacifiques.

« C’est en République d’Iran que l’on compte le plus grand nombre d’exécutions capitales par rapport à la population globale. C’est en République islamique d’Iran que l’on exécute proportionnellement le plus grand nombre de femmes et de mineurs. Ces pratiques odieuses dénaturent le vrai visage de l’Islam, religion qui proclame la primauté de l’amour et de la vie sur la haine et la mort.
Pour nous, laïcs et abolitionnistes, de telles pratiques déshonorent le pouvoir qui s’y adonne et humilient la nation au nom de laquelle ces meurtres légaux sont pratiqués. L’Iran et son peuple, héritiers d’une longue et grande histoire, méritent mieux que ce palmarès de sang. Le jour inévitable et prochain où la peine de mort disparaîtra de l’Iran sera pour tous les abolitionnistes – et d’abord en Iran – un jour de liesse, une victoire de la vie sur la mort. »

Extrait de la Préface par Robert Badinter, ancien ministre de la Justice (France) et président d’honneur d’ECPM.

Photo © Christophe Meireis
Photo © Christophe Meireis

Ce moment unique dans l’histoire du XXe siècle où près de la moitié de l’humanité expérimente l’enfermement

Un nouveau mot a fait son apparition dans le langage commun : le confinement. Ce terme inusité autrefois est en passe de devenir l’alpha et l’oméga de toute conversation et pensée rationnelle de notre temps. Les « coronials » pourraient bien prendre la place des « millenials » dans un futur assez proche.

ECPM et ses équipes, comme une grande partie du monde aujourd’hui, observent un confinement strict, car c’est par une solidarité accrue et un sens des responsabilités que nous gagnerons contre cette pandémie. Une responsabilité que l’on se doit d’avoir pour autrui, pour les anciens, pour tous les plus faibles et les plus fragiles d’entre nous.

Parmi eux se trouvent tous les prisonniers à travers le monde pour qui nous avons une pensée particulière, qui du fond de leur cellule vivent avec une angoisse exacerbée les folies de ce monde nouveau. À l’isolement, se rajoute la peur de la maladie et l’angoisse de ne pas avoir de nouvelle de leur famille. Les familles, de leur côté perdent le contact avec leur proche incarcéré, souvent mis à l’isolement, dans une sorte de « quarantaine » permanente, où ils croupissent sans nouvelles, sans information de ce qui se joue à l’extérieur de leur monde clos.

Je pense tout particulièrement en cet instant à Serge Atlaoui au fond de sa prison de Kembang Kuning sur l’île de Nusa Kambangan en Indonésie.

Je pense au 24 mars 2010, il y a 10 ans exactement, où Hank Skinner, dans la tristement célèbre prison de Huntsville au Texas, devait être exécuté. Je me rappellerai éternellement ce soir où tous réunis sur la place de la Concorde à Paris, devant l’ambassade des États-Unis à quelques heures de l’exécution programmée de Hank Skinner nous continuions d’y croire malgré les minutes qui s’égrenaient. J’avais Sandrine Ageorges-Skinner, son épouse et mon amie en direct du Texas, qui était encore et toujours confiante, l’actrice Lou Doillon venait nous apporter son soutien, les militants, sympathisants et autres partenaires d’ECPM étaient tous présents, criant leur soutien. Hank a survécu à 45 min de l’exécution. Je pense à Mumia Abu-Jamal qui a passé 38 ans derrières les barreaux (dont 26 ans condamnés à mort).

Je repense toujours à Dostoïevski, dans L’Idiot, qui nous montre que le condamné à mort meurt deux fois : Il meurt dans sa certitude qu’il va être exécuté et il meurt sur l’échafaud. Je rajouterais qu’il meurt à petit feu, également dans ce purgatoire terrestre, qui n’a rien de réparateur mais tout de la main vengeresse de l’Homme.



Lire aussi : « Il y a 10 ans, Hank Skinner échappait de peu à son exécution – Le témoignage de Sandrine Ageorges-Skinner »

« Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d’une nation qu’en visitant ses prisons » – Fiodor Dostoïevski

Cette expérience que nous vivons tous, malgré nous, peut nous amener collectivement à se tourner vers l’autre dans une expérience d’empathie collective au-delà des frontières, au-delà des murs, au-delà des barreaux. Deux choix s’offrent à nous après cette crise : soit nous reprenons nos vies comme avant, sans rien changer de nos habitudes, de nos comportements écologiques, éthiques et sociaux, soit nous considérons qu’il y a un avant et un après « confinement ». Que nous ne pouvons plus accepter la torture de l’enfermement. Les missions d’enquêtes qu’ECPM mène dans les couloirs de la mort partout dans le monde font partie de cette pédagogie, pour expliquer les conditions de vies très souvent scandaleuses dans les couloirs de la mort aussi bien dans des prisons insalubres et surpeuplées au cœur de la RDC ou dans la moiteur indonésienne, que dans les pénitenciers désincarnés et déshumanisant américains.

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM

Le 23 mars 1995, il y a 25 ans, la Cour du Texas condamnait Hank Skinner à mort. Après 15 ans d’enfermement, le 24 mars 2010, il échappait à l’injection létale, à 25 minutes près. Nous sommes le 24 mars 2020 et Hank Skinner est toujours dans les couloirs de la mort du Texas. Son épouse, Sandrine Ageorges-Skinner, fait le point sur la situation de Hank, dix ans après cette journée où tout aurait pu basculer.

Vous pouvez continuer de soutenir Hank Skinner en faisant un don sur cette page.

ECPM – Quand avez-vous appris que l’exécution de Hank était programmée ? 

Sandrine Ageorges-Skinner – Nous l’avons appris par hasard en novembre 2009… Son avocat l’a su par un collègue qui venait de consulter la liste des exécutions programmées sur le site de l’administration pénitentiaire. Initialement, l’exécution était prévue le 24 février 2010, jour de l’ouverture du 5e Congrès mondial contre la peine de mort [organisé par ECPM] au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. A cause d’un vice de procédure, le mandat a été reporté au 24 mars 2010.


En savoir plus sur notre campagne pour Hank Skinner

Sur quel(s) front(s) vous êtes-vous mobilisée pour que l’exécution n’ait pas eu lieu ?

La mobilisation a été multiple. Nous avions préparé deux pétitions pour deux temps d’action. La première destinée à la procureure en charge du dossier pour exiger que les sellés soient transmis à la défense pour que des tests ADN puissent être effectués à nos frais dans un laboratoire privé. Elle a reçu plus de 20.000 signatures, principalement du Texas et des États-Unis ce qui a permis de lancer une grande campagne médiatique.

Dans un deuxième temps, une pétition à destination du gouverneur du Texas, Rick Perry à l’époque, celle-ci a reçu plus de 200.000 signatures en moins de 48 heures et a amplifié la couverture médiatique à tous les grands médias nationaux. Nous recherchions principalement des signatures au Texas et aux USA, car malheureusement la pression de l’étranger a souvent un effet contre productif au Texas. Le gouvernement français a également écrit au gouverneur pour demander le report de l’exécution pour que les tests ADN puissent être effectués.


Mobilisation pour Hank Skinner, Place de la Concorde le 24 mars 2010

Mobilisation pour Hank Skinner, Place de la Concorde le 24 mars 2010

En France, le soutien d’ECPM a été déterminant pour la médiatisation du dossier de Hank dans le pays et en Europe, ainsi que pour la levée des fonds nécessaires pour financer les tests ADN. Un rassemblement avait été organisé par ECPM Place de la Concorde le 24 mars 2010, auquel se sont jointes plusieurs ONG françaises.

Au final, si l’exécution n’a pas eu lieu, c’est grâce à une combinaison de plusieurs moyens de pression, mais bien sûr au final, cette décision n’a été que du ressort de la Cour suprême des États-Unis. 
Pourquoi la Cour suprême a-t-elle annulé cette exécution ?

Le 24 mars 2010, la Cour suprême des États-Unis a accordé un sursis illimité à Hank, 25 minutes avant l’heure programmée de son exécution. Cette décision n’était pas définitive car la cour n’avait pas encore décidé de revoir son dossier sur le fond, il faudra attendre encore deux mois, jour pour jour, pour qu’elle décide de le faire, ce qui a renforcé l’angoisse de l’attente. Si elle avait refusé le dossier, une nouvelle date d’exécution aurait été programmée pour trente jours plus tard car tous les recours avaient déjà été épuisés.

La question qui était posée à la Cour ne concernait en rien son innocence, mais le fait de confirmer qu’un détenu pouvait se pourvoir aussi bien au civil qu’au pénal pour demander des tests ADN. Jusqu’alors, certains états n’autorisaient que le pénal ou le civil, mais pas les deux. Il s’agissait donc d’obtenir une jurisprudence fédérale applicable dans l’ensemble du pays et pour tous les prisonniers, ce qui, grâce à Hank, est le cas aujourd’hui car la Cour suprême lui a donné raison le 7 mars 2011.

Sans ce délai d’attente lié au traitement judiciaire de son dossier, Hank serait mort. 

Entre temps, l’État du Texas a voté un texte de loi facilitant grandement l’accès aux tests ADN en phase d’appel, loi applicable au 1er  septembre 2011. C’est ainsi qu’il a pu enfin obtenir des tests ADN.

Comment Hank et vous vous êtes-vous sentis après qu’il soit sauf ?

Nous étions bien sûr soulagés, épuisés mais confiants dans l’avenir, même si s’en est suivi une période de dépression difficile à gérer. Rien ne peut préparer quelqu’un à absorber autant de stress et d’angoisse sans parler du sentiment d’impuissance pendant l’attente.

10 ans plus tard, comment a évolué la situation de votre mari ? Et celle de la peine de mort au Texas ?

Les tests ADN ont finalement pu avoir lieu après de nombreuses négociations avec l’État du Texas, mais pas comme nous l’aurions souhaité car nous n’avons pas eu le choix du laboratoire imposé par l’état. Comme dans de nombreux laboratoires de police scientifiques aux États-Unis, le travail a été bâclé. Le profil ADN complet du technicien du labo a été relevé sur plusieurs sellés, ainsi que le profil du greffier au tribunal lors de son procès.

Nous sommes toujours en phase d’appel car si l‘État et la défense sont d’accord sur l’analyse des résultats, ils ne sont pas du tout d’accord quant à la conclusion. L’ADN de Hank est relevé à plusieurs endroits dans la maison, ce qui est logique car il y vivait, mais il n’est jamais mélangé à celui des victimes. Par contre, on a relevé l’ADN partiel d’un homme inconnu sur une des armes du crime ainsi que dans une tâche de sang mélangé au sang de deux des trois victimes, mais l’État estime que cela n’a rien à voir avec le crime et ne remet pas en cause sa culpabilité…


En l’état actuel de l’appel, ce que nous devons prouver aujourd’hui est que si ces résultats de tests ADN avaient été disponibles au moment de son procès, Hank n’aurait pas été condamné. 

Si la cour d’appel nous donne raison, il aura alors le droit de déposer enfin un recours pour prouver son innocence. Le chemin est encore long, l’attente toujours aussi douloureuse et Hank s’accroche avec une énergie de vie incroyable. Nous sommes assez inquiets pour la suite car nos moyens financiers sont très limités actuellement alors que nous devrions rapidement engager des experts. Mais nous ne perdons pas espoir car la générosité, en particulier en France, nous a permis de financer une partie des tests ADN qui n’était pas prise en charge par l’État. C’est difficile d’accepter que l’argent puisse sauver une vie, mais aux USA, c’est comme ça.

Propos recueillis par Adèle Martignon, ECPM

24 MARS 2020

Déclaration conjointe

À l’adresse des gouvernements des États membres de l’Union africaine et des organisations internationales de défense des droits humains en Afrique

Alors que l’Europe est devenue depuis 10 jours le nouvel épicentre de la pandémie du Covid-19, virus qui a d’abord affecté la Chine avant de se répandre dans le reste du monde, les pays africains se préparent à faire face à une augmentation substantielle du nombre de cas. À la date du mercredi 25 mars, on recensait plus de 2000 cas sur l’ensemble du continent, dont 275 décès. 43 pays sur 54 sont actuellement touchés selon Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Un accroissement rapide de la courbe des cas recensés est à présent inéluctable et des directives ont été prises par les gouvernements visant à juguler la dispersion du virus. Cela est évidemment à saluer.

Dans tous les pays submergés par le nouveau Coronavirus, les catégories les plus vulnérables de la population sont aussi les plus exposées aux conséquences graves du virus. À côté des personnes de plus de 65 ans qui constituent la tranche d’âge à risque, les personnes fragiles sur le plan social et économique subissent de plein fouet les éventuelles carences des systèmes de santé et de protection sociale. C’est particulièrement le cas des détenus et des personnes migrantes placées en détention ou en rétention.

En effet, selon la communauté scientifique, les prisons et les centres de rétention pour migrants représentent un risque accru, non seulement parce que le virus se propage plus vite dans un lieu confiné, souvent faiblement ventilé et insalubre, mais également parce que les conditions médicales préexistantes fragilisent la santé des détenus. De fait, les maladies infectieuses circulent en plus grandes proportions au sein de la population carcérale (S. Kinner & al., Lancet, 2020).

On peut présager qu’en raison de la forte disparité des systèmes de santé et des infrastructures médicales et pénitentiaires dans les différents pays d’Afrique, les niveaux d’exposition à la crise sanitaire seront variables. Néanmoins, la question des prisons est actuellement trop largement ignorée dans le contexte africain, alors même que les prisons sont des lieux à haut risque de transmission.

Actuellement, dans la plupart des pays, les seules initiatives prises pour réduire la dispersion du virus en milieu carcéral se limitent souvent à interdire les visites des familles et des proches et à supprimer les activités collectives. De telles mesures amènent plusieurs remarques :

  • Leur efficacité peut d’abord être questionnée. L’incarcération de nouveaux prévenus, les extractions vers les tribunaux et la communication avec le personnel pénitentiaire sont autant d’interactions avec le monde extérieur qui annihilent fortement l’impact de ces politiques.
  • Elles peuvent être sources d’incompréhensions, de tensions importantes et parfois de révoltes et de mutineries, comme tel a été le cas en France, en Italie, au Brésil ou au Tchad. La pression carcérale extrêmement élevée que l’on rencontre dans de nombreuses prisons africaines (atteignant parfois des seuils de 200 à 600% de taux d’occupation) attise encore plus ce risque d’émeutes.

Si les signataires de ce communiqué ne contestent pas en soi la nécessité de maîtriser davantage la communication entre les détenus et leurs proches afin de les protéger, ils soulignent que les droits des détenus doivent être garantis et demandent à ce que des alternatives soient trouvées : communications à distance, derrière une vitre ou par téléphone, lorsque cela est possible.

Mais surtout, les signataires considèrent que de telles mesures ne sont que subsidiaires par rapport à la nécessité de réduire substantiellement et immédiatement la population carcérale. Ainsi, les signataires demandent aux gouvernements africains d’agir sans délai pour protéger la population carcérale et lutter structurellement pour l’ensemble de la population en réduisant la pression carcérale dans les différents pays.

Ils recommandent dès lors :

  • Par des mesures de grâces et d’amnisties, de libérer les détenus qui arrivent au terme de leurs peines, ainsi que ceux qui sont dans la tranche d’âge à risque et dont la détention ne se justifie plus. L’Iran a récemment décidé de vider ses prisons afin de lutter contre la pandémie (aboutissant à la libération provisoire de dizaine de milliers de détenus). En Afrique, la Tunisie a ainsi rapidement accordé la grâce présidentielle à 1800 détenus (aboutissant à la libération effective de 670 prisonniers et accordant une remise de peine aux autres) et envisage d’autres libérations à court terme. Le gouvernement béninois a de son côté mis en place des mesures drastiques de protection sanitaire des détenus. Ces exemples sont salués par les signataires du communiqué.
  • En dialogue avec les acteurs judiciaires et administratifs, de prendre des mesures pour suspendre le recours à la garde à vue et à la détention préventive et libérer, sans cautionnement, les détenus poursuivis pour de délits mineurs, passibles de peines inférieures à 2 ans d’emprisonnement, et ne représentant pas de danger pour la sécurité publique.
  • En concertation avec les autorités judiciaires compétentes, accorder la libération conditionnelle aux détenus condamnés qui intègrent les conditions reprises par les procédures propres à chacun des pays.

À côté des mesures visant à réduire la population carcérale, les signataires demandent aux autorités de :

  • Mettre en place des alternatives (téléphoniques, épistolaires, etc.) pour lutter contre l’isolement des détenus et leur permettre de communiquer avec leurs proches et familles.
  • Augmenter la capacité de diagnostic et de suivi médical au sein des prisons, comme demandé par l’OMS et considéré comme technique première de limitation de la propagation du virus ; en particulier, accroître les mesures de protection des détenus dont le système immunitaire est fragilisé comme ceux atteints du VIH ou de la tuberculose.
  • Rendre effectif le diagnostic médical systématique dès l’entrée en prison, conformément à la Règle 30 de l’Ensemble des règles minima des Nations-Unies pour le traitement des prisonniers.
  • Consolider l’accès à la justice et le contrôle du respect des droits fondamentaux, en renforçant le dialogue avec les ONGs et en facilitant l’assistance judiciaire aux détenus pour garantir le respect du droit international, en particulier des articles 5 et 16 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et de l’Ensemble des règles minima des Nations-Unies pour le traitement des détenus.
  • Assurer un suivi social et sanitaire des personnes libérées, dans le cadre de la mise en œuvre d’une politique de santé publique
  • Protéger adéquatement le personnel pénitentiaire contre la contamination du virus.

Signataires  ONGs et acteurs nationaux 

  • ACAT / Bénin
  • ACAT / Congo Brazzaville
  • ACAT / Côté d’Ivoire
  • ACAT / Tchad
  • Alliance pour l’Universalité des Droits Fondamentaux (AUDF) / RDC
  • Association Adala / Maroc
  • Association des juristes de Sfax / Tunisie
  • Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales (APLFT) / Tchad
  • Barreau de Bujumbura / Burundi
  • Barreau du Kasaï Oriental / RDC
  • Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT)/ Togo
  • Caritas Mauritanie / Mauritanie
  • Chapter Four /Uganda
  • Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) / Mali
  • Commission nationale des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CNDHLF) / Centrafrique
  • Culture pour la Paix et la Justice (CPJ) / RDC
  • Centre pour la Qualité du Droit et la Justice (CQDJ)/Burkina Faso
  • Fondation Bill Clinton pour la Paix / RDC
  • Fraternité des Prisons – Kongo Central / RDC
  • Humanisme & Droits humains – Lubumbashi (HDH) / RDC
  • Legal Aid Service Providers Network (LASPNET) / Uganda
  • Ligue sénégalaise des droits de l’homme / Sénégal
  • Lutte contre la torture / Bénin
  • Mouvement citoyen Cocorico / RDC
  • Observatoire Marocain des Prisons / Maroc
  • Public Interest Law Centre (PILC) / Tchad
  • Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) / Sénégal

ONGs et acteurs internationaux

  • Avocats Sans Frontières (ASF)
  • Conférence Internationale des Barreaux (CIB)
  • Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM)
  • Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH)
  • FIACAT
  • Planète Réfugiés-Droits de l’Homme
  • Synergies Coopération
  • Pr Ghislain Patrick Lessène, Enseignant à l’Université de Genève et Directeur exécutif du Centre d’Etudes Juridiques Africaines (CEJA)

« ECPM et ses équipes, comme une grande partie du monde aujourd’hui, observent un confinement strict : c’est par une solidarité accrue et un sens des responsabilités que nous gagnerons contre cette pandémie. Une responsabilité que l’on se doit d’avoir pour autrui, pour les anciens, pour tous les plus faibles et fragiles.

Parmi ceux-là se trouvent tous les prisonniers à travers le monde pour qui nous avons une pensée particulière, qui du fond de leur cellule vivent avec une angoisse exacerbée les folies de ce nouveau monde. À l’isolement, se rajoute la peur de la maladie et l’angoisse de ne pas avoir de nouvelles de leur famille.

Dans cette période d’incertitude, ECPM s’engage à maintenir son action militante contre la peine de mort dans le monde. Nos équipes continuent leurs activités, dans le respect des recommandations formulées par l’État, malgré les difficultés évidentes à la mise en œuvre de notre combat. Nos actions et programmes reprendront ainsi normalement ultérieurement. 

Nous nous excusons par avance, si nous ne pouvons répondre à vos sollicitations dans les prochains semaines.

Je vous remercie. »

Raphaël Chenuil-Hazan

Directeur général ECPM

Au moins 500 femmes sont actuellement dans les couloirs de la mort à travers le monde. Bien qu’il soit impossible d’obtenir des chiffres exacts, on estime que plus de 100 femmes ont été exécutées au cours des 10 dernières années – et potentiellement des centaines d’autres.
Le Congrès mondial contre la peine de mort (qui se tenait à Bruxelles il y a un an) a, pour la première fois, mis la condition des femmes condamnées à mort au cœur du débat. Les échanges ont permis de commencer à étudier plusieurs questions importantes, qu’il nous semble important de rappeler, à l’approche de la journée internationale des droits des femmes. Les femmes et la peine de mort : chiffres-clés Infographies issues du rapport Conditions de détention des femmes condamnées à mort,  publié par Penal Reform International,
avec Cornell Center on the Death Penalty Worldwide et la Coalition mondiale contre la peine de mort. Des données insuffisantes

Présentant Judged for More than Her Crime (« Jugée pour plus que son crime »), rendant compte de la situation dans le monde et du vécu des femmes condamnées à mort, Delphine Lourtau a souligné un problème de base : il existe peu de publications et de données quantitatives concernant les femmes détenues, particulièrement les femmes condamnées à mort.

Conséquence de cet état de fait, les chercheurs mobilisés pour ce rapport n’ont pas été en mesure d’évaluer avec précision le nombre de femmes condamnées ou exécutées. Il est vrai que les femmes représentent un petit pourcentage des condamnés à mort mais, alors que les mineurs sont encore moins nombreux, leur situation a bien été documentée. À l’heure actuelle, les femmes sont invisibles dans le couloir de la mort.

La violence sexiste à l’encontre des femmes

Tous les membres du panel ont observé qu’un pourcentage élevé de femmes condamnées à mort ont été victimes de violences sexistes, dont notamment des mariages forcés étant pour certaines adultes ou mineures. D’ailleurs, beaucoup ont été condamnées

pour le meurtre du conjoint qui leur infligeait cette violence. Il est rare que des femmes commettent d’autres formes de violence grave. Pour illustrer ce point, le panel a remarqué que 102 femmes ont été condamnées à mort en Thaïlande, dont seulement sept pour des infractions en lien avec la drogue. Cette constatation vient appuyer l’argument selon lequel il faudrait analyser à part la situation des femmes détenues, y compris dans le couloir de la mort.

 

Une évaluation judiciaire imparfaite

De nombreuses juridictions n’acceptent pas (ou ne l’acceptaient pas auparavant) l’argument de la légitime défense lorsque des femmes tuent leur conjoint violent. Cette erreur d’évaluation est encore aggravée par le fait que de nombreux tribunaux ne reconnaissent ou ne reconnaissaient pas que, accumulée sur une longue période, la maltraitance peut déclencher une violence extrême chez la victime. Ainsi, dans de nombreux cas où la maltraitance ayant déclenché le meurtre n’était pas plus grave que les violences subies précédemment, les tribunaux ont refusé d’examiner l’argument de la légitime défense ou des circonstances atténuantes. Par ailleurs, s’il est vrai que les femmes se voient souvent infliger des peines plus clémentes parce qu’on les suppose moins violentes (forme de préjugé de genre), celles dont on considère qu’elles ont transgressé les « valeurs féminines » (et qui sont décrites comme des Jézabel, des femmes adultères, des mauvaises mères ou des femmes fatales) sont jugées plus durement et sont davantage susceptibles d’être condamnées à mort.

 

Le panel a échangé autour de la question suivante : « Les hommes sont-ils des criminels par nature, tandis que les femmes le deviennent par circonstances ? » Mme Lourtau a expliqué qu’elle rechignait à adopter une approche essentialiste ou l’idée que les femmes ne sont pas potentiellement violentes. Elle a estimé qu’il était dangereux de se concentrer exclusivement sur les femmes emprisonnées à tort ou ayant survécu à des violences sexistes. En effet, en s’intéressant trop aux femmes victimes, on risque de masquer l’argument fondamental contre la peine de mort et le droit à la justice pour les hommes et les femmes ayant commis des crimes.

 

Agnès Callamard a poussé cet argument plus loin. Sous l’angle du droit relatif aux droits de l’homme, les défenseurs des droits de l’homme sont tenus de décrire les prisonniers comme des victimes car, pour prouver que leurs droits ont été bafoués, il est nécessaire d’identifier un « coupable » et une « victime ». En ce sens, les défenseurs des droits de l’homme argumenteront que les femmes condamnées à mort sont victimes des pratiques des États. « Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un crime de sang-froid qu’une femme n’est pas victime de l’État. » Mme Lourtau acquiesce et ajoute que de la même manière, les hommes dans le couloir de la mort sont, en matière de droit, également des victimes de l’État.

 

Tous ces échanges ont souligné que, pour parvenir à une justice universelle, il est primordial de reconnaître la spécificité des femmes et de leur vécu. Lorsque les sociétés ne reconnaissent pas la différence d’impact chez des personnes ayant des caractéristiques propres (hommes, femmes, enfants, minorités, etc.), les schémas de discrimination systémique deviennent invisibles et les membres des sociétés en question se rendent complices de cette discrimination et du déni que subissent les femmes et autres minorités. C’est une raison fondamentale pour laquelle il est essentiel d’étudier la situation des femmes de manière discrète, sans formes explicites ou implicites de plaidoirie spéciale ou de préjugés sexistes.

 

L’importance des alliances

Cette constatation a soulevé une dernière question. Angela Uwandu a encouragé le mouvement abolitionniste à « inclure de nouveaux partenaires dans ce combat », en formant des alliances avec le mouvement des droits des femmes. Elle a expliqué qu’au Nigeria, les organisations en faveur des femmes aident les détenues, mais pas les condamnées à mort, qui sont très peu nombreuses. Pourtant, même rares, les femmes dans le couloir de la mort ont des besoins précis auxquels il faut répondre. C’est pourquoi il faudrait diffuser les problématiques spécifiques des condamnées à mort auprès de ces organisations et les encourager à rejoindre le mouvement.

 

Défis et recommandations
  • Il est essentiel de recueillir davantage de données quantitatives concernant le nombre de femmes dans le couloir de la mort et leur situation.
  • Il est également nécessaire de recueillir les récits de ces femmes, notamment la manière dont elles ont été traitées et ont vécu avant et pendant leur procès, puis après leur condamnation.

 

Cornell Center on the Death Penalty Worldwide, Judged for More than Her Crime : A global overview of women facing the death penalty (2018). Disponible en anglais.

Contenu issu du débat L’application discriminatoire de la peine de mort à l’égard des femmes, tenu lors du 7e Congrès mondial contre la peine de mort de Bruxelles (1er mars 2019), modéré par Aurélie Plaçais (Directrice de la Coalition mondiale contre la peine de mort, France), avec les interventions de : Delphine Lourtau (Directrice générale de Cornell Center on the Death Penalty Worldwide, États-Unis), Susan Kigula (Ancienne condamnée à mort, Ouganda), Danthong Breen (Conseiller principal de l’Union pour les libertés civiles, Thaïlande),  Angela Uwandu (Directrice de l’antenne nigériane d’Avocats sans frontières, France et Nigeria) et Agnès Callamard (Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, France).

Déjà une année s’est écoulée depuis le 7e Congrès mondial contre la peine de mort, qui se tenait à Bruxelles du 26 février au 1er mars 2019. Un an après, le travail pour l’abolition universelle continue de porter ses fruits, et c’est grâce à vous ! Dernière sortie en date : Les Actes du Congrès, que vous pouvez désormais consulter dans leur version française.

Plus diversifiée, plus participative et plus formatrice que jamais, cette 7e édition a réuni plus de 1500 acteurs du combat abolitionniste, venus des quatre coins du monde. Ensemble, pendant ces quatre jours de débats, de formations, d’ateliers et d’événements culturels, nous avons saisi l’opportunité de rassembler nos forces et nos idées pour faire naître des projets et atteindre notre but commun : l’abolition universelle de la peine de mort.

Lire aussi : La rentrée politique d’ECPM – Les Actes du 7e Congrès Mondial présentés à l’ONU



Bien d’autres chantiers ont été menés depuis le Congrès, nous vous en présentons quelques uns ci-dessous ! Et vous, quels projets avez-vous initié ou mené sous l’impulsion du Congrès ?

  • Dédié une chaîne Youtube rassemblant toutes les vidéos du Congrès et régulièrement mise à jour


Cliquez pour découvrir notre dossier spécial



Bien sûr, nous avons aussi poursuivi nos actions de plaidoyer en Indonésie, en Malaisie, au Cameroun, en RDC, dans les pays du Maghreb, en Iran et en Mauritanie…

Et comme le travail pour l’abolition universelle est une course de fond, restez à l’affût car ECPM, qui célèbre ses vingt ans cette année, prépare bien d’autres projets.

ET VOUS, QU’AVEZ-VOUS FAIT DEPUIS LE CONGRES ?

Rappelez-vous… Après le Congrès, nous vous avions demandé de nous tenir informés, si vous étiez amenés à lancer un projet, une campagne ou à publier un rapport à vocation de plaidoyer ou de sensibilisation à l’échelle locale ou plus large. Certains d’entre vous ont déjà agit, d’autres sont prêts à se lancer.

Il est temps de nous en dire plus sur ces projets !
Nous pourrons les relayer auprès de l’ensemble de nos réseaux partenaires, leur donner une visibilité accrue, et faire que les synergies créées lors du Congrès se mettent en oeuvre localement. Pour cela, donnez de vos nouvelles à  amartignon@ecpm.org.

Le saviez-vous ? 2020 est l’année nationale de la bande dessinée ! Le concours jeunesse lancé pour l’occasion à l’automne 2019 par ECPM, et basé sur l’oeuvre de Marty Planchais Le Petit Bourreau de Montfleury, a inspiré plus d’un artiste en herbe… Il est temps de féliciter les gagnants.

ECPM a le plaisir d’annoncer les grands gagnants du concours de bande dessinée 2019 Cas.e de conscience :

Pour la meilleure réalisation, le gagnant est Mathis K., du Lycée Albert 1er, Monaco

Pour la réalisation la plus originale, les gagnants sont Taline, Esra, Idris, Rostom, Océane et Elise, élèves de terminale du Lycée George-Sand, Domont, France

Pour la réalisation la plus esthétique, les gagnants sont Eneo, Justine, Joanne, Emilie, Iris et Elodie, élèves de terminale du Lycée George-Sand, Domont, France












Cliquez sur les cases pour découvrir les planches.

La remise des prix du concours « Cas(e) de conscience » s’est tenue dans une ambiance joviale et créative au Lycée George-Sand de Domont (95).

Les artistes en herbe ont pu rencontrer et échanger avec le créateur du Petit Bourreau, Marty Planchais. Après les avoir félicité, l’auteur-dessinateur leur a donné des conseils techniques liés à son métier, qu’ils ont pu mettre en pratique lors d’une activité consistant à redessiner quelques un des personnages en suivant sa méthode : partir d’une forme géométrique différente pour chaque personnage.

Les élèves gagnants du concours sont repartis avec une BD dédicacée et leur planche en grand format!

ECPM remercie l’ensemble des participants qui ont témoigné d’une grande créativité pour s’emparer d’un tel sujet.

Nous remercions particulièrement Marty Planchais, auteur de la bande dessinée « Le petit bourreau de Monfleury » de s’être prêté au jeu de confier la fin de son œuvre aux jeunes artistes.



Congrès mondiaux, campagnes de sensibilisation, missions d’enquêtes, interventions dans les écoles… Tous ces succès d’ECPM sont le fruit du travail d’une poignée de militants qui, à force d’audace et de ténacité, ont su créer l’association abolitionniste française de référence. Retour sur l’histoire d’un combat commun en 5 points-clés.

Tout commence par un livre. En 2000, Lettre ouverte aux Américains pour l’abolition de la peine de mort, écrit par Michel Taube et Benjamin Menasce, fait son entrée dans le catalogue de la petite maison d’éditions L’Ecart. À la surprise générale, les médias s’emparent massivement du livre, et la lutte contre la peine de mort aux États-Unis fait son entrée sur les couvertures de magazines. Pas totalement prise de court, l’équipe de l’Ecart saisit l’occasion pour lancer une pétition qui récoltera plus d’un demi-million de signatures, déposées par Catherine Deneuve aux portes de l’ambassade des États-Unis à Paris. À l’Ecart, on envisage sérieusement une reconversion. Et si on passait de l’édition à l’abolition ? Le 10 octobre 2000, date anniversaire de l’abolition en France, les statuts d’Ensemble contre la peine de mort sont déposés en préfecture.


Une du magazine Télérama, 2000

Une du magazine Télérama, 2000

En sondant les forces abolitionnistes en présence dans le monde, la jeune association fait un constat surprenant : les acteurs sont là, un peu partout, mais ne se rencontrent presque jamais. Et si on les fédérait ? En 2001, ECPM organise à Strasbourg le 1er Congrès mondial contre la peine de mort, autour d’une recette qui fait toujours ses preuves aujourd’hui : une haute représentation politique, des débats de qualité, un riche programme culturel puis une marche de clôture dans les rues.

Pour son premier essai, ECPM place la barre très haut : le Parlement européen accepte, exceptionnellement, d’ouvrir son hémicycle aux participants et la marche réunit près de 10 000 personnes. Surtout, la création de la Coalition mondiale contre la peine de mort est actée. Un instrument essentiel à la coordination et à la communication entre les abolitionnistes du monde entier qu’ECPM portera pendant de nombreuses années.

Robert Badinter au Congrès de Bruxelles, 2001
Robert Badinter au Congrès de Bruxelles, 2001

C’est donc décidé : ECPM organisera, tous les 3 ans, un événement mondial pour l’abolition. Ce sera même la tâche principale de l’association pendant de nombreuses années. « Le boulot qu’on faisait tous quasiment bénévolement, se souvient le président fondateur Olivier Déchaud, c’était chercher de l’argent pour le prochain congrès ». Comme toute jeune ONG, ECPM doit faire sa place. Grâce à l’engagement d’une équipe réduite mais terriblement passionnée, les obstacles sont surmontés les uns après les autres, et le deuxième Congrès mondial voit le jour aux portes des États-Unis, à Montréal, en 2004. Malgré le succès de l’événement, la faillite rôde. Mais ECPM, désormais identifiée mondialement, se serre la ceinture et les soutiens arrivent, notamment des institutions françaises. L’hôte du 3e Congrès mondial sera donc Paris.


Une campagne d'ECPM

Une campagne d’ECPM

Parallèlement, et parce que tout ne se joue pas dans les institutions, l’association prend la rue pour faire avancer la cause abolitionniste. Rodée aux actions d’agit-prop, accompagnée par une solide équipe de militants, ECPM enchaîne les actions sur le terrain. À partir de 2005, l’association participe chaque année à la Gay Pride et à la Fête de l’Humanité à Paris.

Un message clair est envoyé à la Chine à l’occasion des JO de 2008 : « certains records ne sont pas à battre ». Et surtout pas celui du nombre d’exécutions. Chine toujours : ECPM remporte une bataille légale sans précédent en obtenant l’interdiction de l’exposition Our Body, qui met en scène des cadavres de condamnés à mort venus de l’Empire du milieu.

Action d'ECPM pour les JO de Pékin, 2008
Action d’ECPM pour les JO de Pékin, 2008

Genève, 2010. ECPM connaît la consécration internationale à l’ouverture du 4e Congrès mondial contre la peine de mort, avec une cérémonie tenue dans la salle des droits de l’Homme au Palais des Nations. Des représentants de plus de 20 gouvernements se déplacent pour l’occasion. Au même moment, Hank Skinner, condamné à mort au Texas, échappe de peu à l’exécution au terme d’une campagne haletante à laquelle a participé l’association.

Avec ce congrès, ECPM ouvre une nouvelle page de son histoire. L’équipe se professionnalise et les projets s’enchainent aux quatre coins du monde. Un réseau de parlementaires contre la peine de mort est établi au Maroc. L’Afrique du Nord et le Moyen Orient voient des interventions s’organiser un peu partout dans leurs écoles. Un pôle dédié à l’éducation est créé dans l’équipe et une nouvelle forme d’événement est pensée : le Congrès régional sur la peine de mort. À deux reprises, ECPM a organisé un Congrès régional là où la justice tue encore, à Rabat et à Kuala Lumpur, tout en maintenant son activité à tous les échelons internationaux. En 2015, une campagne fait échapper Serge Atlaoui, condamné à mort en Indonésie, à l’exécution, et les Congrès mondiaux se maintiennent à Madrid en 2013, à Oslo en 2016, puis à Bruxelles en 2019.


7e Congrès mondial au Parlement de Bruxelles

7e Congrès mondial au Parlement de Bruxelles

20 ans maintenant que l’association s’efforce, selon les mots de son directeur Raphaël Chenuil-Hazan, de « mettre l’audace au service de l’abolition ».

Pour célébrer comme il se doit cet anniversaire, ECPM vous réserve bien des surprises tout au long de l’année 2020. Et pour continuer de nous soutenir, rendez-vous sur :


Adhérer


Faire un don


Devenir bénévole