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Cérémonie d'ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort
Cérémonie d’ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort

« Malgré les crises et les tentatives de retour en arrière, ce Congrès montre une réalité incontestable : l’abolition progresse. Les acteurs de la justice, les gouvernements, les institutions internationales, la société civile et les jeunes sont toujours plus nombreux à faire de la peine de mort un sujet du passé. »

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM

Organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM), sous le parrainage de la France, pays hôte du Congrès, de l’Union européenne et de la Suisse, l’événement a réuni responsables politiques de haut niveau, magistrat·es, avocat·es, diplomates, expert·es internationaux, organisations de la société civile, universitaires, artistes et témoins direct·es de la peine de mort.

Pendant trois jours, les participant·es ont échangé sur les grands enjeux contemporains : résurgence des exécutions, narcotrafic, discriminations, justice, impact socio-économique, rôle du pouvoir judiciaire, tout en donnant une place centrale aux témoignages, à la culture et à la jeunesse.

Cinquante jeunes ambassadeur·rices venus de 30 pays ont participé aux travaux du Congrès aux côtés de nombreux collégien·nes, lycéen·nes et étudiant·es français·es, illustrant la volonté de transmettre les valeurs abolitionnistes aux nouvelles générations.

Témoignage d’Ahmed Haou devant les jeunes ambassadeur·ices

En marge du Congrès, le Président de la République français, Emmanuel Macron, est venu saluer les participant·es et rappeler que « La bataille pour l’abolition, parce que c’est une bataille pour la dignité humaine, est éminemment contemporaine », réaffirmant ainsi l’engagement de la France en faveur de l’abolition universelle. 

Allocution du Président de la République au 9è Congrès mondial contre la peine de mort

Au-delà des débats, le Congrès a été marqué par plusieurs annonces importantes confirmant que la marche vers l’abolition se poursuit.

Le ministre de la Justice du Liban Adel Nassar a annoncé l’engagement de son gouvernement à abolir la peine de mort :

« Peut-être est-ce précisément parce que mon pays est en proie à la violence depuis si longtemps que cette détermination prend tout son sens (…) Le système judiciaire libanais ne devra plus décider d’ôter la vie. » 

Le Maroc a, de son côté, fait part de son souhait d’accueillir le 10e Congrès mondial contre la peine de mort dans trois ans, témoignant du rôle croissant joué par le continent africain dans la dynamique abolitionniste.

« L’invitation du Maroc à accueillir le prochain Congrès contre la peine de mort est un acte fort, le pays est en marche vers l’abolition et peut-être dans 3 ans nous l’espérons fermement, nous tiendrons le Congrès dans un nouveau pays abolitionniste. »

Aminata Niakaté, Présidente d’Ensemble contre la peine de mort

D’autres annonces sont venues renforcer cet élan, notamment : la déclaration conjointe signée par 75 expert·es indépendant·es de l’ONU est un engagement sans précédent sur la nature discriminatoire de la peine de mort et ses impacts socio-économiques. Le Congrès a notamment été marqué par l’annonce de la ratification par la Sierra Leone du deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies visant à abolir la peine de mort, ainsi que les engagements du Tchad, du Cambodge et de la République centrafricaine à procéder à sa ratification.

Le Congrès aura surtout été celui des femmes et des hommes qui portent dans leur chair la réalité de la peine de mort. Ancien·nes condamné·es à mort, familles de personnes exécutées, victimes d’erreurs judiciaires ou défenseur·es des droits humains ont partagé leurs histoires singulières, venues rappeler un même message : celui de la justice plutôt que de la vengeance, de la dignité humaine et de la valeur irréductible de chaque vie.

En images
juin 2026
En amont du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, qui se tiendra du…

Parmi eux, Hideko Hakamata, qui a consacré plus de cinquante ans à faire reconnaître l’innocence de son frère Iwao Hakamata, acquitté en 2024 après avoir passé 46 ans dans le couloir de la mort au Japon : « Ce n’est pas parce que mon frère Iwao est sauvé que je dois m’arrêter. Je ne me tairai pas. Au contraire, je ne vais cesser de parler. Il y a tant d’autres condamné·es, parfois par erreur, qui souffrent. Il faut que la peine de mort disparaisse du Japon, disparaisse du monde. Beaucoup pensent qu’elle n’existe plus au Japon. Je suis venue à Paris pour dire que ce n’est pas vrai et pour que s’exerce une pression internationale. »

Discours de Hideko Hakamata à la Cérémonie d’ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort
Couverture des Actes du 5e Congrès régional à Tokyo
Actes du 5e Congrès régional contre la peine de mort – Tokyo 2025

Le Congrès a également donné la parole à Philippe Maurice, historien et chargé de recherche à l’EHESS et au CNRS, dernier condamné à mort gracié avant l’abolition en France il y a 45 ans : « Il n’y a aucune bonne raison de tuer un homme. (…) La peine de mort ne fait pas que tuer un criminel, elle détruit aussi ses proches. » Philippe Maurice est la preuve qu’une seconde chance est possible et que l’abolition est une victoire de la justice sur l’irréversible.

Leurs voix, comme celles de dizaines d’autres témoins venu·es des États-Unis, du Japon, d’Iran, du Liban, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, ont rappelé que derrière chaque condamnation se trouvent des vies, des familles et des histoires qui dépassent les frontières.

Sous le patronage de Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale, la cérémonie de clôture a rassemblé responsables politiques, parlementaires, représentant·es internationaux, artistes et acteur·ices de la société civile autour d’un même engagement.

Remise du Grand Prix Robert Badinter attribué à Maître Lievin Ngondji, par la Présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet

Le Grand Prix Robert Badinter a été remis à l’avocat pénaliste de République démocratique du Congo, Maître Lievin Ngondji, saluant un engagement exceptionnel en faveur de l’abolition universelle. Maître Ngondji a cofondé la Coalition mondiale contre la peine de mort, trois réseaux régionaux abolitionnistes, ainsi que la Culture pour la Paix et la Justice (CPJ), une organisation abolitionniste qui lutte pour les droits humains.

Les Prix de l’abolition ont également récompensé plusieurs personnalités et organisations engagées sur le terrain.

La cérémonie a été suivie par un happening artistique collectif, symbole de la mobilisation internationale réunie à Paris.

Happening final du 9e Congrès contre la peine de mort

Le rendez-vous est désormais donné en 2029 pour le 10e Congrès mondial contre la peine de mort.

© Crédits photos : Christophe Meireis

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10 raisons d’abolir la peine de mort (2025)
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Le 5e Congrès régional sur la peine de mort en Asie de l’Est, organisé par…
Illustration voeux 2026 ECPM

Le mot d’Aminata Niakaté, présidente d’ECPM

Portrait d'Aminata Niakaté, Présidente d'ECPM au Congrès régional d'Amman en 2022

Je suis heureuse de revenir vers vous après une année particulièrement riche en mobilisation pour l’abolition universelle de la peine de mort.

Tout au long de l’année, notre association a poursuivi sans relâche le travail de plaidoyer auprès des gouvernements et des institutions internationales, ainsi que des actions de sensibilisation aux droits humains et contre la peine de mort, en France et à l’international.

Alors que nous tournons nos regards vers 2026, des perspectives importantes s’ouvrent pour notre association et pour l’ensemble du mouvement abolitionniste. L’année qui vient sera marquée par un événement majeur : le 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, qui se tiendra à Paris du 30 juin au 2 juillet 2026, dans le prolongement du Congrès régional qui s’est tenu en novembre dernier au Japon. Cet événement international, organisé tous les trois ans depuis 2001, sera l’occasion de célébrer les 25 ans des Congrès mondiaux et de faire le point sur les avancées, les défis et les stratégies à déployer pour accélérer l’abolition universelle.

Communiqué de presse
novembre 2025
Le 5e Congrès régional sur la peine de mort en Asie de l’Est, organisé par…

Ce congrès de Paris s’annonce comme un moment fort de mobilisation politique et militante, réunissant des acteurs du monde entier — militant·es, avocat·es, responsables politiques, diplomates et organisations de la société civile — pour échanger, débattre et s’engager collectivement en faveur d’un monde sans peine de mort.

En parallèle de ce rendez-vous international, ECPM continue de développer d’autres projets et initiatives — y compris des actions éditoriales ou culturelles visant à renforcer notre impact et élargir les publics sensibilisés à la cause abolitionniste.

J’aimerais exprimer ma plus profonde gratitude à toutes celles et ceux qui font vivre notre association :

Nos bénévoles, dont l’engagement est un moteur indispensable de notre action.
Nos équipes salariées, pour leur professionnalisme, leur créativité et leur détermination sans faille.
Le comité de direction et nos administrateur·rices, pour leur vision stratégique et leur soutien constant.
Les adhérent·es d’ECPM, pour leur confiance, leur fidélité et leur engagement à nos côtés. 

Ensemble, nous continuons d’œuvrer pour un monde plus juste, respectueux des droits humains et libre de la peine de mort.

Avec toute ma reconnaissance et mes meilleurs vœux pour 2026.

Faire un don pour l’abolition

ECPM a besoin de votre soutien pour continuer ses actions de sensibilisation, plaidoyer, d’enquête et documentation, de soutien et de mobilisation.

Chaque geste compte pour soutenir notre combat pour l’abolition universelle, entamé il y a 25 ans déjà !

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ECPM, référence mondiale du combat abolitionniste universel depuis 2000

Depuis sa création, le 10 octobre 2000, ECPM mène un plaidoyer constant et des actions de terrain aux côtés de ses partenaires abolitionnistes en Afrique centrale, au Moyen-Orient–Afrique du Nord et en Asie. À travers ses congrès mondiaux, ses missions de sensibilisation et son plaidoyer auprès des institutions internationales, l’association a contribué à faire progresser l’abolition dans de nombreux pays. Cette soirée sera l’occasion de souligner le travail exceptionnel de celles et ceux qui font vivre cette aventure citoyenne unique au monde.

Personne prenant en photo le globe gonflable

« Vingt-cinq ans après sa création, ECPM reste fidèle à son ambition initiale : faire entendre la voix des victimes de la peine capitale et soutenir sans relâche celles et ceux qui, partout dans le monde, se battent au quotidien pour mettre fin à cette pratique inhumaine. Cet anniversaire est aussi l’occasion de remercier nos partenaires de terrain, véritables artisans de l’abolition universelle »

Aminata Niakate, Présidente d’ECPM

Un hommage à Robert Badinter

Robert Badinter au Sénat
Robert Badinter au Sénat

À la veille de sa Panthéonisation, ECPM tient à saluer la mémoire de Robert Badinter, figure historique de l’abolition en France et président d’honneur de l’association pendant près de vingt-cinq ans. Son parcours et ses mots continuent d’inspirer la mobilisation abolitionniste internationale. Lors de la soirée, un temps sera consacré à la lecture de textes emblématiques de l’ancien Garde des sceaux par des personnalités engagées, comme l’actrice et réalisatrice Naidra Ayadi et l’acteur Vincent Elbaz, afin de partager avec le public la force de sa pensée et son héritage essentiel.

« Robert Badinter fut bien plus qu’un président d’honneur pour ECPM : il a été un guide, un compagnon de route et un ami. Sa voix demeure une boussole morale dans notre combat »

Raphaël Chenuil Hazan, Directeur général d’ECPM
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Un concert inédit : Albert Marquès & Keith LaMar

En seconde partie de soirée, le pianiste de jazz Albert Marquès jouera en duo avec l’américain Keith LaMar, détenu depuis plus de 30 ans dans les couloirs de la mort dans l’Ohio. Ce dernier se produira en direct depuis sa prison, offrant une performance inédite en France, où la musique et la poésie deviennent actes de résistance pour la liberté et contre l’injustice.

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Une mobilisation forte dans les mois à venir

Ce 25ᵉ anniversaire marque aussi une année à venir très intense pour l’association. ECPM jouera un rôle central dans la mobilisation abolitionniste internationale avec deux rendez-vous majeurs qu’elle organise dans les prochains mois :

  • le Congrès régional sur la peine de mort de Tokyo (7-9 novembre 2025) qui réunira plus de 250 participant.es de six pays et territoires d’Asie de l’Est (Chine, Japon, Mongolie, Corée du Nord, Corée du Sud, Taïwan), ainsi que de la Malaisie et de Singapour.
Couverture du programme pour le 5e Congrès régional contre la peine de mort à Tokyo (Japon).
  • le 9ᵉ Congrès mondial pour l’abolition de la peine de mort de Paris (30 juin-2 juillet 2026). Plus grand événement abolitionniste, il réunira dans la capitale française plus d’un millier abolitionnistes du monde entier pour faire le point sur la situation de la peine capitale dans le monde et organiser la réplique face aux régimes qui continuent de l’utiliser contre leurs populations. Aujourd’hui 55 pays la pratiquent encore.

L’association reste aussi en vigilance face aux pays où la peine de mort demeure une pratique massive et systématique comme l’Iran, avec un nombre alarmant d’exécutions, mais aussi comme les États-Unis, où les exécutions ont augmenté de façon significative dans les États rétentionnistes depuis l’arrivée au pouvoir du Président Trump. La Chine demeure également une préoccupation majeure avec des milliers de condamnations à mort chaque année, pratiquées dans le plus grand secret.

Informations pratiques

Date : Vendredi 3 octobre 2025 à 19h
Lieu : Théâtre de la Concorde – Grande Salle Joséphine Baker, 1 Av. Gabriel, 75008 Paris

Programme :

  • L’histoire d’ECPM
  • Lectures d’écrits de Robert Badinter
  • Concert en duo d’Albert Marquès & Keith LaMar (en direct depuis l’Ohio)

Entrée : gratuite, sur réservation dans la limite des places disponibles > Billetterie en ligne

Contacts presse

Ensemble Contre la Peine de Mort – ECPM
Bertin Leblanc · 07 70 11 12 43 · bleblanc@ecpm.org
Aurélie Chatelard · 06 19 92 03 31 · achatelard@ecpm.org

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Serge Atlaoui, Raphaël Chenuil Hazan, Marie-Lina Pérez, Emilie Fournier, Dominique Roubert

L’idée que sa peine puisse aujourd’hui être commuée, et que son transfert puisse être ensuite ordonné, constitue un espoir considérable. Il s’agit de questions qui relèvent de la souveraineté des États et nous restons particulièrement prudents. Nous souhaitons que les autorités indonésiennes fassent droit à la demande française, alors que Serge est détenu depuis bientôt 20 ans et que son comportement en détention a toujours été irréprochable. Je salue le dialogue maintenu entre les autorités françaises et les autorités indonésiennes.

Richard Sedillot, avocat de Serge Atlaoui et porte-parole d’ECPM

En Octobre 2023, des membres de l’équipe d’ECPM avaient rendu visite au français. Serge Atlaoui avait alors exprimé toute sa gratitude envers ses soutiens en soulignant l’importance de ces derniers dans sa quête de justice. Il y a aujourd’hui au moins cinq français dans les couloirs de la mort dans le monde, notamment en Chine, en Algérie, au Maroc et en Indonésie.

Retour sur les faits

Arrivé en septembre 2005 en Indonésie et embauché comme soudeur de machines dans une usine d’acrylique à Jakarta,  Serge Atlaoui – ainsi qu’une trentaine de personnes dont un néerlandais et cinq chinois – a été arrêté en novembre 2005 à la suite d’une descente de police dans ce qui était, en fait, un laboratoire clandestin. Serge Atlaoui n’avait jamais été informé de l’usage illicite qui devait être fait de la machine sur laquelle il lui avait été demandé de travailler.

Condamné en 2006 à la réclusion criminelle à perpétuité pour trafic de drogue en première instance puis en appel, l’affaire prend un tournant radical lorsqu’en mai 2007, à l’issu du recours en cassation initié par l’accusation, Serge Atlaoui est condamné à la peine capitale. Le même sort est réservé au ressortissant néerlandais. Tous deux sont alors incarcérés sur l’ile de Nusakambangan, au sud de l’île de Java. Son collègue néerlandais décède en détention.  

En janvier 2015, le président indonésien nouvellement élu, Joko Widodo, rejette la demande de grâce présidentielle déposée par Serge Atlaoui. Le parquet général confirme ce jour-là qu’il a établi une liste de onze condamnés à mort sans préciser qui était concerné.

Le 21 avril, la Cour suprême refuse de réviser le procès de Serge Atlaoui, estimant qu’il n’y avait pas de nouveaux éléments et deux jours plus tard, « ordre est donné par les autorités indonésiennes de préparer plusieurs exécutions dont celle de Serge Atlaoui » dans les prochaines heures.

Mercredi 29 avril 2015, huit condamnés à mort sont exécutés pour trafic de drogue. Deux Australiens (Andrew Chan et Myuran Sukumaran), trois Nigérians (Sylvester Nwolise, Okwudili Oyatanze, Raheem Salami) et un Ghanéen (Martin Anderson), un Brésilien (Rodrigo Gularte) et un Indonésien (Zainal Abidin) ont été fusillés peu après minuit.

Les noms de Serge Atlaoui et Mary Jane Veloso, originaire des Philippines, ont été retirés au dernier moment de la liste des exécutions. Officiellement, Serge Atlaoui a obtenu ce sursis grâce à un dernier recours administratif déposé le 25 avril par son avocate pour contester le rejet de sa grâce présidentielle. Celui-ci sera rejeté par la Cour administrative de Jakarta.

À la suite de plusieurs changements de lieux d’incarcération, Serge Atlaoui se trouve actuellement dans la prison de Salemba, à Jakarta.

État de la peine de mort en Indonésie

Infographie – la peine de mort en Indonésie (2023)

Mobilisations et campagne ECPM

En février 2015, ECPM a initié une campagne de mobilisation internationale pour sauver Serge Atlaoui et les condamnés à mort en Indonésie.

Après un double rassemblement citoyen, organisé à Paris et à Metz le 24 mars, ECPM a lancé un appel aux dons afin de prendre en charge les frais liés à la procédure judiciaire.

Le 25 avril 2015, un rassemblement citoyen a eu lieu à Beaubourg auquel s’est joint la chanteuse franco-indonésienne Anggun, très populaire en Indonésie, qui avait écrit au président Joko Widodo l’implorant de gracier Serge Atlaoui.

La veille de la date prévue de l’exécution, les footballeurs du FC Metz ont soutenu la campagne et porté un t-shirt « Ensemble Sauvons Serge Atlaoui » avant le début de leur match contre le Paris Saint- Germain.

Les joueurs du FC Metz qui s’entrainent au Parc des Princes. Credit : THOMAS SAMSON / AFP

Sur le front médiatique, les plus grands médias nationaux ainsi que la presse régionale ont répondu présents en rendant compte des derniers développements juridiques tout en mettant en lumière les problématiques de la peine de mort en Asie et dans le reste du monde.

Mobilisation politique

Depuis l’abolition en 1981, la France est opposée à la peine de mort, en tous lieux et toutes circonstances. Par principe, elle assure travailler pour la commutation des peines de ses ressortissants condamnés à mort, par le biais du jeu diplomatique.

L’affaire de Serge Atlaoui est abordée à plusieurs reprises par les autorités françaises auprès des autorités indonésiennes dès janvier 2015, y compris au plus haut niveau.

À partir du mois d’avril, la France commence à exprimer publiquement, par la voix de Corinne Breuzé, ambassadrice de France à Jakarta, qu’il y aurait des « conséquences » sur les relations bilatérales avec l’Indonésie si Serge Atlaoui était exécuté comme prévu.

Le 22 avril, le Président François Hollande lance un appel auprès des autorités indonésiennes leur demandant de ne pas procéder à l’exécution de Serge Atlaoui. Le premier ministre, Manuel Valls, avait déjà marqué son soutien au lorrain sur Twitter : « Défendre Serge Atlaoui, c’est rappeler la ferme opposition la France à la peine de mort. ». Laurent Fabius, évoquait quant à lui « de graves dysfonctionnements de la justice indonésienne » face à laquelle Serge Atlaoui n’a « pas bénéficié du plein exercice de ses droits ».

Nouvel espoir en novembre 2024, la France a demandé officiellement son rapatriement, répondant aux déclarations des autorités indonésiennes sur le possible renvoi des prisonniers étrangers dans leur pays d’origine. Ce transfèrement pourrait enfin mettre fin à près de 20 ans de calvaire pour Serge Atlaoui.

En savoir plus

2024 – 2027 Couverture du plan stratégique

Il s’articule autour de cinq axes : la fédération des acteurs abolitionnistes, le renforcement des capacités des acteurs locaux, la mobilisation autour d’un plaidoyer sans cesse plus impactant, l’éducation et la sensibilisation aux valeurs de l’abolition et enfin l’assurance d’une association saine et bien gérée.

Notre gestion rigoureuse et éthique des ressources et des programmes continue de faire de nous une référence sur la scène abolitionniste internationale. Nous nous engageons à renforcer notre gouvernance associative, à diversifier nos sources de financement et à soutenir nos partenaires locaux de manière durable.

Ensemble, nous avons le pouvoir de transformer des vies et de faire de l’abolition universelle une réalité. Ce plan stratégique est une invitation à tous nos partenaires, anciens et nouveaux, à rejoindre ce mouvement global pour un monde plus juste et plus humain.

septembre 2024
ECPM entame ce dernier trimestre 2024 avec le lancement de son Plan stratégique 2024-2027 qui donnera le cap de notre association pour les trois prochaines années. Comme vous pourrez le découvrir notre approche demeure résolument tournée vers nos partenaires terrains pour une plus grande efficacité dans notre combat pour l’obtention de l’abolition universelle.
Table ronde SiencePo Strasbourg

Alors que la levée du moratoire sur les exécutions des condamnés à mort, en place depuis 2003 en RDC, a été formalisée par la note circulaire émanant du Ministère de la Justice le 13 mars 2024, la présence de Me Yangambi Libote revêtait une importance capitale. En effet, suite à une demande du Conseil supérieur de la défense, relayée lors du Conseil des ministres du 9 février dernier, cette décision a entraîné une forte mobilisation pour plaider et sensibiliser en faveur de l’abolition de la peine capitale. Actuellement plus de 800 personnes condamnées à mort sont détenues dans les prisons congolaises.

Témoignage
avril 2024
Firmin Yangambi Libote, fervent défenseur des droits humains et opposant à la peine de mort…

La semaine de Me Yangambi Libote a été rythmée par une série de rencontres visant à sensibiliser le plus grand nombre sur la question cruciale de la peine de mort en RDC et les conséquences dramatiques qu’aurait une reprise des exécutions. Notamment, des échanges enrichissants ont éclos lors de deux soirées organisées auprès des Barreaux de Paris et de Rouen. À ces occasions, Me Yangambi Libote s’est exprimé devant ses confrères et consœurs avocat·es français·es, partageant son expérience, les réalités de la justice congolaise et plaidant la nécessaire abolition de la peine capitale. Les discussions approfondies qui ont suivi ont permis d’explorer les implications éthiques et juridiques de cette question.

Une rencontre décisive avec les ministres du Conseil de l’Europe

Son témoignage lors d’une discussion thématique sur l’abolition universelle de la peine de mort du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a été particulièrement remarqué. Des extraits de la décision adoptée par le Comité en suivant de la discussion ont souligné l’opposition sans équivoque du Conseil de l’Europe à la peine de mort et le regret de ses membres éprouvé face à la récente levée du moratoire en RDC. Étant ainsi, et notamment, en lumière le rôle crucial joué par Me Yangambi Libote dans la lutte abolitionniste.

« Les Délégués réaffirment leur opposition sans équivoque à la peine de mort, y compris à toute réintroduction de celle-ci, en tous lieux et en toutes circonstances, et réitèrent l’objectif du Conseil de l’Europe de créer une zone sans peine de mort en Europe et au-delà et de poursuivre son combat contre son rétablissement et en faveur de son abolition universelle, conformément à la Déclaration du Sommet de Reykjavík » et « prennent note des déclarations de Firmin Yangambi, ancien condamné à mort en République Démocratique du Congo, de Matthew Goldberg, Président de la Coalition mondiale contre la peine de mort, et d’Aminata Niakaté, Présidente de « Ensemble contre la peine de mort » (ECPM), et de la déclaration vidéo de Renate Wohlwend, ancienne Rapporteure générale sur l’abolition de la peine de mort de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ; dans ce contexte, regrettent la récente levée du moratoire sur la peine de mort en République démocratique du Congo. »

Extraits  de la décision du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe adoptée à l’issue de la discussion thématique sur l’abolition universelle de la peine de mort.

Sensibilisation des jeunes à Sciences Po Strasbourg et en Normandie

Une table ronde organisée par Stras-Diplomacy et MIRA à Sciences Po Strasbourg a rassemblé 250 étudiant·es en droit et en sciences politiques. En mobilisant un éventail d’intervenant·es qualifié·es et diversifié·es, cette table ronde ambitionnait de sensibiliser les étudiant·es à la cause abolitionniste. La collaboration étroite entre différentes structures, notamment le Conseil de l’Europe, des organisations non gouvernementales comme ECPM et la Représentation Permanente de la France, a permis une approche holistique de cet incontournable des luttes en faveur du respect des droits humains. Cette initiative aspirait à fournir aux participant·es une compréhension approfondie de la question en réunissant des perspectives variées, notamment celle d’un ancien condamné à mort, et en soulignant l’importance du plaidoyer pour l’abolition. La place des jeunesses en son sein étaient aussi soulignés

Enfin, à l’occasion d’un évènement-vote organisé à Caen dans le cadre du Prix Liberté (proposé par la Région Normandie, mis en œuvre avec l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix, le Prix Liberté est un dispositif pédagogique de sensibilisation à la liberté, à la paix et aux droits de l’Homme ancré dans les valeurs portées par le Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie), une partie de l’équipe Eduquer d’ECPM et Me Yangambi Libote ont sensibilisé une centaine de lycéen·nes à la levée du moratoire sur les exécutions en RDC et aux enjeux humains du combat abolitionniste.

La diversité des interlocuteur·rices rencontré·es et les échanges qui en sont nés attestent de l’importance cruciale de la venue de Me Yangambi Libote en France. Son plaidoyer vibrant en faveur de l’abolition de la peine de mort en RDC résonne au-delà des frontières nationales, inspirant une mobilisation renforcée pour un monde sans peine capitale.

Plaidoyer
avril 2024
La décision de rétablir la peine de mort en République démocratique du Congo a déclenché…

Pourquoi le Moyen-Orient ?

Alors que 148 pays ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique à l’échelle mondiale et qu’un nombre décroissant de pays rétentionnistes pratiquent les exécutions, l’abolition de la peine capitale est aujourd’hui une tendance mondiale. Les pays qui pratiquent encore la peine de mort sont de moins en moins nombreux à procéder à des exécutions. Le Moyen-Orient n’est pas en reste dans cette dynamique mondiale, puisque des pays comme la Turquie, le Liban et la Jordanie n’ont procédé à aucune exécution ces dernières années, ouvrant ainsi la voie à l’abolition. L’événement vise à soutenir le travail de la société civile, encourager la collaboration sur l’abolition de la peine de mort et relayer la voix des personnes condamnées à la peine capitale.

Statut de l’abolition au Moyen-Orient, données 2022

Pour qui ?

Le quatrième Congrès régional sur la peine de mort est un évènement ouvert à toute personne désireuse d’approfondir sa compréhension de l’application de la peine de mort au Moyen-Orient, notamment :

  • Les acteurs de la société civile
  • Les Institutions nationales de défense des droits humains
  • Les réseaux professionnels de défense des droits humains tels que les parlementaires, les acteurs légaux et académiques
  • La presse
  • Les avocats, les magistrat·es, etc.
  • Les autorités politiques, les diplomates
  • Les établissements d’enseignement
Le 4e Congrès régional sur la peine de mort
Version française à venir.

Rendez-vous en juillet 2023 : d’ici-là, restez connecté·es pour ne pas manquer les informations clés de l’évènement !

À propos des congrès régionaux

Depuis 2001, ECPM organise des congrès mondiaux et régionaux qui sont rapidement devenus les rendez-vous abolitionnistes mondiaux incontournables. Lieu de débats et de discussion des acteurs de l’abolition, ils génèrent une émulation ouvrant la voie à de nouvelles avancées aux niveaux locaux, régionaux et internationaux et permettant de faire évoluer les arsenaux judiciaires et législatifs. Ce quatrième Congrès régional sur la peine de mort est co-financé par la Suisse et l’Union européenne.

Contact

Sarah Hajjar (shajjar@ecpm.org) – Coordinatrice du 4e Congrès régional sur la peine de mort

Publication du rapport de mission d'enquête conjoint ECPM x KontraS, Indonésie, Mission Marie-Lina, 2026
L’équipe de KontraS aux côtés de Marie-Lina Pérez, Responsable Afrique-Asie à ECPM
© Crédits photo : KontraS
Publication officielle du rapport de mission d’enquête, 13 octobre 2026, Jakarta (Indonésie)

En 2019, le rapport de mission d’enquête « Déshumanisés », publié par ECPM et KontraS, a démontré que la suspension des exécutions ne signifiait pas pour autant une avancée vers l’abolition. Au contraire, des hommes et des femmes restaient condamnés à passer des décennies dans le couloir de la mort, dans des conditions de détention difficiles.

Le rapport a été rédigé par Carole Berrih et a bénéficié des contributions d’ADPAN (Anti Death Penalty Asian Network), partenaire de longue date d’ECPM, sur la rédaction de l’avant-propos.

Sept ans plus tard, ce nouveau rapport documente l’évolution de l’approche indonésienne de la peine de mort. L’entrée en vigueur du nouveau Code pénal et des modifications apportées en 2026 marque un tournant vers une approche plus conditionnelle et moins irréversible de la peine de mort, même si celle-ci reste en vigueur et que les condamnations sont encore prononcées à un rythme alarmant. En avril 2026, 639 personnes étaient sous le coup d’une condamnation à mort, soit plus du double du nombre enregistré en 2019.

Infographie – La peine de mort en Indonésie (2025)

Entre octobre 2024 et décembre 2025, une équipe dédiée a mené cette mission d’enquête. Elle s’est rendue dans six établissements pénitentiaires et a rencontré huit condamnés à mort, une douzaine de membres du personnel pénitentiaire ainsi que des représentants de la société civile.

Un nombre croissant de personnes condamnées à mort en Indonésie

Bien que la législation indonésienne prévoie la peine de mort pour un large panel d’infractions, son application a toujours été sélective. Depuis l’indépendance, les exécutions n’ont concerné que quatre catégories de crimes : la subversion, le meurtre avec circonstances aggravantes, le terrorisme et les infractions liées à la drogue. La subversion, qui jouait autrefois un rôle central dans la condamnation à mort, a depuis disparu en tant qu’infraction pénale.

Les infractions liées à la drogue sont désormais la principale cause des condamnations à mort en Indonésie.

La peine de mort en droit et en pratique en Indonésie

La peine de mort encore profondément ancrée dans le système judiciaire indonésien

Bien qu’aucune exécution n’ait eu lieu depuis 2016, les tribunaux indonésiens continuent de prononcer des condamnations à mort, et le nombre de condamnés à mort a considérablement augmenté. En 2025 uniquement, les tribunaux indonésiens ont prononcé au moins 68 nouvelles condamnations à mort, dont la grande majorité pour des infractions liées à la drogue, ce qui place l’Indonésie parmi les pays qui recourent le plus activement à la peine capitale dans le monde.

Les ressortissant•es étranger•es sont particulièrement touché•s. Les données officielles de 2025 indiquent que 95 ressortissant•es étranger•es, originaires d’une douzaine de pays, étaient condamné•es à mort, dont 94 pour des infractions liées à la drogue. En avril 2026, leur nombre était passé à 97.

Une dégradation des conditions de détention

Dans l’ensemble des établissements visités, les personnes condamnées à mort ont déclaré vivre dans des conditions similaires à celles des autres détenu•es, sans disposition particulière tenant compte de leur statut de condamné•es à mort.

L’accès aux soins de santé mentale reste une faille structurelle majeure. Comme l’a montré la mission d’enquête de 2019, l’accès aux soins psychologiques et psychiatriques est extrêmement limité. Ce manque de soutien rend de nombreuses personnes condamnées à mort particulièrement vulnérables à la détresse psychologique. Pour Rizal, l’aspect le plus difficile est « l’attente dans l’incertitude ». Le manque de soins adaptés est aggravé par l’absence de formation spécifique du personnel pénitentiaire aux besoins des personnes condamnées à mort. Le modèle de détention indonésien est axé sur des questions de sécurité plutôt que sur les besoins spécifiques des personnes incarcérées.

Cette incertitude prolongée pèse également sur les relations sociales et familiales. Plusieurs personnes interrogées ont expliqué que les visites de leurs familles s’étaient faites de plus en plus rares, principalement en raison de la distance géographique et des frais de déplacement.

À propos de KontraS

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KontraS (Commission pour les personnes disparues et les victimes de violence) est une ONG indonésienne créée en 1998 afin de sensibiliser sur les victimes d’abus judiciaires en Indonésie. Elle œuvre à améliorer le respect et la protection des droits en Indonésie par le biais d’activités de plaidoyer, d’enquêtes et de campagnes. KontraS enquête sur plusieurs questions telles que les disparitions forcées, la torture, l’impunité, et les violations des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.L’abolition de la peine de mort est l’un de ses axes de plaidoyer. En partenariat avec ECPM, elle a mené et publié une mission d’enquête dans les couloirs de la mort indonésiens en 2020. Le travail de KontraS et ECPM depuis le début de leur collaboration a eu comme fil conducteur la réforme du code pénal et en particulier du chapitre sur la peine de mort.

En savoir plus

Indonésie
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Rétentionniste
Laurent Duarte © Christophe Meireis
Laurent Duarte © Christophe Meireis

Membre du Conseil d’administration depuis six ans et Secrétaire général depuis deux ans, Laurent Duarte prend ses fonctions dès à présent avec l’ambition de poursuivre et de renforcer l’action de l’association en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort.

Engagé depuis plusieurs années dans la défense des droits humains, il a cofondé et dirigé le mouvement Tournons la page. Aujourd’hui consultant indépendant, spécialisé dans les enjeux de gouvernance associative et de plaidoyer, il enseigne également la géopolitique de l’Afrique subsaharienne à IRIS Sup’.

Prendre aujourd’hui la présidence d’ECPM est une responsabilité qui m’honore. Je mesure la force de l’engagement collectif qui porte notre association et la conviction qui nous rassemble : abolir la peine de mort partout dans le monde.

Dans un contexte où les droits humains et la solidarité internationale subissent une attaque en règle, nous devons faire preuve d’ingéniosité et de courage. Renforcer notre travail collectif, développer de nouvelles alliances et anticiper plutôt que subir : c’est ainsi que nous continuerons à faire vivre le mouvement abolitionniste et à porter une voix forte en faveur des droits fondamentaux.

Après un 9e Congrès mondial qui a été une grande réussite en 2026, j’espère contribuer, avec l’ensemble des administratrices et administrateurs, à construire des espaces de réflexion, de plaidoyer, de sensibilisation et de formation au service de l’abolition universelle de la peine capitale et, plus largement, de la défense des droits humains.

EDITO

Rien n’est jamais acquis. L’année 2025 nous l’a une nouvelle fois rappelé. Malgré les avancées du mouvement abolitionniste, la peine de mort continue de tuer, de terroriser et de frapper les personnes les plus vulnérables et les minorités. Les exécutions ont démesurément augmenté dans plusieurs pays, en Iran tout particulièrement où la peine de mort reste un outil de répression politique. Dans un contexte international marqué par les conflits, les dérives autoritaires et les atteintes aux droits humains, le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort demeure plus que jamais nécessaire.

Face à ces reculs, ECPM n’est pas restée sans agir. En Iran, avec notre partenaire Iran Human Rights, nous avons documenté l’usage massif de la peine de mort et porté ces faits à Genève, auprès des États et des Nations unies. Agir, c’est aussi donner à nos partenaires les moyens de défendre l’abolition dans leur pays. En Tunisie, nous avons formé des avocat·es ; en Mauritanie, accompagné nos partenaires ; au Liban, réuni des journalistes pour mieux informer sur la peine capitale ; en République démocratique du Congo, défendu les acquis menacés par le retour possible des exécutions. Agir, c’est aussi faire mouvement. À Tokyo, le Congrès régional a replacé l’Asie de l’Est au cœur du combat abolitionniste. Partout, nous avons créé des espaces où militant·es, avocat·es, témoins, jeunes et responsables politiques peuvent se rencontrer et agir ensemble.

C’est cette méthode qui fait la force d’ECPM : fédérer, renforcer, plaider, éduquer. Une action nourrit l’autre. L’expérience du terrain nourrit notre plaidoyer. Le plaidoyer soutient nos partenaires. La transmission à la jeunesse prépare la relève. Cette année a pour moi une résonance particulière. Après plusieurs années à la présidence d’ECPM, je quitterai mes fonctions lors de notre prochaine Assemblée générale. Ce rapport d’activité est donc le dernier que j’ai l’honneur d’introduire.

Je pars avec beaucoup de gratitude. Pour nos partenaires, qui agissent parfois dans des conditions extrêmement difficiles, nos bénévoles, notre Conseil d’administration, notre équipe salariée et nos bailleurs dont le soutien est indispensable à notre action. Et pour toutes celles et ceux que j’ai rencontrés sur ce chemin. Je pars avec confiance dans l’équipe qui me succédera. Je ne serai jamais loin et resterai mobilisée pour le combat abolitionniste.

ECPM a 25 ans. En 2025, nous avons célébré le chemin parcouru et rendu hommage à celles et ceux qui ont fait avancer l’abolition, à commencer par Robert Badinter. De Tokyo à la préparation du 9e Congrès mondial à Paris, en passant par le retour en France de Serge Atlaoui, cette année a aussi préparé la suite et transmis le combat à une nouvelle génération. L’abolition de la peine de mort au Liban et l’invitation du Maroc à accueillir le 10e Congrès mondial témoignent du chemin parcouru et de celui qui reste à
accomplir. Les personnes passent. Le combat demeure. Il se transmet, se renouvelle et grandit…

… Et ensemble, j’en suis convaincue, nous parachèverons l’abolition universelle.

Aminata Niakaté, présidente d’ECPM (2020-2026)

Rassembler le mouvement abolitionniste

Du  7 au 9 novembre 2025, plus de 300 participant·es se sont retrouvé·es à Tokyo pour le 5e Congrès régional contre la peine de mort, consacré pour la première fois à l’Asie de l’Est. Un rendez-vous majeur pour partager les expériences et renforcer les coopérations, dans une année également consacrée à la préparation du 9e Congrès mondial contre la peine de mort organisé à Paris en 2026.

Du terrain aux institutions

En République démocratique du Congo, une mission d’enquête menée pendant onze mois a conduit les équipes dans 19 prisons et camps de détention, à la rencontre de plus de 270 personnes condamnées à mort. À Genève, ECPM et ses partenaires ont porté auprès des Nations unies et des représentations diplomatiques les réalités documentées dans plusieurs pays

En Iran, le 17e rapport annuel publié en partenariat avec Iran Human Rights faisait quant à lui état d’au moins 975 exécutions en 2024, soit une hausse de 17 % en un an, et le niveau le plus élevé documenté depuis au moins 17 ans.

25 ans de combat et de transmission

2025 a aussi été une année de mémoire et de transmission. Quelques mois avant sa disparition, Sunny Jacobs partageait encore son expérience d’ancienne condamnée à mort auprès des jeunes. Le 3 octobre, ECPM réunissait plus de 300 personnes à Paris pour célébrer ses 25 ans et rendre hommage à Robert Badinter, son président d’honneur.

Quelques jours plus tard, le 9 octobre, Robert Badinter entrait au Panthéon, quarante-quatre ans jour pour jour après la promulgation de la loi abolissant la peine de mort en France.

Un passage de relais à la présidence d’ECPM

Depuis la clôture de l’année 2025, ECPM a également connu un passage de relais à sa présidence. Lors de l’Assemblée générale du 30 septembre 2026, Laurent Duarte a été élu président de l’association, succédant à Aminata Niakaté, présidente depuis 2020.

Drapeau Irak - © Engin Akyurt
© Engin Akyurt

18 septembre 2026. Une cinquantaine de ressortissants français, transférés en Irak depuis le nord-est syrien où ils étaient détenus sans droit ni titre depuis de nombreuses années, seront jugés à partir de ce dimanche à Bagdad pour des infractions terroristes. Tous ont subi des actes de torture et des traitements inhumais et dégradants en Syrie et Irak. Tous encourent la peine de mort en application de la loi irakienne antiterroriste n°13 de 2005.

Certains de ces Français sont de jeunes majeurs, emmenés de force par leurs parents en Syrie lorsqu’ils étaient enfants. Incarcérés durant plusieurs années au nord-est syrien, puis transférés en Irak, ils sont victimes du choix de leurs parents, et aujourd’hui de la France qui refuse de les rapatrier.

La France porte pourtant l’obligation de protéger ses ressortissant·es, en tout temps et en tous lieux, et de prendre des mesures raisonnables pour intervenir en cas de torture, de mort arbitraire et de procès manifestement inéquitables. 

Les conditions dans lesquelles onze Français ont déjà été jugés par la Cour pénale centrale de Bagdad en 2019 et condamnés à mort ne laissent aucun doute sur l’arbitraire de la procédure en cours. Des institutions de protection des droits de l’Homme, des experts des Nations unies et des organisations de défense des droits humains ont détaillé et dénoncé tous les aspects du déni de justice flagrant qu’ont constitué ces procès.

Le 13 avril 2026, la Commission Nationale Consultative des droits de l’Homme demandait au Gouvernement : « le rapatriement de l’ensemble des citoyens français détenus en Irak qui sont condamnés à la peine de mort ou risquent de l’être; à défaut, si la France maintient sa position de principe, elle recommande que les autorités déploient tous les moyens à leur disposition afin de garantir que ces personnes ne soient pas condamnées à la peine de mort ». Le gouvernement est resté sourd à cet appel.  

Au-delà de la France, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) rappelle dans l’arrêt du 2 mars 2010, Al-Saadoon et Mufdhi c. Royaume-Uni, « la nature absolue et fondamentale du droit de ne pas être soumis à la peine de mort et du préjudice grave et irréversible que risquent de subir » les personnes qui y seraient exposées. Par mesures provisoires prononcées dans les affaires Saadoune, Pinner et Aslin c. Russie et Ukraine en juin 2022, la Cour a enjoint à l’Ukraine de garantir, « dans toute la mesure du possible, le respect des droits conventionnels » de combattants condamnés à mort dans la « République populaire de Donetsk ». Se trouvant dans une situation comparable, la France est ainsi tenue d’agir pour éviter la condamnation à mort de ses ressortissants. 

Fermement attachés aux garanties de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme et à l’interdiction de la peine de mort visée par ses protocoles 6 et 13, les organisations signataires appellent en conséquence solennellement les autorités françaises à prendre toutes les mesures de nature à garantir le respect des droits fondamentaux de ces Français. 

Seul leur rapatriement de toute urgence est à même de prévenir toute atteinte irréparable aux droits qu’ils tirent des conventions internationales ratifiées par la France, et de garantir que la manifestation de la vérité soit rendue possible pour les victimes du terrorisme et des exactions de l’Etat islamique.


Signataires :

Ensemble contre la peine de mort – ECPM

LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains)

Fédération Internationale pour les Droits Humains

REPRIEVE

Depuis 2025, ECPM alerte sur ce risque, aux côtés d’Avocats sans Frontières et de Reprieve. Ensemble, les trois organisations se mobilisent pour garantir le plein respect des droits fondamentaux des ressortissants concernés. 

Une préoccupation également portée par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), qui a interpellé les autorités françaises sur leur situation.

Pour comprendre la situation de la peine de mort en Irak, lire la brochure d’ECPM et Reprieve sur la peine de mort en droit et en pratique.

Fête de l'Humanité_2026
Stand d’ECPM au sein du Village du Monde

Un rendez-vous ancré dans l’histoire militante d’ECPM

Depuis sa création en 2000, ECPM place la mobilisation citoyenne au cœur de son action. L’association est née d’une conviction : pour faire progresser l’abolition universelle de la peine de mort, le plaidoyer auprès des institutions doit aller de pair avec l’engagement de la société civile et la sensibilisation du grand public.

La Fête de l’Humanité s’inscrit pleinement dans cette histoire. Ce rendez-vous annuel permet à ECPM d’aller à la rencontre d’un public déjà engagé sur de nombreux enjeux politiques, sociaux et de droits humains, et d’y faire entendre plus spécifiquement la voix de l’abolition.

L’un des piliers de cette mobilisation reste l’engagement d’une quinzaine de bénévoles d’ECPM, présent·es tout au long du week-end aux côtés de l’équipe salariée. Un grand merci à toutes et tous pour leur investissement !

Comme à son habitude, l’association partageait son stand avec le collectif Libérons Mumia !. Partenaires de longue date, les deux organisations se retrouvent autour de combats communs pour les droits humains, la justice et contre la peine capitale.

Fête de l'Humanité_2026
Le collectif Libérons Mumia ! aux côtés des salarié•es et des bénévoles ECPM

Sensibiliser et susciter le dialogue

Pendant deux jours, le stand ECPM a été animé par une quinzaine de bénévoles et cinq membres de l’équipe salariée avec un objectif : aller à la rencontre des festivalier•ères pour informer et échanger sur la situation de la peine de mort dans le monde. Parce que le sujet peut susciter de nombreuses interrogations, les équipes ont privilégié des formats ludiques et interactifs pour engager la discussion : quiz sous forme de chamboule-tout, questions posées dans les allées avec des goodies à la clé et distribution de documentation.

Fête de l'Humanité_2026
Les bénévoles ECPM

Autant d’occasions d’aborder la réalité de la peine capitale aujourd’hui, de revenir sur certaines idées reçues mais aussi de mettre en lumière les progrès du mouvement abolitionniste.

Au total, plus de 200 personnes ont été directement sensibilisées : jeunes, militant·es, membres d’équipes pédagogiques ou festivalier·ères de passage. Des profils et des échanges variés qui témoignent de l’intérêt de ces temps de rencontre pour continuer à faire vivre le débat autour de l’abolition.

L’abolition au Liban s’invite dans les échanges

Quelques semaines seulement avant la Fête de l’Humanité, le Liban abolissait la peine de mort pour tous les crimes, marquant une avancée historique pour le mouvement abolitionniste dans la région.

Cette actualité a naturellement trouvé sa place dans les discussions sur le stand. Elle a permis de revenir sur les décennies d’engagement de la société civile libanaise, accompagnée notamment par ECPM et ses partenaires locaux.

Cette avancée rappelle également que le chemin vers l’abolition se construit dans la durée, grâce à l’action conjointe des acteur·ices de la société civile, des organisations abolitionnistes et des institutions.

Événement
août 2026
Un pas décisif vers l’abolition universelle de la peine de mort au Liban : le…
Fête de l'Humanité_2026
La documentation ECPM

Un grand merci à toutes les personnes venues nous rencontrer et échanger sur le stand, ainsi qu’aux bénévoles et aux membres de l’équipe qui ont fait vivre ces deux journées.

Rendez-vous l’année prochaine pour poursuivre ensemble le chemin vers l’abolition universelle !

Vous souhaitez, vous aussi, vous engager aux côtés d’ECPM ? Rejoignez l’association en devenant bénévole, adhérent•e ou donateur•ice !

ECPM à la Fête de l’Humanité : les éditions précédentes

En images
septembre 2025
Comme chaque année, la Fête de l’Humanité a été un moment fort pour échanger, sensibiliser…
En images
septembre 2024
L’équipe d’ECPM a une nouvelle fois participé à la Fête de l’Humanité qui se déroulait…

Avec plus de 500 propositions reçues, cette édition témoigne une nouvelle fois de la mobilisation et de l’engagement des jeunes en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort. Parmi les 50 affiches présélectionnées, deux catégories de Prix ont été décernées : le Prix du Jury et le Prix du Public.

ECPM remercie chaleureusement tous·tes les participant·es et leurs équipes éducatives pour leur engagement et leur enthousiasme tout au long de ce projet.

Le Prix du Jury

Marie R.G. (Lycée Français, Vauban, Luxembourg)

Julie A. (Lycée Richelieu, Rueil-Malmaison, France)

Ally Z. (The Starving Artist, Écosse)

Marie R. G.
Julie A.
Ally Z.

Le Prix du Public

Soumise aux votes des internautes, cette édition a recueilli plus de 1500 votes en ligne.

Malak B. (Lycée Matthias Claudius, Hambourg, Allemagne)

Barthélémy K.L (Complexe scolaire Mr Mambe II, Kindu, République Démocratique du Congo)

Lisa D. (Collège de Winzendorf-Muthmannsdorf, Winzendorf, Autriche)

Malak B.
Bathélémy K.L.
Lisa D.
Couverture concours DMA 2025-2026
Dessine-moi l’abolition » : un projet pédagogique d’envergure

Organisé par le Réseau international d’éducation à l’abolition (RIEA), soutenu par ECPM, ce projet pédagogique biannuel et international s’adresse aux jeunes de moins de 25 ans et a pour objectif d’encourager leur engagement citoyen sur le thème de l’abolition universelle de la peine de mort.

Plus qu’un concours artistique mettant en valeur la parole des jeunesses, « Dessine-moi l’abolition » démontre une synergie entre les équipes éducatives, les partenaires institutionnels et la société civile. Et l’aventure ne s’arrête pas à la remise des prix : les affiches continuent d’être exposées à l’occasion d’évènements abolitionnistes organisés par ECPM, en France comme dans les autres pays d’action.

Aller plus loin

Culture
juin 2023
Cette année, environ 500 jeunes provenant de 10 pays différents ont combiné leurs talents artistiques…

Si aucune exécution n’a été pratiquée au Liban depuis 2004, en raison d’un moratoire de fait, la peine de mort demeure inscrite dans la législation jusqu’à son abolition. À la fin de l’année 2025, 84 personnes, dont sept femmes, étaient encore détenues sous le coup d’une condamnation à mort dans les prisons libanaises, la plupart dans des conditions particulièrement éprouvantes.

« ECPM est particulièrement honorée d’avoir accompagné, aux côtés de ses partenaires libanais, le mouvement qui a conduit à cette avancée historique. En abolissant la peine de mort, le Liban affirme son engagement en faveur du droit à la vie, de la dignité humaine et de l’État de droit. C’est une décision porteuse d’espoir, qui ouvre la voie à une société plus juste et plus sûre. »

Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d’ECPM

Cette étape historique est l’aboutissement de plusieurs décennies de mobilisation de la société civile libanaise, portée par l’Association libanaise pour les droits civils (LACR) et l’Association Justice et Miséricorde (AJEM) et Antoinette Chahine, ancienne personne condamnée à mort, qui se sont battues sans relâche, guidées par les valeurs d’humanisme et de non-violence.

ECPM tient à leur rendre hommage et à saluer leur engagement, ainsi qu’à féliciter l’ensemble des parlementaires et acteurs politiques libanais qui ont permis cette avancée majeure pour les droits humains.

Cette abolition revêt une dimension singulière alors que le Liban traverse depuis de nombreuses années de multiples crises – institutionnelle, politique, financière et humanitaire -, sur fond de conflits et de défis sécuritaires qui se sont récemment intensifiés. En choisissant d’abolir la peine de mort dans un contexte aussi difficile, les autorités libanaises adressent aujourd’hui un message fort : quelques soient les circonstances, la peine capitale ne constitue en rien une réponse. Elle est une impasse qui éloigne de la justice et ne fait qu’entretenir le cycle de la violence et de la souffrance.

La marche pour l’abolition, un long processus engagé depuis les années 2000

Au cours des 25 dernières années, plusieurs étapes ont ponctué le chemin qui a mené à l’abolition définitive au Liban aujourd’hui, marquées par une succession de réformes, de prises de position politiques et d’avancées diplomatiques.

Une première étape est franchie en 2001 avec une réforme législative qui réduit le champ d’application de la peine de mort en abrogeant la loi 302/94, laquelle rendait la peine de mort obligatoire pour meurtre.

En 2004, trois personnes sont exécutées au Liban. Ces exécutions seront les dernières pratiquées dans le pays,considéré depuis 2014 comme en moratoire sur les exécutions.

À de nombreuses reprises, les personnalités se succédant au poste de ministre de la Justice se sont clairement positionnées en faveur de l’abolition. Dès 2008, Ibrahim Najjar s’oppose à la condamnation à mort de 19 personnes. Ses successeurs, Chakib Cortbaoui, Ashraf Rifi, Salim Jreissati Hoss et Adel Nassar, réaffirmeront à leur tour leur soutien à l’abolition. (voir encart ci-dessous).

À partir de 2020, le Liban envoie également des signaux encourageants sur la scène internationale. Pour la première fois, il vote en faveur de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à un moratoire sur l’application de la peine de mort, une position qu’il renouvelle lors des scrutins de 2022 et de 2024. .

En 2026, la situation des droits humains au Liban est à nouveau examinée par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. Dans le cadre de l’adoption du rapport pour le 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU), les autorités libanaises acceptent, pour la première fois, l’ensemble des recommandations relatives à la peine de mort qui lui ont été adressées. Quelques mois plus tard, l’adoption de la loi abolissant définitivement la peine capitale vient consacrer cette dynamique de long terme.

L’abolition au Liban au coeur du 9e Congrès mondial

« La justice doit bannir la mort au lieu d’y avoir recours. »

Le 30 juin 2026, Adel Nassar, ministre de la justice de la République Libanaise, est intervenu lors de la cérémonie d’ouverture lors du 9e Congrès mondial contre la peine de mort organisé à Paris par ECPM.

À cette occasion, il a réaffirmé la volonté des autorités libanaises de faire progresser l’abolition de la peine de mort et exprimé son souhait de voir aboutir les travaux législatifs engagés en ce sens au Liban.

Le rôle déterminant de la société civile depuis plus de 30 ans

Cette avancée majeure pour les droits humains et pour la cause de l’abolition universelle est le fruit de décennies de mobilisation menée dans le cadre de la « Campagne nationale pour l’abolition de la peine de mort au Liban ». Celle-ci a rassemblé des des législateurs, des juges, des journalistes, des organisations de la société civile nationale et internationale, des établissements scolaires, des familles de victimes, des personnes anciennement condamnées à mort ou encore en détention.

Lancée en 1997 à l’initiative de plusieurs organisations libanaises, parmi lesquelles l’Association libanaise pour les droits civils (LACR) et l’association Justice et Miséricode (AJEM), la campagne a également été portée par d’éminents activistes du mouvement abolitionniste tels qu’Ogarit Younan, Walid Slaybi, et le père Hadi-el-Aya.

À la suite de la publication d’une première étude de référence sur la peine capitale au Liban, la Campagne nationale organise, en 1998, une importante manifestation contre les exécutions publiques de deux jeunes hommes dans la localité de Tabarja (Mont Liban). Le lendemain, une première déclaration publique collective appelle à l’abolition de la peine de mort. Dès lors, la société civile libanaise n’a cessé de mobiliser les acteurs pertinents pour faire avancer le combat abolitionniste, en sensibilisant les jeunes générations aux droits humains, en entretenant un dialogue constant avec les décideurs politiques, et en accompagnant les personnes condamnées à mort tout au long de leur détention.

L’engagement exceptionnel d’Ogarit Younan, à la tête de la LACR et de la Campagne nationale, a notamment été reconnu par la communauté abolitionniste à l’occasion du Grand prix Robert Badinter lors des 8e et 9e Congrès mondiaux contre la peine de mort, dont elle a été à deux reprises finaliste.

ECPM est particulièrement fière de son partenariat de longue date avec la LACR et l’AJEM. Ensemble, ces organisations n’ont jamais cessé de porter le plaidoyer auprès des autorités nationales et en multipliant les échanges avec les ministres de la Justice successifs et de nombreux parlementaires.

Ce travail s’est appuyé sur une production continue de ressources destinées à documenter la réalité de la peine de mort et à nourrir le débat public. Parmi celles-ci figure notamment le rapport de mission d’enquête « Vivant sans l’être », une brochure sur la peine de mort en droit et en pratique, une infographie pays, plusieurs rapports alternatifs soumis en amont des Examens Périodiques Universels (EPU) et des examens du Liban par les organes des traités des Nations unies, ainsi qu’un manuel de formation.

Au-delà de ce travail de recherche et de plaidoyer, ECPM et la LACR ont organisé, au fil des années, plusieurs conférences nationales, des formations destinées aux acteurs de la chaîne pénale et des actions de sensibilisation auprès de la jeunesse. Autant d’initiatives qui ont permis d’élargir progressivement le mouvement abolitionniste et de renforcer le soutien en faveur de l’abolition de la peine de mort au Liban.

Retrouver toutes les publications d’ECPM sur le Liban

Liban
Liban
Abolitionniste

Une lueur d’espoir dans une région majoritairement rétentionniste

Le Liban devient le premier pays au Moyen-Orient à abolir la peine de mort pour tous les crimes, ouvrant ainsi une nouvelle perspective pour le mouvement abolitionniste dans la région. Alors que les pays du Golfe voisins maintiennent tous la peine capitale dans leur législation et continuent de procéder à des exécutions, Israël, abolitionniste pour les crimes de droit commun, a récemment élargi son utilisation de la peine de mort de manière discriminatoire à l’encontre des Palestinien·nes.

Convaincue que les progrès nationaux se nourrissent d’une dynamique régionale, ECPM oeuvre depuis de nombreuses années au renforcement du mouvement abolitionniste au Moyen-Orient En 2023, l’association a organisé le 4e Congrès régional sur la peine de mort au Moyen-Orient en Jordanie, le tout premier rendez-vous du genre dans la région. Près de 200 participant•es de 15 pays étaient réuni•es à Amman, pour renforcer et fédérer le mouvement abolitionniste régional, y compris une importante délégation d’acteurs abolitionnistes libanais.

Communiqué de presse
juillet 2023
Le 4e Congrès régional sur la peine de mort au Moyen-Orient s’est terminé le 12…

Dans le cadre de l’Organisation de coopération islamique (OCI), l’abolition au Liban porte ainsi à 21 (37 %) le nombre d’Etats membres ayant aboli la peine capitale pour tous les crimes ou ceux de droit commun.

Pour achever pleinement ce processus, le Liban devra désormais ratifier le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui vise à abolir la peine de mort.

Aller plus loin

Événement
juin 2024
Le 25 juin, participez à l’assemblée générale d’ECPM où nous honorerons la mémoire de Robert…
Événement
juillet 2023
Sarah Hajjar mène depuis plusieurs années des campagnes et événements pour des organisations non gouvernementales…
Événement
décembre 2022
Il y a un an, ECPM avait lancé une mobilisation exceptionnelle de la jeunesse mondiale,…

Pour mieux comprendre l’histoire de cette lutte et celles et ceux qui l’ont portée, deux expositions sont actuellement à découvrir à Paris pour partir à la rencontre des lieux et des visages qui ont marqué le mouvement abolitionniste à travers les époques.

Ensemble, elles racontent une histoire faite de courage, de persévérance et d’engagement collectif. 

Les expositions sont visibles dans les rues de Paris jusqu’au 15 juillet 2026 !

Exposition des Visages de l'abolition à l'Hôtel de Ville de Paris - Juin 2026
Exposition des Visages de l’abolition à l’Hôtel de Ville de Paris – © Photo : Christophe Meireis

Les Visages de l’abolition : les portraits historiques et contemporains qui ont marqué le combat abolitionniste

Sur les grilles de l’Hôtel de Ville, avec le soutien de la Ville de Paris, l’exposition « Les Visages de l’abolition » met en lumière celles et ceux qui ont incarné la lutte abolitionniste. À travers une galerie de portraits historiques et contemporains, elle incarne les témoignages de grandes figures qui ont porté cette cause : artistes, militant·es, juristes, ancien·nes condamné·es à mort. 

Les lieux de l’abolition : une balade historique et audio dans Paris

En parallèle, toujours avec le soutien de la Ville de Paris, l’exposition « Les Lieux de l’abolition » propose un voyage à travers la ville, dans les rues et sur les places emblématiques de cette lutte, de la place de la Concorde à la Prison de la Santé, en passant par le Panthéon. Accompagné·es du podcast « Abolition ! », à l’initiative d’ECPM et réalisé par Nuit Noires, les spectateur·ices peuvent découvrir et comprendre l’histoire de l’abolition en France et l’impact de ses figures publiques majeures.


Cette histoire continue de s’écrire aujourd’hui et nombre d’enjeux explorés dans ces expositions seront au cœur du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, organisé par ECPM du 30 juin au 2 juillet 2026, sous le parrainage de la France, hôte du Congrès, de l’Union européenne et de la Suisse. Responsables politiques, avocat·es, militant·es, chercheur·ses et ancien·nes condamné·es à mort s’y réuniront pour dresser l’état des lieux du combat abolitionniste et réfléchir aux avancées à venir.

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Vous pouvez aussi participer au Congrès (gratuit et accessible à tous·tes) en vous inscrivant via l’application officielle du Congrès : App Store – Play Store – Web app

Raphaël Chenuil-Hazan, Congrès régional d'Amman, 2023. Crédits : Rajiv Raman
© Photo : Rajiv Raman

Le sport est souvent présenté comme un langage universel, porteur de paix, de fraternité et de dignité humaine. Pourtant, à l’heure où l’Iran continue de participer aux grandes compétitions internationales, notamment à la Coupe du monde de football, une question s’impose : que reste-t-il de ces principes lorsque celles et ceux qui incarnent ces valeurs sont exécutés, emprisonnés ou réduits au silence par un État ?

Le 30 avril dernier, Sassan Azadvar, jeune karatéka de 21 ans, a été exécuté par le régime de la République islamique d’Iran. Sa mort n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un système.

Le monde du sport ne peut plus détourner le regard.

Les athlètes sont devenus des cibles. Avant Sassan Azadvar, Saleh Mohammadi, à peine 18 ans, champion de lutte, a été exécuté le 20 mars dernier pour le crime d’« hostilité envers dieu » (Moharebeh). 

Mohammad Mehdi Karami, champion de karaté kurde, a été pendu en 2023, à 21 ans, pour avoir manifesté lors du mouvement « Femme, vie, liberté ». 

En 2020 déjà, le lutteur professionnel, Navid Afkari, a été exécuté dans le plus grand secret malgré une mobilisation internationale, après des aveux obtenus sous la torture, dans une parodie de justice.

Le vice-champion national de boxe, Mohammad Javad Vafaei-Sani, a quant à lui été condamné à mort pour appartenance à une organisation illégale après les manifestations de 2019. Il reste encore aujourd’hui sous le risque d’une exécution. 

Le footballeur professionnel, Amir Nasr Azadani, 26 ans, arrêté en novembre 2022, pendant les manifestations après l’assassinat de Jinah-Mahsa Amini, a lui échappé de justesse à l’exécution, sa peine ayant été commuée à 26 ans de prison.

Ces jeunes demandaient seulement la liberté et la démocratie.

Ces noms ne sont pas des statistiques. Ce sont des athlètes. Des jeunes hommes qui ont consacré leur vie à leur discipline, qui auraient dû représenter leur pays dans des compétitions, inspirer des générations, et incarner les valeurs du sport. Au lieu de cela, ils ont été brisés par un système qui punit l’engagement, la liberté d’expression et parfois la simple existence.

Face à cette réalité, le silence des grandes organisations sportives internationales est assourdissant. Et pourtant, les alertes ne datent pas d’hier.

Dès 2017, avec Ensemble contre la peine de mort (ECPM), nous dénoncions déjà la banalisation des exécutions publiques dans les stades en Iran. Exécuter dans un stade, ce n’est pas anodin. C’est la théâtralisation de la mise à mort, dans le seul but de faire peur à la population. Le stade est ouvert. Hommes, femmes, enfants, tout le monde est incité par la police à venir assister au « spectacle ». En Iran, la peine de mort a toujours été, et est plus que jamais, un outil politique. 

La FIFA ne peut pas dire que cela ne la regarde pas. 

Depuis plusieurs années, Ensemble contre la peine de mort alerte sur les dangers du « sportwashing » et sur l’utilisation des grandes compétitions sportives comme outils de normalisation pour des régimes auteurs de graves violations des droits humains.

De l’Iran à la Chine, du Qatar à l’Arabie saoudite ou au Bahreïn, que valent les grands discours du sport international sur l’éthique et la dignité humaine lorsqu’ils ne s’accompagnent d’aucune conséquence concrète ? Comment dire aujourd’hui que nous ne savions pas ? Peut-on continuer à accueillir, à applaudir et à normaliser la participation d’un État qui persécute et élimine ses propres athlètes ?

L’histoire du sport a déjà montré qu’il pouvait être un levier de pression. Des exclusions ont été prononcées par le passé pour des raisons politiques ou éthiques. Pourquoi ce principe ne s’applique-t-il pas ici ?

Il ne s’agit pas de punir des athlètes innocents, mais de refuser de servir de vitrine à un régime qui viole systématiquement les droits humains, y compris ceux de ses propres sportifs. L’inaction actuelle envoie un message dangereux : celui que la vie de certains athlètes compterait moins que les intérêts diplomatiques, économiques ou institutionnels.

La prochaine Coupe du monde de Football organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada ne devrait pas accueillir l’Iran au regard de ce qu’elle fait subir à ses propres athlètes.

Les fédérations sportives internationales, les comités olympiques, les instances dirigeantes du football, de la lutte, de la boxe et des arts martiaux ont une responsabilité. Elles ne peuvent plus se contenter de déclarations prudentes ou de préoccupations exprimées à demi-mot.

Elles doivent agir.

Exclure l’Iran des compétitions internationales serait un signal fort. Un message clair que le sport ne peut coexister avec la répression et la peine de mort infligée à ses propres pratiquants. Ce serait aussi un geste de solidarité envers les athlètes iraniens, qui sont aujourd’hui pris en étau entre leur passion et leur survie.

Le sport ne peut pas sauver le monde à lui seul. Mais il peut refuser d’être complice.

À quelques semaines du Congrès mondial contre la peine de mort qui se tiendra fin juin à Paris et réunira abolitionnistes, juristes, institutions et organisations de défense des droits humains du monde entier, le silence du mouvement sportif international apparaît plus intenable que jamais.

La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais pourquoi cela n’a pas encore été fait.

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Infographie - La peine de mort en Iran (2025)
Infographie – La peine de mort en Iran (2025)