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Tom Félix – Archives familiales

C’est l’histoire d’une vie en suspens, prise dans le dédale du système carcéral et judiciaire malaisien. « Un enchaînement vertigineux », déplore l’avocat François Zimeray qui, ce matin-là, vient d’être projeté par visioconférence dans la réalité de son client, Tom Félix, détenu à la prison de Perlis, dans le nord de la Malaisie. L’avocat a pu s’entretenir avec le Français de 32 ans depuis sa prison bondée, « sous les cris incessants des autres détenus». Une plongée glaçante dans « la dureté de son quotidien », commente avec émotion, François Zimeray. « L’univers de la prison est une fabrique de déshumanisation. »

Sans avoir été jugé, Tom Félix est incarcéré depuis l’été 2023. Son arrestation fait suite à une saisie de cannabis par les forces de police dans les parties communes d’une maison où il sous-louait une chambre à un couple de Malaisiens, sur l’île de Langkawi. La quantité de la prise n’a cessé de varier dans les divers rapports de l’enquête pour atteindre près de 2 kg. Face à des charges aléatoires, le jeune homme est dans l’attente de son procès qui devrait débuter en juin 2025. Ce Français sans histoire, dont le casier judiciaire était vierge, clame son innocence. Il risque la condamnation à mort et, à défaut, quarante années de prison et des coups de canne.

Décrit par son avocat comme un « garçon qui a la tête sur les épaules », Tom Félix a mené une vie riche et active. Dès l’enfance, il suit ses parents, tous deux instituteurs, au fil de leurs postes dans différentes régions du monde. Après l’île de La Réunion et l’Amérique du Sud, la famille s’ancre en Asie, d’abord en Thaïlande, puis au Cambodge et aux Philippines, et s’installe finalement à Singapour, où Tom Félix achève sa scolarité au Lycée français international. « Très tôt, il se passionne pour le monde marin, raconte sa mère, Sylvie Félix. Il passe un diplôme d’instructeur de plongée puis entreprend des études en biologie marine en Australie. » Le jeune homme travaille ensuite trois ans dans une ferme ostréicole dans l’île de Florès en Indonésie. Puis il reprend ses études en France et rejoint le groupe Veolia, en Malaisie, durant trois ans. « Il fait preuve d’adaptabilité et d’une grande maturité professionnelle », souligne sa mère.

Tout s’est effondré

La paralysie liée à la pandémie sanitaire remet ses choix en question. Le Français souhaite alors vivre près de sa famille et de ses amis, et tente l’aventure en créant une entreprise de restauration en Malaisie, dans l’île de Langkawi. « Son affaire était en train de démarrer, retrace sa mère. Et puis tout s’est effondré. Le 14 août 2023, après quatre jours de silence, il nous a appelés pour nous dire qu’il était placé en garde à vue. » Tom Félix dit ignorer la présence et l’origine des produits stupéfiants. « Pour lui, c’était un mélange d’anéantissement et d’incrédulité. Il était tétanisé», poursuit sa mère.

Pourtant, tout semble disculper le Français. « Ses empreintes n’ont pas été identifiées sur les sachets de cannabis, Tom Félix ne consommait pas de drogue, et l’examen de son téléphone portable n’a révélé aucun contact avec les milieux de la drogue», explique son avocat. Initialement, l’un des colocataires s’est même désigné comme le détenteur des substances.

Les couloirs de la mort

En Malaisie, des évolutions récentes suscitent l’espoir que Tom Félix échappe au couloir de la mort. Depuis avril 2023, la peine capitale, par pendaison, n’est plus obligatoire dans ce cas. Ainsi, 477 condamnations à mort ont été révisées, et 22 d’entre elles ont été maintenues, principalement pour des cas de meurtres portant sur des enfants.

« Le juge a retrouvé son pouvoir discrétionnaire. Il est en mesure de considérer les circonstances atténuantes et ne condamne plus automatiquement à mort les personnes reconnues coupables d’infractions liées aux stupéfiants », explique Marie-Lina Pérez, responsable régionale de l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM). « Cependant, le droit international est clair sur le recours à la peine de mort qui ne doit être limité qu’aux “crimes les plus graves”, et donc exclut les infractions liées à la drogue.»

Malaisie
Malaisie
Rétentionniste
La peine de mort en droit et en pratique en Malaisie

Pas de savon, ni de ventilateur

En attendant de connaître son destin, Tom Félix vit le calvaire de la prison malaisienne depuis onze mois. Il n’en sort que pour être présenté à des simulacres d’audiences. Enfermé dans une pièce avec une quarantaine de détenus, il endure des conditions dégradantes marquées par l’absence d’intimité et une hygiène déplorable. Les cellules dénuées de ventilateurs sont saturées par la chaleur tropicale et les moustiques.

En guise de matelas, un tapis sale. Il n’y a pas de savon pour se laver, et les latrines sont dans la cellule commune. Le droit à la promenade est inexistant. « Malgré ses facilités d’adaptation, c’est extrêmement dur, commente Sylvie Félix, la voix lourde d’angoisse. Tom a eu la galle, des furoncles, et en ce moment la tuberculose sévit dans la prison. Nous sommes inquiets pour sa santé.»

Seul Occidental de la prison, le jeune homme peine à communiquer en malais, dans un univers où cinglent les menaces et les intimidations. « Aujourd’hui, il lit des livres et fait beaucoup de méditation, poursuit sa mère. Il s’est forgé une carapace et se replie dans son monde intérieur pour survivre et accepter son enfermement. » En décembre dernier, effondré par le poids qu’il infligeait à ses proches, il a voulu un temps couper les ponts.

Un piège redoutable

« On est là pour lui », répète sa mère, remplie d’espoir depuis que François Zimeray, éminent avocat, ancien ambassadeur et fervent défenseur des droits de l’homme, s’est emparé du dossier. Si les services consulaires français à Kuala Lumpur jouent leur rôle, son entourage souhaiterait une mobilisation diplomatique pour extirper le Français de cette tragédie. Car la lenteur du système judiciaire, en Malaisie, est un piège redoutable, et les procédures pourraient s’éterniser. Tom Félix le sait. À sa famille et à ses avocats, il a glissé, cette semaine, d’un air résigné : « Déjà un an de prison, et probablement encore deux, pour n’avoir rien fait. »

Le public de Concertina sous le chapiteau – Crédits photo : Frédéric Bellay

Nos sociétés jugent la personne enfermée, jugent sa faute, sa déviance, son infraction, parfois sa non-conformité aux normes sociales ou sa dissidence politique. Elles jugent bon de la mettre à l’écart pour s’en protéger et, pourquoi pas au passage, de la faire souffrir, de l’inscrire dans la marge invisible de nos territoires. De la marge à l’exclusion, il n’y a qu’un pas qui peut confiner parfois à la barbarie.

Édito 2024, Concertina

« La loi du Talion »: l’atelier ECPM

Co-construit par Prison Insider et ECPM, l’atelier « La loi du Talion » proposait un échange autour des conséquences de la peine capitale sur les familles des personnes condamnées. À cette occasion, Shole Pakravan a fait part de son témoignage. La fille de Shole a été exécutée en 2017, au terme de sept années de lutte acharnée contre le régime qui l’avait condamnée à mort. Accusée du meurtre d’un haut dirigeant de la garde islamique qui tentait de la violer, Reyhaneh Jabbari a été exécutée lorsque tous les recours ont été épuisés.


La loi islamique du Talion en Iran dispose que le meurtre est passible de la peine de mort. Toutes les personnes reconnues coupables de meurtre sont condamnées à mort par les tribunaux. Ensuite, le choix d’exécuter, ou non, la personne condamnée est entre les mains de la famille de la personne tuée. La peine capitale n’est pas appliquée si la famille ou les proches de la victime acceptent de gracier la personne en lui accordant leur pardon ou en recevant une compensation financière.

Iran
Iran
Rétentionniste

Portrait de Shole Pakravan

Shole Pakravan – Crédits photo : Mélanie Bühnemann

Activiste iranienne pour les droits humains, Shole Pakravan vit désormais en Allemagne. Aujourd’hui, Shole raconte comme la force de sa fille demeure ancrée en elle et se souvient de sa détermination à ne rien concéder au régime : elle avait notamment refusé à la famille de son agresseur d’écrire une lettre au sein de laquelle elle aurait confessée avoir menti lorsqu’elle dénonçait les violences contre lesquelles elle a eu à se défendue. Cette force, Shole la transmet aux jeunesses qu’elle rencontre à travers le monde en les encourageant à rejoindre le combat pour l’abolition de la peine de mort, même avec de toutes petites actions : « les petits ruisseaux font de grandes rivières », insiste-t-elle, « tout comme la violence, la paix se diffuse au-delà des frontières ».

Vous savez, la souffrance de ma fille a pris fin mais la mienne et celle de notre famille est encore vive. Nous la portons dans nos chairs. Je veux que les gens prennent conscience que ce n’est pas seulement une personne qui meurt dans une exécution : sa famille meurt avec elle. Les pays occidentaux devraient considérer que la peine de mort en Iran les concerne eux-aussi.

Shole Pakravan

La peine de mort en Iran

La République islamique d’Iran est aujourd’hui, et depuis de très nombreuses années, le pays qui compte le plus grand nombre d’exécution par habitant. Depuis la révolution de 1979, la peine de mort est régulièrement utilisée par les autorités comme un outil de répression politique. Les nombreuses condamnations intervenues depuis le soulèvement déclenché par la mort en détention de Mahsa Amini en septembre 2022 le démontrent de manière terrifiante. Figures centrales de cette résistance de la population Iranienne, de nombreuses femmes sont aujourd’hui exécutées pour avoir tenté de résister aux agressions dont elles sont victimes. ECPM dans le cadre de son travail publie chaque année, en partenariat avec l’association iranienne Iran Human Rights, un rapport sur la pratique de la peine de mort en Iran.

Infographie – la peine de mort en Iran (2022)
Logo Iran Human Rights
Iran Human Rights
Iran
Assemblée générale ECPM 2024

Ils succèdent à trois piliers historiques de l’organisation, Emmanuel Oudar, Véronique Mary et Emmanuel Maistre qui quittent ECPM après plus de vingt ans de militantisme et d’actions. François Croquette a également fait part de sa volonté de quitter le CA lors de la même séance.

Aminata Niakaté, la présidente sortante a quant à elle été réélue à l’unanimité et sera secondée dans sa tâche par Laurent Duarte, nouveau secrétaire général et Marie Doucet, secrétaire générale suppléante, tandis que Leïla Bordie-Randera agira en tant que trésorière.

L’assemblée générale fut également l’occasion de rendre hommage à Antoinette Chahine à l’occasion des 25 ans de sa libération. À travers un témoignage poignant elle a renouvelé sa profession de foi dans la lutte contre la peine de mort dans le monde et plus particulièrement dans son pays d’origine le Liban.

Assemblée générale ECPM 2024
L’ensemble du groupe avec Antoinette Chahine

Une jeunesse ambassadrice de l’abolition

L’objectif de cet atelier est de mettre les jeunes au cœur de l’action abolitionniste en leur donnant les outils nécessaires pour construire et faire perdurer leur militantisme. Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la déclaration du sommet de Reykjavik de 2023, où les chefs d’Etat et de Gouvernement ont indiqué que le Conseil de l’Europe devait poursuivre son combat en faveur de l’abolition de la peine de mort. Ainsi, par une approche inclusive et participative, offrant des espaces d’engagement, ECPM vise à enrichir leurs connaissances sur les droits humains et les valeurs liées à la citoyenneté mondiale, afin qu’ils et elles soient plus à même de développer une pensée autonome.

Les activités mises en place ont permis d’atteindre l’objectif fixé : l’importance de mettre en place et de rendre indépendant un réseau de jeunes ambassadeur·rices. Car si aborder la question de l’abolition est toujours nécessaire dans les états rétentionnistes, malheureusement il en est de même dans les états abolitionnistes où les droits humains peuvent toujours être remis en question.

Des outils pédagogiques concrets

Dans le but de développer un militantisme efficace et des initiatives adaptées à chaque pays, la semaine a été ponctuée par des temps collectifs et mises en situation. La plus marquante étant la simulation du vote de la résolution des Nations Unies appelant à un moratoire universel sur l’application de la peine de mort au Palais de l’Europe.

Jeu de rôle sur le vote de la résolution des Nations Unies appelant à un moratoire universel sur l’application de la peine de mort

Cet exercice reprend les conditions réelles du vote de la résolution, permettant aux participant·es de devenir pour une matinée de vrai·es ambassadeur·rices d’états et comprendre le rôle de chaque acteur (ONG, états et institutions).

Et après ?

C’est un esprit de collectif qui a émergé durant cet atelier, avec une envie des participant·es de poursuivre des projets concrets à l’aube de rendez-vous importants comme la Journée mondiale contre la peine de mort en automne prochain. Les jeunes ont été portés par les différents organisateur·rices, intervenant·es et ancien·nes participant·es de la première édition de l’atelier avec pour objectif d’opérer leur militantisme de manière indépendante par la suite.

L’atelier s’exporte aussi à l’international avec une édition qui a eu lieu du 24 au 28 juin 2024 au Cap-Vert.

Prix du jury « Dessine-moi l’abolition » – 2020-2021 – ECPM-RIEA
Salsabila L. – Collège Moulin Joly, Colombes, France
Ce projet est co-financé par
l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)

La tribune de la Plateforme des Droits de l’Homme

DEMAIN, VOTEZ POUR LES DROITS HUMAINS

La France a besoin d’unité, de solidarité, de justice et d’idéal démocratique ; des valeurs fidèles à son histoire et que nous continuerons de défendre et de promouvoir en France et dans le monde.

La Plateforme Droits Humains (PDH) rassemble 29 ONG françaises des droits humains actives à l’international.

Nous appelons les citoyens et citoyennes français⸱e·s à aller voter aux prochaines élections législatives.
Nous les appelons à prendre en compte les valeurs cardinales qui fondent notre vivre-ensemble, et nos principes démocratiques. Nous appelons chaque citoyen⸱ne à prendre ses responsabilités et à défendre les droits fondamentaux partout car le respect des droits est le socle d’un monde en paix.

Alors le 30 juin et le 7 juillet, c’est-à-dire DEMAIN, VOTEZ POUR LES DROITS HUMAINS !

Nous adhérons et faisons vivre chaque jour par nos actions les principes qui fondent notre république : Liberté, Égalité et Fraternité.
Nous croyons aux valeurs européennes de respect de la dignité humaine, de liberté, de promotion de la démocratie et du respect des droits fondamentaux, valeurs humanistes et universelles.
Nous croyons à la nécessaire solidarité internationale pour faire vivre les droits humains partout dans le monde, mais aussi en France, en soutenant les défenseur se s en danger, et les associations qui les soutiennent, qui risquent leur liberté et leur vie à chaque instant.

De par nos expériences de terrain, nous connaissons les réalités où les démocraties ont cédé le pas à l’oppression et aux régimes autoritaires. Nous sommes les témoins de l’érosion des libertés individuelles portée par l’extrême droite. C’est pour cette raison que nous portons cet appel ici en France!

Quand les populismes ressurgissent, ils attaquent ouvertement les droits des femmes, des personnes migrantes, des personnes LGBTQIA+, de toutes les personnes en situation de vulnérabilité et de marginalité.

Quand les dictatures maîtrisent la désinformation et inondent de fake news des démocraties fragilisées, nous ne devons pas avoir peur. Ne nous replions pas sur nous-mêmes mais portons au contraire fièrement l’espérance en l’humanité, en la dignité pour chacune et en la solidarité.

  • Solidarité dans l’accès à la santé, à l’éducation, dans les services publics, dans la défense des droits humains
  • Solidarité internationale, à travers une politique forte et ouverte d’aide publique au développement permettant à la France de mener concrètement le combat pour le respect, la protection, la réalisation et la promotion des droits humains partout et pour toutes et tous.

La démocratie est l’assurance du pluralisme, du respect des libertés individuelles, du bien commun et de la paix. Une démocratie ne tient pas seulement sur ses fonctions électives, mais aussi sur la place laissée à l’expression des droits fondamentaux et à la garantie de contre-pouvoirs véritablement indépendants. La liberté et l’indépendance d’une presse pluraliste, le respect du pouvoir judiciaire, des syndicats, des associations et de la société civile, des corps intermédiaires dans leur ensemble, garantissent l’État de droit et la possibilité d’une société plus juste et respectueuse des droits humains.

Nos ONG, actrices sur le champ des droits humains à l’international, en sont témoins. Les privations des libertés, la réduction de l’espace dévolu à la société civile, les répressions massives des droits civiques, l’arrestation des avocat⸱e⸱s et des défenseur⸱se⸱s des droits humains, le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie et le ciblage des minorités sont autant d’exemples qui nous incitent toutes et tous à la plus grande vigilance et à un réveil collectif.

La tribune de Coordination Sud

La tribune du Mouvement Associatif

Cortège Pride 2024
Cortège ECPM – Pride 2024

La campagne « S’aimer n’est pas un crime »

À travers sa campagne, ECPM dénonce les discriminations sexuelles et exhorte les pays qui condamnent à mort à les dépénaliser. L’association dénonce également les pays ayant une législation ouvertement homophobe. Depuis 2005, ECPM se joint à la Marche des fiertés de Paris pour soutenir la communauté LGBTQIA+.

Dans un contexte politique français incertain, où l’influence de l’extrême droite ne cesse de grandir, les droits LGBTQIA+ se retrouvent menacés. À l’international, depuis 2023, en Ouganda l’arsenal législatif s’est endurci avec une loi Anti-homosexualité, augmentant au nombre de 12 les états appliquent la peine de mort pour les personnes LGBTQIA+.

Plaidoyer
juin 2024
Pepe Julian Onziema est un homme transgenre qui milite en faveur des droits LGBTQIA+ depuis…
Témoignage
juin 2024
Asal Abasian est un·e journaliste iranien·ne et militant·e féministe queer, forcé·e à l’exil en raison…
Criminalisation de l’homosexualité : de la prison à la peine de mort (2022)

Retour en images

Cette Marche des Fiertés 2024 a permis aux bénévoles, membres du comité associatif et à l’équipe salariée d’ECPM de s’unir pour la défense des droits humains. L’occasion d’échanger et de sensibiliser les participants de la Marche aux enjeux de la peine de mort pour les personnes LGBTQIA+.

Rejoignez-nous pour lutter pour les droits humains !

Spot Abolition Peine de Mort en Tunisie – الغاء عقوبة الاعدام في تونس – CTCPM

Depuis ces dix dernières années, la Tunisie connaît une recrudescence du nombre de condamnations à mort, tandis que la perspective d’une abolition s’éloigne toujours plus. Les conditions de détention des détenus y compris des condamnés à mort se sont dégradées. Ces dernières sont alarmantes (isolement, manque d’hygiène, renforcement des pathologies mentales et physiques chez les détenus), et ne cessent d’empirer depuis la pandémie du Covid-19.

Infographie – la peine de mort en Tunisie (2022)
La peine de mort en droit et en pratique en Tunisie
Portrait Pepe Julian Onziema
Portrait Pepe Julian Onziema

Bonjour Pepe, pour commencer, pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Pepe Julian Onziema et je vis à Kampala en Ouganda. Je travaille pour l’ONG Sexual Minorities in Uganda (SMUG). Je suis un homme transgenre et un activiste depuis plus de 20 ans. Aussi horrible que la situation puisse être en Ouganda, je suis fier de dire que je vis toujours dans mon pays.

Faire partie de la communauté LGBTQIA+ en Ouganda

Comme vous le savez, la loi Ougandaise prévoit la peine de mort pour le motif « d’homosexualité aggravée ». Depuis le passage de cette loi, des condamnations ont-elles été recensées ? Qu’est-ce que cela implique d’être un membre de la communauté LGBTQIA+ aujourd’hui en Ouganda ?

Depuis le passage de la loi Anti-homosexualité en mai 2023, ratifiée par le président, nous avons publié un rapport qui enregistre 1 053 cas de septembre 2023 à mai 2024. Les cas passibles de la peine de mort pour le motif « d’homosexualité aggravée » sont au nombre de 13, répartis dans tout le pays. La Direction du service public a publié une circulaire mentionnant que quiconque accusé en vertu de la loi doit d’abord passer par ses bureaux avant toute forme de condamnation.

Actuellement, nous avons décompté 13 cas de personnes accusées en vertu de cette loi. Pour l’instant, elles sont en détention provisoire et aucune sentence n’a été prononcée.

Depuis le passage de la loi Anti-homosexualité en mai 2023, ratifiée par le président, nous avons publié un rapport qui recense 1053 cas de septembre 2023 à mai 2024.

Ensuite, qu’est-ce que cela implique d’être un membre de la communauté LGBTQIA+ en Ouganda de nos jours ? Pour être précis, nous suivons 1053 personnes. On relève que nombre d’entre elles se retrouvent expulsées du logement qu’elles louent ou de leur propre foyer familial qui n’accepte pas leur appartenance à la communauté LGBTQIA+.

Lorsqu’une personne LGBTQIA+ est arrêtée, qu’il s’agisse d’un homme gay, d’une femme transgenre, d’un homme transgenre ou un d’homme queer, la police procède à un examen dans un premier temps, pour prouver que la personne a commis un acte homosexuel. Les personnes sont déshabillées et leurs parties intimes sont examinées de force par la police dans le but de prouver qu’ils ont eu ce qu’ils appellent du « sexe gay ». Ce type de discrimination augmente de manière importante.

Les autres formes de violence sont les arrestations arbitraires et le chantage, qui d’ailleurs sont souvent étroitement liés. Par exemple, lorsqu’une personne se retrouve expulsée par un propriétaire immobilier, ce dernier contacte également la police. Ensuite, si la personne expulsée souhaite régulariser sa situation elle se retrouve confrontée aux services policiers qui usent également des moyens de pression que sont l’extorsion de fonds et le chantage. Ainsi elle peut espérer ne pas être torturée, examinée, photographiée de force, voire même être dénoncée aux médias. L’extorsion et le chantage peuvent aussi provenir de propriétaires, employés ou encore partenaires amoureux.

En clair, il y a différentes nuances de violences, certaines légales et d’autres non, mais il est évident que certaines personnes instrumentalisent la loi pour extorquer ou faire chanter des membres de la communauté LGBTQIA+.

Nous savons que vous avez séjourné en prison à plusieurs reprises : qu’est-ce que cela implique d’être une personne gay ou transgenre emprisonnée en Ouganda ?

C’est affreux. À titre personnel, j’ai été en détention à six reprises, la dernière fois datant de 2016. À cette période, quand vous partiez en détention, la police exigeait que vous abandonniez tous vos effets personnels, que ce soit de l’argent, votre montre ou une bague par exemple. Ensuite, vous devez retirer vos vêtements, votre ceinture, vos chaussures et chaussettes, absolument tout. La pièce où l’on est reçu est aussi très sale.

Je me souviens d’une fois, au moment où l’officier me poussait à l’intérieur de la cellule : « Occupez-vous de celui-ci », a-t-il lancé aux autres prisonniers. Il est fréquent que les officiers se servent des autres détenus pour faire pression sur les nouveaux, les extorquer ou autre. Il y a des détenus récidivistes dans ces prisons, qui finissent toujours par sortir en soudoyant la police. Certains détenus et officiers conspirent et travaillent ensemble.

À ce moment-là, je portais toujours mon caleçon, et à peine je me suis fait pousser dans la pièce que l’un des détenus récidivistes a commencé à me frapper. Il a continué ainsi jusqu’à s’arrêter et me dire de partir prendre une douche. C’est une sorte de bizutage pour les nouveaux détenus. Une fois arrivé dans la douche, il y a de l’eau et du savon à disposition mais ils finissent par dire « Pourquoi utilises-tu l’eau et le savon ? As-tu payé pour cela ? », tout en accordant l’entrée en cellule seulement aux détenus propres. C’est une étape réellement difficile, d’autant plus que je m’identifie comme un homme transgenre. J’ai donc été incarcéré avec des détenus masculins, sans aucune intimité lors de cette étape. Deux autres nouveaux détenus étaient aussi présents et m’ont proposé leur aide en me cachant avec un vêtement tout en me priant de faire vite. C’est comme cela que j’ai réussi à prendre cette douche et ai pu sortir de cette situation. Après cela, un des officiers accepta que je garde mes lunettes car sans elles je ne vois pas très bien. Cependant, une fois entré, un homme très grand qui était semble-t-il à la tête du groupe de détenus m’a demandé : « Pourquoi portes-tu des lunettes ? Tu te crois spécial ? » et commença à me frapper jusqu’à que je perde l’audition de mon oreille gauche. J’ai eu recours à une opération chirurgicale à cause de cela.

À cette époque, il y avait deux hommes transgenres, dont moi et une femme transgenre détenu·es. Nous étions tous·tes extrêmement malmené·es, moi tout particulièrement car j’essayais de me défendre en répondant : « Pourquoi vous me faites subir cela ? ». J’ai même dû faire un bilan médical général après m’être fait frapper par plusieurs détenus. La justification de ces actes violents était : « Ce sont des homosexuels. Donc nous devons les traiter comme ils le méritent ».

Avant d’être incarcéré, un collègue et moi, avions posté un tweet avertissant de notre arrestation par la police. Cette publication a permis aux gens aux États-Unis et partout dans le monde d’être alerté·es et de contacter leurs ambassades en Ouganda pour demander : « Qu’arrive-t-il à ces activistes ? Pouvez-vous contacter le commissariat où ils se trouvent et effectuer un suivi de leur situation ? ». C’est ce qui nous a sauvés car au moment où nous avons obtenu notre droit de sortie, mes co-détenus étaient sur le point de me violer. C’est à ce moment précis que le cadenas de la cellule s’est déverrouillé et que cela s’est arrêté. Je suis toujours traumatisé par cette période et malgré la volonté de poursuivre mon activisme, je suis parfois envahi par la peur.

Comment votre organisation opère-t-elle depuis la décision du Bureau des ONG Ougandais de proscrire SMUG ? Comment poursuivre vos actions dans ce contexte-là ?

Le Bureau des ONG a pris la décision de fermer SMUG de manière illégale car nous n’étions pas enregistrés auprès d’eux. Dans les faits, il n’y aucune démarche légale qui justifie cette décision car nous avions voulu nous enregistrer auparavant, ce sont eux qui ont refusé.

Ensuite, comment poursuivons-nous nos actions dans ce contexte ? Nous connaissons et chérissons notre droit à l’association. La constitution Ougandaise autorise le droit à l’association même si une organisation n’est pas enregistrée auprès d’une institution légale. Nous avons fait le choix de poursuivre nos actions, malgré le fait que nous ne soyons enregistrés nulle part, car nous avons une communauté de millions de personnes LGBTQIA+ à travers le pays et nous nous devons de continuer à les aider. Pour cela, nous avons décidé de scinder la communauté LGBTQIA+ du pays en plus petits groupes, par lesquels nous documentons les violations, construisons une force de plaidoyer, d’organisation et des capacités financières. De plus, certaines organisations ont pu être enregistrées auprès du Bureau des ONG et nous les accompagnons dans la compréhension et l’exécution des paramètres légaux à respecter.

Nous avons fait le choix de continuer nos actions, malgré le fait que nous ne soyons enregistrés nulle part, car nous avons une communauté de millions de personnes LGBTQIA+ à travers le pays et nous nous devons de continuer à les aider.

Notre directeur exécutif, moi-même et notre organisation sommes au premier plan. Nous ne nous sommes jamais cachés et sommes très ouverts à tel point que nous sommes sollicités comme force de consultation auprès du gouvernement Ougandais lui-même. Cet accrochage avec le bureau des ONG n’a pas été bénéfique pour le gouvernement comme pour notre communauté. Nous avons dû trouver un terrain d’entente. À force de discussion nous avons statué pour une sorte d’accord qui induit que nous pouvons continuer à travailler mais nous ne sommes pas autorisés à avoir des locaux ni à effectuer des rassemblements publics (les rassemblements dans l’espace privés étant toujours autorisés). Donc, étant des activistes, nous avons adopté une posture de « attrape-moi si tu peux ». La notion de fuite à tendance à être utilisé de manière négative mais dans un pays comme le nôtre nous devons adopter un tel état d’esprit pour survivre. Nous développons de nombreuses mesures de sécurité pour nous assurer que notre communauté a les ressources pour se rassembler et fonctionner simultanément.

Nous sommes en dialogue constant avec le gouvernement et d’ailleurs, il y a à peine deux heures aujourd’hui, nous rencontrions les membres du parlement dans le cadre d’une intervention de sensibilisation sur les violations des droits humains sur la communauté LGBTQIA+ et des conséquences de la loi qu’ils avaient promulguée. La plupart n’étaient pas informés ou ont avoué avoir été persécutés et intimidés pour influencer leur décision. 

L’influence colonialiste: impact et perspectives de réflexion

Votre dernière interview aux États-Unis date de 2014, sur le plateau de John Oliver, et ce fût l’occasion d’aborder l’influence des idéologies et colonialismes britanniques et américains sur les politiques Ougandaises. Depuis cette interview, pensez-vous que cette influence est toujours existante ?

Je pense que la situation a empirée depuis 2014. Ma transidentité n’est pas cachée, j’en suis fier et je vis toujours en Ouganda. J’insiste sur le fait que je ne souhaite pas partir malgré l’homophobie et la transphobie importées au sein de mon pays. Bien sûr que nous vivons dans un contexte où l’idéologie colonialiste est toujours présente, elle évolue même. Nous pouvons témoigner que l’arrivée d’une nouvelle vague d’américains dans le pays, introduit à nouveau et renforce ce colonialisme à travers des lois homophobes. Nous avons souvent exprimé que l’homophobie a en fait été importée en Ouganda.

Voyez-vous, je suis issu d’un clan avec des croyances très traditionnelles, mais d’où je viens l’homosexualité n’est pas un crime. En réalité, dans mon clan, les personnes transgenres sont considérées comme des entités mythiques qui guident nos valeurs traditionnelles. Donc quand j’entends des néocolonialistes dire que l’homosexualité est africaine (d’ailleurs, les personnes qui affirment cela ne sont jamais africaines), j’aimerais rappeler qu’à cause de la défaillance du système étatique ougandais il est très facile d’insuffler les idéologies colonialistes et homophobes à la gouvernance.

Comme exprimé plus tôt, j’étais en échange avec les membres du parlement plus tôt aujourd’hui, et la plupart d’entre eux confirment cette idée et témoignent : « Lorsque j’étais enfant, il y avait des personnes comme cela (transgenre, ndlr). Mes parents m’en ont déjà parlé et nous ne les avons jamais discriminés. ». Cela démontre bien que la racine de ce problème est ailleurs, que les britanniques ne voulaient pas éveiller l’hostilité des ougandais et des africains pour mieux les coloniser. Au lieu que nous, ougandais et africains, remettions en question nos valeurs traditionnelles, nous devrions nous demander quelle est la réelle problématique de cette situation ?

La notion de religion comme abordée en Occident ne s’applique absolument pas en Ouganda. C’est simplement un argument pour décentrer le débat, car la vague actuelle de colonialisme avance que : « Si tu es religieux, tu t’alignes avec nous ». Cependant, dans la pratique ce n’est pas vraiment ce qui arrive. Malgré l’existence de la loi, il y a toujours des personnes qui dans leurs circonscriptions et communautés vont préserver et tenter de protéger les personnes homosexuelles car ils savent que cela fait partie de leurs valeurs traditionnelles. À contrario, nos dirigeants politiques promeuvent l’homophobie et la transphobie, soudoyés ou influencés par les relations avec certains états. 

Nous avons souvent exprimé que l’homophobie a en fait été importée en Ouganda.

Vous avez dirigé le club de lecture de votre école. Considérez-vous la littérature comme un outil puissant en termes d’éducation et de communication ? Si oui, pensez-vous à des auteur.es ougandais.es qui abordent le sujet ?

Absolument ! J’ai initié ce club de lecture dans mon école lorsque j’avais 15 ans, et je considère que c’est à ce moment qu’est né mon militantisme. J’avais envoyé un bref article à un journal national ougandais et il a été publié. À ce moment, je me suis dit : « Oh, d’accord. En fait les gens peuvent vraiment prendre en compte nos revendications ? ».

La littérature est très importante. Je pense que l’une des raisons principales qui a mené notre pays vers des mouvements anti-genre et anti-LGBTQIA+, c’est qu’il n’existe pas de contenu écrit qui explique à nos propres citoyens que la transidentité et l’homosexualité sont des choses qui existent depuis très longtemps en Ouganda. Prenons l’exemple des militants anti-LGBTQIA+ qui utilisent la Bible, qui est une forme de littérature. Evidemment, ils choisissent d’utiliser les passages qu’ils souhaitent à leur avantage, mais cela reste un contenu écrit et donc puissant. Imaginez un monde où nous aurions écrit notre propre Histoire, où nos ancêtres auraient écrit à propos de notre clan et son histoire. D’après moi, l’homophobie n’aurait pas existé car nous aurions eu un support écrit auquel se référer. Il est primordial que nous relations et récrivions cette Histoire. Elle doit être exprimée comme avec l’interview que nous faisons aujourd’hui. Cela contribuerait grandement à notre cause. 

L’une des personnalités qui a effectué un suivi de cette Histoire, et la professeure de droit de l’université de Makeria, Sylvia Tamale. Ensuite, je pense aussi au Dr. Stella Nyanzi, une anthropologue qui vit actuellement en exil en Allemagne. Elle a énormément écrit sur les thématiques d’identité de genre et d’orientation sexuelle, et l’importance de la littérature pour contrecarrer l’influence des idéologies occidentales sur l’homosexualité en Afrique. Enfin, en ce qui me concerne, je travaille à la rédaction de mon autobiographie pour raconter mon histoire et rajouter ma contribution à la littérature ougandaise déjà existante.

Rayonnement international de SMUG et mois des Fiertés

À présent, nous souhaiterions aborder le sujet du Prix International LGBTQIA+ 2023 de la ville de Paris, dont vous êtes le lauréat. Qu’est-ce que cette reconnaissance signifie pour vous ? Est-ce qu’une telle initiative a aidé à amplifier votre voix à l’international ?

Oui nous avons eu l’honneur de recevoir ce prix ainsi que 5000€, qui constitua une aide importante à ce moment-là. En effet, nous avions beaucoup de cas d’expulsions, d’arrestations, de passages à tabac et de viols et n’avions pas de ressources financières pour palier à cela. Nos partenaires nous envoyaient des fonds mais pas suffisamment rapidement et nous avions ce besoin très urgent d’argent. Lors de mon séjour en France, j’ai demandé à mes collègues combien de cas exactement nous étions en train de gérer et nous en avons comptés presque 30. Il fallait aider les personnes à se déménager, leur procurer une aide médicale et un support psychologique, avec l’aide de psychologues qui pouvaient payer pour cela.

Ensuite, l’encouragement politique français est très important. En dépit du fait que nous soyons anglophones, depuis la colonisation britannique, et que les personnes francophones sont peu nombreuses en Ouganda, une ambassade française se trouve à Kampala. L’initiative de la France, malgré sa présence disparate dans le pays, permet d’affirmer que les droits LGBTQIA+ sont des droits humains et améliore notre portée. Il était primordial de communiquer cette intention en désignant SMUG comme destinataire du prix. De plus, étant donné que nous sommes au mois des Fiertés et que la plupart des ambassades nous accueillent en reconnaissance de ce prix, j’ai communiqué ma gratitude au bureau de la ville de Paris, cherchant à ce que ce prix est la plus grande influence possible. Évidemment, l’aide financière a porté ses fruits mais elle doit être suivie d’un soutien politique. Nous avions demandé à l’ambassade française de Kampala d’accueillir au moins 10 ou 15 membres LGBTQIA+, pour permettre de confirmer l’engagement de la France pour les droits humains auprès de la communauté et rassurer ses membres.

Évidemment, l’aide financière a porté ses fruits mais elle doit être suivie d’un soutien politique.

Le mois de juin est le mois des Fiertés, c’est l’occasion de nous rappeler l’importance de défendre les droits LGBTQIA+ toute l’année. Nous souhaiterions savoir ce dont la communauté ougandaise a besoin pour ressentir le soutien de la communauté internationale, la société civile et le grand public ? Si vous deviez diffuser un seul message, lequel serait-il ?

En Ouganda, nous célébrons le mois des Fiertés en août habituellement, mais nous prenons évidemment part aux actions mondiales du mois de juin. Notre message est simple : ne pas laisser l’Ouganda disparaître des préoccupations, le pays a encore besoin de votre solidarité et de votre amour. Nous avons encore besoin de soutien pour augmenter la portée de nos actions et valeurs à travers toutes les sortes de médias.

Notre état et institutions juridiques aspirent à ce que la communauté internationale se taise. Croyez-en mon expérience, en tant que personne qui a subi des violences dans mon propre pays pour le simple fait d’être moi-même, les institutions juridiques essaient de faire taire les réactions internationales et les atteintes aux droits humains ont toujours lieu. Nous avons décidé de publier le rapport sur ces violations durant le mois des Fiertés car nous voulions que les gens partout dans le monde n’oublient pas la situation en Ouganda.

Si vous disposez de ressources financières, faites-en don au bon endroit, nous avons encore beaucoup de personnes qui ont besoin de notre soutien, c’est ce pourquoi nous avions initialement créé SMUG Internationl. Enfin, nous voudrions demander aux ambassades de faciliter la délivrance de visas pour les personnes qui ont besoin de quitter le pays, définitivement ou temporairement. Certaines personnes ont simplement besoin de s’exiler un moment pour respirer afin de revenir avec de meilleures stratégies pour assurer leur sécurité.

Nous avons encore besoin de soutien pour augmenter la portée de nos actions et valeurs à travers toutes les sortes de médias.

Robert Badinter et Antoinette Chahine lors du séminaire parlementaire d’ECPM sur le monde arabe organisé en octobre 2013 à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Une séance hommage

L’assemblée générale d’ECPM débutera par un hommage à Robert Badinter, figure de proue du mouvement abolitionniste en France et président d’honneur de l’association pendant plus de 20 ans, disparu en février dernier.  L’occasion pour les membres présents de se souvenir ensemble des moments marquants de la campagne pour l’abolition universelle depuis la création de l’association.


Nous aurons également le bonheur d’accueillir Antoinette Chahine, militante dévouée pour l’abolition universelle de la peine de mort. Arrêtée au Liban en 1994 et condamnée à mort en 1997, elle fut libérée en 1999 grâces aux pressions internationales et aux soutiens des militant.es. À l’occasion des 25 ans de sa libération, nous reviendrons sur les 20 ans du moratoire au pays du Cèdre et son combat sans faille pour les droits humains. Si aucune peine de mort n’a été exécutée depuis 2004, les condamnations à mort restent fréquentes. Au moins 78 personnes, dont 4 femmes, se trouvaient dans le couloir de la mort fin 2022.

Le programme

18h30-18h40

  • Hommage à Robert Badinter 

18h40-20h00

  • AG statutaires
  • Rapport Moral
  • Approbation des comptes 2023
  • Plan stratégique 2024-2027
  • Présentation du Budget 2024
  • Nomination du nouveau CA
  • Élections du CA

19h45                                                                                                                                       

  • Pause

20h00

  • Hommage à Antoinette Chahine à l’occasion des 25 ans de sa libération
  • Mots de bienvenue d’Aminata Niakate et Raphaël Chenuil-Hazan
  • 20 ans de Moratoire au Liban par Julia Bourbon-Fernandez
  • La longue marche d’Antoinette Chahine par Raphaël Chenuil-Hazan et Nicolas Perron
  • Lectures de « Crime d’Innocence »
  • Clôture par Aminata Niakate

21h15

  • Cocktail dinatoire 

Infos pratiques

Toute personne souhaitant participer à l’Assemblée générale d’ECPM est la bienvenue et est invitée à se présenter sur place à partir de 18h. La séance se déroulera dans les locaux d’ECPM, au 62 bis, avenue Parmentier (Paris, 75 011). Pour faciliter l’organisation, merci de vous inscrire gratuitement en remplissant ce formulaire.

Publication
juin 2024
Le rapport d’activités 2023 d’ECPM est sorti, l’occasion de revenir sur ses actions en 2023,…
Illustration de Robert Badinter par Paul Gros
Illustration de Paul Gros

Édito : L’abolition universelle en héritage

Notre Président d’honneur qui nous a guidé depuis tant d’années, a tiré sa révérence en laissant un vide immense pour nous toutes et tous. Robert Badinter n’était pas seulement celui qui aura permis l’abolition de la peine de mort en France, il aura également consacré par son engagement sans faille au côté d’ECPM, le combat pour l’universalité de l’abolition et d’en faire le premier des droits de l’homme sur les cinq continents. Forts de cet héritage, nous sommes devenus en presque 25 ans l’ONG mondiale de référence dans le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort. Aujourd’hui, ECPM est engagé dans plus de 25 pays à travers le monde, portant ainsi son combat bien au-delà des frontières françaises. L’abolition ne s’obtiendra que par un plaidoyer fort auprès des faiseurs d’opinion et des acteurs politiques des pays qui maintiennent la peine de mort. Ce plaidoyer a été au cœur de notre action aussi bien auprès des organes internationaux (ONU, CADHP) que des États qui seront ceux par qui in fine l’abolition adviendra. En 2023, nous avons mis l’accent sur une des régions rétentionnistes les plus difficiles : le Moyen-Orient, en organisant le 4ième Congrès régional à Amman en Jordanie. Nous relevons ainsi le défi de porter nos valeurs et nos convictions parmi les pays les plus réticents à l’idée même d’abolition. Cette abolition, nous ne l’imaginons pas sans nos partenaires terrain qui sont les acteurs majeurs des avancées abolitionnistes. Dans cette perspective, ECPM dans le cadre du Consortium global pour l’abolition de la peine de mort, en partenariat avec la Coalition mondiale contre la peine de mort et bien d’autres partenaires, affiche un front uni contre la peine de mort. Enfin, le fil rouge de notre action se construit depuis le dernier Congrès de Berlin autour de la jeunesse et de sa mise en mouvement. Nous travaillons dans ce sens avec le Conseil de l’Europe ou le Forum mondial Normandie pour la Paix notamment, tout en continuant bien entendu nos nombreuses interventions en milieu scolaire. C’est maintenant officiel, nous organiserons le prochain Congrès mondial contre la peine de mort à Paris en juin 2026, à l’invitation du Président de la République, Emmanuel Macron. D’ici-là, le travail acharné de nos équipes et l’engagement de notre Conseil d’administration font de notre association un acteur résolu et ambitieux pour porter haut et fort la voix de l’abolition.

Raphaël Chenuil-Hazan

Directeur

Aminata Niakate

Présidente


Les points clés

Départ de trois piliers de l’association

Après une vingtaine d’année au sein du CA d’ECPM, Véronique Mary, Emmanuel Maistre et Emmanuel Oudar tiront leur révérence à la prochaine assemblée générale du 25 juin 2024, respectivement en tant que trésorière et administrateurs. L’occasion de revenir sur leurs souvenirs à ECPM:

Tellement de souvenirs émouvants et de belles anecdotes ; le choix est difficile ! À l’aube de quitter le conseil d’administration, après vingt-et-un ans à occuper la fonction de trésorière d’ECPM, je retiendrai l’assemblée générale de juin 2022. Nous n’étions pas seulement heureux de pouvoir nous (équipe salariée, adminis trateurs, adhérents) retrouver après deux années de restriction liée à la pandémie de Covid : nos partenaires des programmes internationaux qui étaient présents dans nos locaux pour un cycle de formation participaient à cette assemblée. Un beau symbole de notre “Ensemble” associatif où nous avons partagé actions militantes et vie institutionnelle et construit ainsi année après année une stratégie pour faire avancer et grandir l’abolition universelle.

Véronique Mary Trésorière

Trois images, moments de “ma vie à ECPM”, caractérisent pour moi ces plus de vingt ans passés au sein des instances de direction de l’association. Celle du minuscule local d’où nous avons organisé le premier Congrès mondial de Paris en 2006 et 2007. Un ancien salon de coiffure de 12 m2 où se serrait une équipe surmobilisée de six personnes, leur fax et leur copieur. Celle tout juste quatre ans après, de Zapatero, le premier ministre espagnol qui à l’ouverture du Congrès mondial de Genève, dans l’immense salle des droits de l’Homme de l’ONU, invita toute la communauté abolitionniste à rejoindre Madrid pour la prochaine rencontre mondiale. Enfin, plus de vingt ans après le premier Congrès mondial, en 2022, l’image des jeunes militants de l’Abolition Now Tour venus de tous les continents au Congrès mondial de Berlin pour reprendre le flambeau. Et la boucle est bouclée. Ou plutôt une nouvelle révolution s’opère. Portée par une nouvelle génération qui a en commun avec les fondateurs du mouvement d’avoir compris que le combat contre la peine de mort s’est construit, se construit et se construira ensemble.

Emmanuel Maistre Administrateur

Lors du premier Conseil d’Administration d’ECPM en 2004 auquel j’ai participé, nous étions une quinzaine de personnes. C’était un conseil d’administration dans lequel existait une véritable diversité d’âge, de profession, d’opinions politiques, de revenu, tous rassemblés pour une cause fondamentale : la suppression de la peine capitale dans le monde. Cette diversité est une richesse et a permis à l’association de se développer. Vingt ans plus tard, nous pouvons nous réjouir qu’il y ait une progression vers l’abolition dans le monde.

Emmanuel Oudar Administrateur

Les chiffres à retenir


Remerciements à nos partenaires

ECPM remercie ses partenaires politiques, financiers et associatifs qui portent la cause abolitionniste le plus loin possible en Afrique centrale, Moyen-Orient–Afrique du Nord et Asie du Sud-Est.

Événement
juin 2024
Le 25 juin, participez à l’assemblée générale d’ECPM où nous honorerons la mémoire de Robert…