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Fatimata M’Baye, militante de la première heure dans les mouvements étudiants de défense de l’égalité des chances en Mauritanie, puis avocate et Présidente de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), est engagée depuis de nombreuses années dans la société de son pays pour faire valoir les droits des personnes opprimées, dans un contexte politique et socioculturel contrasté. Elle a accordé un entretien à ECPM dans le cadre de sa venue en France début 2022.

 

Le 9 octobre dernier, à l’occasion de la 19e Journée mondiale contre la peine de mort, le ministère de la Justice de Mauritanie a montré des signes d’ouverture en invitant les magistrats à la projection du film documentaire de Layth Abdulamir, La Larme du Bourreau, organisée par l’AMDH et ECPM : il s’agissait du premier évènement faisant apparaitre le terme « peine de mort » de manière explicite. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager ?

Dans ma profession, j’ai défendu des personnes condamnées à mort, visité des milieux sociaux très difficiles à comprendre et à accompagner, car ce sont des gens démunis, qui n’ont pas les moyens de se défendre, et j’avais l’impression que la justice n’était pas faite pour ces gens-là. Je voulais être de celles qui se battent pour que ça change, pour qu’il n’y ait plus d’inégalités sociales. Il n’y a pas de raison pour que l’on catégorise un certain nombre de personnes car elles n’ont pas l’opportunité de réussir dans la vie, de s’engager, de se créer un monde meilleur, alors que d’autres ont la possibilité d’émerger.

Qu’est-ce que signifiait pour vous, à l’époque, de devenir avocate ? À quel âge avez-vous passé le barreau ?

Je suis arrivée au barreau à 32 ans. Normalement, j’aurais dû y arriver avant, mais il y a eu un accident de parcours : je suis allée en prison suite à mes engagements sociopolitiques en tant qu’étudiante. Mon jeune frère et moi étions très engagé.e.s dans le combat estudiantin pour l’égalité des chances en Mauritanie. Notre génération s’est inspirée des Soixante-huitards, des combats de Steve Biko, Nelson Mandela, Martin Luther King, etc.  Ce sont vraiment des combats politiques qui inspiraient la jeunesse africaine.

Dans un pays comme la Mauritanie, c’est très difficile car nous avons côte à côte des composantes très différentes : nous sommes tous et toutes musulman.e.s, mais nous avons des réalités sociotraditionnelles qui ne sont pas les mêmes. Nous voulions une Mauritanie unie et égalitaire, où toutes les filles et tous les garçons se retrouvent sur un même pied d’égalité et reçoivent le même traitement. Nous nous sommes battu.e.s pour que l’arabe et le français soient considérés au même niveau, c’est-à-dire qu’on ne privilégie pas ceux ou celles qui parlent uniquement l’arabe, car on nous l’imposait comme langue prioritaire, et on continue de se battre pour ça aujourd’hui. Il est vrai que le français n’était pas notre langue maternelle, mais pour nous il s’agissait d’une langue passionnante, de fusion, où tous les enfants mauritaniens se retrouvaient : on communiquait tous et toutes en français, qu’on parle soninké, wolof, poular, etc., par ailleurs, même si chacun voudrait que sa langue soit reconnue et respectée.

Portrait de Fatimata M'Baye lors de sa venue chez ECPM Fatimata M’Baye Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie ?   Quelle est la situation de la peine de mort en Mauritanie aujourd’hui ?

Lorsque j’étais étudiante, de 1982 à 1984, sous le régime militaire, on appliquait la charia, il y avait donc des exécutions publiques tous les vendredis, les flagellations des femmes, les lapidations, ce sont des choses que l’on a vécues et qui ont laissé une profonde blessure parmi la population. On constatait que c’était toujours les plus pauvres qui étaient exécutés, sanctionnés sévèrement pour avoir volé une paire de chaussures, une miche de pain… Les femmes accusées de fornication étaient rasées et lapidées publiquement dans les stades, qui sont des lieux de divertissement étaient devenus des arènes d’exécution des peines infamantes.

 

« Les personnes condamnées à mort vivent avec la menace de la levée du moratoire, et de toute manière, on les condamne à mourir à petit feu entre les murs des prisons. »

 

Est-ce que vous pensez que la population mauritanienne est prête à ce changement important ?

Sur la question de la peine de mort, le public mauritanien est très mitigé. La Mauritanie est un pays multiethnique, même si nous sommes tous et toutes réuni.e.s autour de la religion musulmane, où  la peine de mort est un dogme prévu par le Coran. Il est aujourd’hui très difficile de trouver des gens qui s’engagent à s’attaquer à ce dogme-là, mais lorsqu’on leur en parle sous l’angle du droit à la vie, ils sont d’accord. Si on en parle directement, c’est compliqué et c’est la raison pour laquelle le gouvernement se cache derrière ce dogme, en disant que cela reviendrait à remettre en question le Coran.

Pourtant, tout le monde est d’accord qu’il faut sauver la vie et qu’il n’y a aucun mobile qui permette d’attenter à la vie. Certains cas pourtant restent des dilemmes, et certain.e.s restent campé.e.s sur leurs positions : par exemple, lorsque les femmes sont inculpées de zina (adultère) elles sont lapidées, si elles ne sont pas mariées, elles sont inculpées pour fornication et subissent 80 coups de fouet. En cas d’homicide volontaire, c’est la peine de mort mais parfois il y a un pardon : dans ce cas-là, c’est la triple peine puisqu’il faut payer une amende, subir 100 coups de fouet et passer un à deux ans en prison. Parfois, il y a décision extrême, sur laquelle on ne peut pas revenir : l’application de la peine de mort.

La question du viol a suscité des remous au sein de la société mauritanienne parce qu’il s’agissait de viols suivis d’assassinats, particulièrement de jeunes femmes et de petites filles, et même le milieu associatif a demandé à ce que la peine de mort soit appliquée.

Ensuite, il y a tout ce qui touche à la religion, et donc à la liberté d’expression. Certains domaines relatifs à la religion, aux personnages religieux, au prophète, sont appelés intouchables. Notre ami Mohamed Ould Mkhaitir en a fait les frais, et avait été condamné à la peine de mort pour apostasie. La jeunesse n’ose pas s’engager sur ce terrain-là de peur d’être traité d’athée ou tout simplement d’avoir commis des hérésies et d’être condamné à la peine de mort. Ce sont des questions très taboues, même parmi les avocat.e.s qui défendent ces personnes, car parfois nous sommes visé.e.s et condamné.e.s à la peine capitale.

Illustration of Mohamed Mkhaïtir by Mido - © Mido Illustration of Mohamed Mkhaïtir by Mido – © Mido Qu’est-ce qui continue de vous motiver comme au premier jour ?

En plus de cela, j’ai moi-même perdu un jeune frère qui a été tué. Il était en classe de troisième, il allait passer le brevet, il avait quatorze ans. Nous étions très poches. Je me souviens que dans un premier temps, la famille de la personne qui l’avait tué ne s’est pas excusée. À l’époque, j’étais en première année à la faculté de droit. Au cours de la procédure, ils ont banalisé les faits. Lorsqu’ils sont finalement venus à la maison pour demander le pardon, ma mère, malgré toute sa douleur et le choc qu’elle avait subi, leur a dit : « Je vous pardonne. » Elle n’a rien demandé en retour. Je sais qu’au fond d’elle, c’est un choc qu’elle emportera dans sa tombe. Jamais elle n’oubliera les conditions dans lesquelles elle a perdu cet enfant qu’elle aimait tant. Pour ma part, je sais que si je n’avais pas été à l’école, si je n’avais pas reçu d’éducation, peut-être que j’aurais souhaité la peine de mort.

J’ai toujours été contre l’injustice, je le sens au fond de moi, ça a toujours été comme ça. Je dis toujours qu’il y a des situations que l’on ne choisit pas. Certaines personnes n’ont pas eu la chance d’être bien conseillées, appuyées, épaulées, pour ne pas commettre ce crime. Pour moi, les droits de l’homme sont nécessaires dans notre vie.  

En savoir plus sur le travail d’ECPM en Mauritanie

ECPM, en lien avec ses partenaires ADPAN et Droits & Paix, lance son programme de financements aux tiers pour 2022 en Malaisie et au Cameroun. Un projet par pays d’une durée de 3 à 12 mois à partir d’avril et mai 2022 et se déroulant hors capitale seront sélectionnés. 

  • Budget
  • Narrative application form
  • Call for proposal
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  • Budget
  • Formulaire de candidature
  • Appel à propositions
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Renny Cushing était au premier plan des causes progressistes, menant des efforts pour décriminaliser l’usage de la marijuana, légaliser le mariage homosexuel et rejeter la législation sur le droit au travail.

C’est le meurtre de son père, abattu par un officier de police hors service, qui a catalysé son engagement pour l’abolition de la peine de mort.

Renny Cushing était notamment directeur exécutif de Murder Victims’ Families for Reconciliation (depuis 1998), une association qui encourage la réconciliation entre les familles et les délinquants. Il a parcouru les États-Unis pour dénoncer la peine capitale, publiant des bulletins d’information et conseillant les familles des victimes ainsi que celles des condamnés, sur la manière de survivre à leur traumatisme.

Six années plus tard, il participe à la création de Murder Victims’ Families for Human Rights, qui considère la peine capitale comme une violation des droits de l’homme. Son dévouement à la cause s’est précipité en 2011, lorsque son beau-frère, Stephen McRedmond, a été tué par balle dans le Tennessee.

« Je n’ai pas choisi d’être un survivant de meurtre ; la situation m’a choisi. Je peux, cependant, avoir un certain effet sur la façon dont je définis le reste de ma vie. Et c’est ma façon d’honorer la mémoire de mon père. »

 

Source : Renny Cushing, Relentless Foe of the Death Penalty, Dies at 69, The New York Times, 13/03/2022

Aujourd’hui, 146 États dans le monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique.L’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie n’ont pas connu d’exécutions depuis près de 30 ans, ils observent un moratoire de fait. Néanmoins, des condamnations à mort continuent d’être prononcées dans les quatre États du Maghreb. Ainsi, en 2020, il y aurait eu au moins 1 condamnation en Algérie, 11 au Maroc, au moins 8 en Tunisie et au moins 1 en Mauritanie. L’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie ont ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP), mais n’ont ni signé, ni ratifié le Second protocole facultatif prévoyant l’abolition de la peine de mort (OP2).

Le Réseau observe positivement la situation de moratoire depuis plus de trois décennies dans la région. Il se réjouit aussi de réformes législatives telles que la Loi relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes adoptée en 2017 en Tunisie,qui a abrogé les articles qui prévoyaient la peine de mort pour le crime de viol.

Néanmoins, le Réseau alerte sur les réactions aux nombreuses affaires de violences à l’égard des femmes et des enfants qui secouent les opinions publiques maghrébines et relancent régulièrement les réflexions sur la reprise des exécutions. Il saisit l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes pour appeler à la plus grande vigilance face à la tentation de prôner le recours àl a peine de mort dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles et dans un contexte de réformes législatives.

« Le principal argument avancé pour justifier la peine de mort est qu’elle dissuade le viol – mais en fait, il n’y a aucune preuve que la peine de mort dissuade le crime plus que d’autres formes de peine » déclarait Mme Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, le 15 octobre 2020[1].
« Dans la plupart des pays du monde, le problème principal est que les victimes de violences sexuelles n’ont pas accès à la justice au départ» avait-elle ajouté.

Le Réseau maghrébin considère que la peine de mort constitue une punition qui n’était pas et ne sera pas la meilleure solution pour lutter contre le crime ou la stratégie pénale appropriée pour dissuader ou réhabiliter les auteurs. Le Réseau condamne et dénonce fermement les violations des droits des femmes. Toutefois, la peine de mort ne jouera pas un rôle préventif ni ne résoudra les nombreux obstacles empêchant l’accès à la justice dans le cas des violences sexuelles faites aux femmes.Une approche efficace pour prévenir de tels actes doit exclure la peine de mort, dont le recours constituerait une régression et aggraverait le cycle de la violence.

Le Réseau maghrébin et ECPM recommandent aux États :

-De ratifier le protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes pour les Etats qui ne l’ont pas encore ratifié

-De ratifier le protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes relatif à la reconnaissance du comité chargé de son application. (Algérie, Maroc, Mauritanie)

-De veiller au respect des besoins spécifiques des femmes condamnées à mort et de s’abstenir de toute discrimination à leur égard

-De ne plus prononcer de condamnations à mort

-De s’engager vers l’abolition de la peine de mort en continuité avec le moratoire déjà en place en ratifiant le second protocole facultatif au Pacte international sur les droits civils et politiques (OP2)

– De mettre en place des processus de réformes législatives pour lutter contre les violences faites aux femmes qui intègrent des peines alternatives à la peine de mort

Membres du Réseau maghrébin contre la peine de mort :

La Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM) – Abderrahim Jamai ; La Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM) – Chokri Latif ; La Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) – Noureddine Benissad ; L’Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH) – Fatimata M’Baye


[1] « Le viol est un crime monstrueux, les auteurs doivent être tenus responsables – mais la peine de mort et la torture ne sont pas la solution » – Michelle Bachelet, HCDH, Genève, 15/10/2020 https://www.ohchr.org/fr/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26379&LangID=f

Christelle Vuanga est députée nationale en République démocratique du Congo (RDC), présidente de la commission Femmes, Genre, Famille et Enfant de l’Assemblée nationale et présidente du Réseau de parlementaires abolitionnistes en RDC. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ECPM tenait à présenter cette fervente abolitionniste, militante dès son plus jeune âge et depuis plusieurs années auprès de notre partenaire congolais et chef de fil de la coalition congolaise contre la peine de mort (CCPM-RDC), Culture pour la Paix et la Justice (CPJ). C’est aux côtés d’autres femmes engagées, que nous vous présentons régulièrement (Aminata Niakate, Ramla Liatouji, ou encore Sabrina Van Tassel, pour ne citer que nos portraits les plus récents), qu’elle mène ce combat essentiel.

Nous avions rencontré Christelle Vuanga à l’occasion de sa venue en France pour le colloque international sur les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France. 

Qu’est-ce qui vous a menée à vous engager pour l’abolition de la peine de mort ?

Je crois que j’ai toujours été abolitionniste. Je me souviens que déjà, en classe de quatrième, nous étudiions un texte du livre de Victor Hugo, Le dernier jour d’un condamné. Suite à cela, ma maîtresse avait ouvert un débat pour savoir qui était pour ou contre la peine de mort. À ce moment-là, je m’étais levée pour dire que j’étais contre la peine de mort, en avançant des arguments conformément à mon jeune âge, bien sûr, mais ma maîtresse avait trouvé que j’étais brillante. Encore aujourd’hui, mes camarades de classe témoignent que j’étais abolitionniste depuis très longtemps.

Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée nationale, j’ai découvert qu’il y avait un réseau de parlementaires abolitionnistes, et j’ai décidé de l’intégrer, pour contribuer à mener à bien cette lutte au sein des institutions. 

Christelle Vuanga à l’Assemblée Nationale © Christophe Meireis Quelle forme prend votre engagement aujourd’hui ? En quoi consiste votre travail aux côtés d’ECPM ?

En tant que parlementaire, nous légiférons, c’est-à-dire que nous faisons voter les lois, notamment la loi portant abolition de la peine de mort. En ce qui concerne les prérogatives attachées à mon poste, j’ai accès au nombre de condamné.e.s à mort dans les prisons, aux documents de suivi, je peux savoir si les procès ont étés respectés, pourquoi il y a une recrudescence des condamnations à mort, etc.

Concrètement, j’aimerais vous partager trois souvenirs concrets de mon rôle de parlementaire, qui m’ont particulièrement touchés : pendant la crise sanitaire, les condamné.e.s à mort ne pouvaient plus recevoir de la visite de leur famille, c’est donc la Croix Rouge qui apportait de la nourriture. Cependant, elle était principalement distribuée aux autres prisonnier.e.s, et non aux personnes condamnées à mort, ce qui fait qu’ils et elles mourraient de faim dans les prisons. Avec ECPM et CPJ nous avons recensé et constitué des kits de survie contenant des produits de première nécessité : nourriture, santé, soins, hygiène, que l’on a remis à ces personnes. Les messages qu’ils nous ont envoyé pour nous remercier étaient particulièrement touchants, car au-delà du contexte juridique des lois, on touche à la vie des condamné.e.s.

La toute dernière, c’est lorsqu’un couple qui avait trois enfant a été condamné à mort. Leurs enfants n’avaient plus nulle part où aller. Nous nous sommes alors impliqué.e.s pour la libération de la mère, mais en attendant, elle était avec ses enfants en prison. Grâce au travail de CPJ, le réseau des avocats contre la peine de mort et le soutien d’ECPM, nous avons obtenu le placement des enfants dans une maison d’accueil, puis la libération de la maman pour qu’elle puisse s’occuper de ses enfants.

 

Dans le cadre des commémorations de l’abolition en France, ECPM a tenu un colloque à l’Assemblée nationale, auquel vous avez été invitée à prononcer un discours : pourquoi était-ce important pour vous d’y participer ?

Premièrement, pour rencontrer M. Badinter : c’était très important pour moi car j’ai lu ses livres, j’ai regardé beaucoup de reportages sur lui, et quarante ans après l’abolition de la peine de mort en France, sa mémoire est encore vive. En tant que fille née en Afrique, je peux vous dire que les gens pensent que l’abolition est une affaire de blancs, alors que ça n’a rien à voir avec la couleur ou avec la race : je suis venue démontrer que de là où je viens, nous avons aussi la volonté d’abolir la peine de mort, et il faut que nous participions à ce grand forum autour de la table mondiale pour en discuter et faire valoir la position de la RDC.

Christelle Vuanga et Robert Badinter, septembre 2021 Aujourd’hui, quels sont les enjeux pour aller vers l’abolition totale de la peine de mort en RDC ?

Pour nous, abolitionnistes, il s’agit d’abord d’une lutte morale, mais pour celles et ceux qui ne comprennent pas les enjeux de l’abolition, ce combat est politique avant tout. Notre Assemblée nationale est pratiquement dirigée par la majorité, car nous sommes en démocratie, et plusieurs responsables politiques affirment que parce que plusieurs conflits ont cours dans le pays, on ne peut pas abolir complètement la peine de mort. En tant que porteurs de la lutte, il est donc de notre devoir de leur faire comprendre qu’il n’y a aucun lien entre ce qu’il se passe dans l’est du pays (atrocités, viols de femmes, kidnapping des enfants…) et la présence de la peine de mort dans notre législation pénale. Lorsque ces politiques s’imprègneront de la vérité, de la réalité, du bon sens, je pense que ce sera un pas vers la victoire.

 

En quoi le modèle de la RDC pourrait être un moteur pour que l’Afrique devienne le prochain continent abolitionniste, au même titre que le Tchad par exemple, qui a aboli l’an passé ?

 

Quel sont les prochains chantiers de l’abolition en lien avec ECPM ?

Je pense que le prochain chantier, c’est la jeunesse. La génération qui arrive doit grandir avec l’abolition en tête pour pérenniser la lutte. Il ne s’agit pas seulement d’abolir, mais aussi de maintenir. Par exemple, dans mon pays, il y a un moratoire, ce qui fait que l’on ne tue pas, mais on condamne. Cependant, beaucoup de les condamnés à mort sont relégués dans des prisons secrètes où ils n’ont ni accès à la nourriture, ni aux soins, et c’est une autre forme de mort, c’est aussi une manière de tuer. Nous voulons une abolition vraie, accompagnée par les acteurs politiques mais aussi par la jeunesse et par l’opinion. Il est vrai que tout le monde ne sera pas d’accord, mais les réformes ne sont pas faites lorsque tout le monde est d’accord.

Retrouvez l’action d’ECPM en RDC

À l’heure où la Russie menace si ce n’est l’ensemble du monde, tout au moins l’Europe et en premier lieu l’Ukraine, d’une invasion et même d’une destruction nucléaire, il faut se rappeler que Poutine a commencé son offensive il y a plusieurs années déjà, en démantelant petit à petit les derniers vestiges démocratiques du pays. En effet, les derniers contre-pouvoirs étaient assurés par la presse (en particulier Novaïa Gazeta et son rédacteur en chef Dmitri Mouratov, co-lauréat du prix Nobel de la paix 2021), qui a vu tant de journalistes assassinés (une pensée particulière à Anna Politkovskaïa[1]) et par les ONG. Le démantèlement et l’oraison funèbre en décembre dernier de la plus importante et historique ONG russe, Memorial International aura été le point de départ d’une entreprise bien plus large menant aux évènements actuels. Sa dissolution est le point d’orgue du tournant que nous vivons dans l’histoire de la Russie post-soviétique.

 

Mais quelle sera la suite de cette descente aux enfers poutinienne ?

Ces derniers jours, l’ancien président et chef du conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, propose le retour de la peine de mort suite à la suspension de la Russie du Conseil de l’Europe. Un signal envoyé à la population, que pour assurer sa survie, le régime est prêt à prendre des mesures toujours plus radicales, en opposition même des écrits et engagements du héros de la littérature nationale, Fiodor Dostoïevski : « Tuer pour meurtre est une punition hors de proportion avec le crime même. Le meurtre d’un condamné est infiniment plus terrible que celui commis par un assassin » (L’Idiot, 1869).

Les masques tombent, le moratoire renouvelé d’année en année depuis 1999 ne serait ainsi qu’un prétexte pour assurer une certaine respectabilité à la Russie sur la scène internationale. On se doutait que, comme son satellite la Biélorussie qui instrumentalise la peine de mort dans ses relations avec l’Union Européenne, la Russie aussi n’avait pas choisi la voie de l’abolition pour se garder une arme de négociation. Nous verrons ce qu’il en sera dans les prochains jours, mais les bruits de canons ne sont pas propices à la raison et l’apaisement.

  Mais pourquoi faire la comparaison entre la Russie et l’Iran, et surtout pourquoi maintenant ?

Outre les similitudes de ces deux régimes, et une alliance objective, l’Iran partage avec la Russie l’obsession nucléaire (en particulier la menace de son utilisation pour anéantir leur voisin).

Pourtant, il est arrivé dernièrement une chose inhabituelle diplomatiquement parlant : la prise en compte des droits de l’Homme dans les relations entre l’Union européenne et l’Iran. En effet, le Parlement Européen a tout récemment adopté une résolution forte sur la peine de mort en Iran que nous avons, avec nos partenaires Impact Iran, Iran Human Rights, KMMK-G, salué comme il se doit. Cette résolution réaffirme enfin l’importance de la prise en compte du respect des droits de l’Homme dans les relations bilatérales qui, jusqu’alors, n’était vu que sous l’œil du business, de l’enrichissement nucléaire, ou des deux. L’exemple Russe nous a montré que le pire était possible si les fondamentaux des droits de l’Homme étaient totalement démantelés.

Cela fait de nombreuses années, que nous le clamons partout où cela est possible : nous devons d’abord parler droits de l’Homme et en particulier de l’abolition de la peine de mort avec les autorités iraniennes, afin d’être crédibles sur les autres sujets. L’un ne va pas sans l’autre. Ainsi, dans notre tribune dans Libération, en janvier 2016, en plein accord entre l’Iran et les pays du P+1 sur le nucléaire, nous demandions déjà aux autorités françaises : « Ne sacrifions pas les droits de l’homme pour des Airbus ». Nous étions peu à rappeler cette évidence !

Ce qui est vrai pour la Russie ou l’Iran, l’est bien évidement aussi pour des dictatures expansionnistes comme la Chine ou même dans nos relations avec le Sahel et la stratégie française dite des 3D : défense, diplomatie et développement. Rien sur la démocratie et sur les droits de l’Homme ? Il s’agirait peut-être de changer de paradigme aujourd’hui.

 

 

[1] Pour laquelle nous étions immédiatement descendus manifester notre écœurement avec André Gluksman, lors du rassemblement en sa mémoire, place de l’Hôtel de Ville à Paris le 7 octobre 2006 puis deux jours plus tard en face de l’ambassade russe

Dans le cadre de son projet cofinancé par l’Union européenne, la Norvège et l’Agence française de développement, ECPM publie un argumentaire contre la peine de mort en arabe.

Cet argumentaire vise à renforcer la sensibilisation et le plaidoyer auprès des interlocuteurs arabophones, il est accessible en ligne et en version imprimée.

Les versions en français et en anglais sont disponible ici.

En octobre dernier, nous célébrions les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France, une peine cruelle et inhumaine encore appliquée dans 52 pays et concernant plus de 60 % de la population mondiale. Pour avancer sur le chemin de l’abolition et pérenniser le combat, ECPM propose aux jeunes de France une manière originale et créative de se prononcer CONTRE la peine de mort en les invitant à participer au premier concours national de slam « Ensemble, slamons l’abolition ». L’occasion pour la prochaine génération d’abolitionnistes de traduire leurs convictions en engagement citoyen à travers un message humaniste universel.  En quoi consiste le concours ?

Ce concours national de slam pour l’abolition de la peine de mort, organisé en partenariat avec la ligue Slam de France, est gratuit et ouvert à tous les jeunes en France, âgés de 14 à 20 ans. Les jeunes engagé·e·s sont invité·e·s à mettre en rimes un argumentaire contre la peine de mort. Pour aider les jeunes participant⸱e⸱s dans ce travail artistique, un guide pédagogique sera envoyé à chaque personne inscrite.

En savoir plus   Les règles du jeu

Les slameur·se·s seront jugé·e·s sur leur capacité de compréhension de la thématique, ainsi que sur leur inventivité et originalité. Les vidéos devront durer entre 1 et 2 minutes. Les réalisations sont individuelles, et devront être a capella (sans musique, ni accompagnement) et ne devront ni être montées, ni mises en scène (sous forme de clip). 

Inscris-toi ici ! Découvrir le lexique

 

Pour vous replonger dans les riches débats, les points de vue d’experts et de grands témoins, le film et les Actes du 7e Congrès sont disponibles en ligne. Trois années plus tard, après une crise sanitaires ayant lourdement impacté les droits humains partout dans le monde, le combat pour l’abolition universelle ne tarit pas : ECPM prépare la 8e édition du plus grand événement abolitionniste mondial pour le mois de novembre, dans un pays hôte inédit : l’Allemagne ! Et l’ambition est grande pour « raviver la flamme abolitionniste » et poursuivre le chemin vers l’abolition universelle, selon les dires de Ramla Liatouji, coordinatrice de la septième édition et de la huitième à venir.

Un travail de fond auprès de jeunes adultes est déjà largement engagé grâce au projet « Abolition Now Tour », qui a sillonné pas moins de cinq pays rétentionnistes sur les six identifiés : Maroc, la République Démocratique du Congo, le Kenya, l’Indonésie, le Liban et les États-Unis. Un appel destiné aux instances internationales sportives a été lancé lors des Jeux Olympiques de Pékin en vue d’approfondir la thématique lors du Congrès. Les autres acteurs clés prochainement mobilisés seront ceux du secteur privé ; ECPM a d’ores et déjà rejoint la campagne #BizVsDp de RBIJ (Responsible Business Initiative for Justice) afin de rappeler la responsabilité des entreprises dans le combat pour le respect des droits de l’Homme.

 

Le 18 février, le Parlement européen a adopté une Résolution demandant aux autorités iraniennes d’adopter immédiatement un moratoire sur l’application de la peine de mort (par 617 voix en faveur, 8 votes contre et 59 abstentions).

 

ECPM se réjouit de l’adoption de cette Résolution. Elle reprend des préoccupations et des recommandations formulées de manière constante par les organisations de défense des droits de l’Homme et notamment par Impact Iran (plateforme dont est membre ECPM) et Iran Human Rights et ECPM dans leur Rapport annuel sur l’application de la peine de mort en Iran.

  « Par l’adoption de cette Résolution, le Parlement européen envoie un signal fort à la scène internationale. D’abord, cette Résolution appelle les autorités iraniennes à adopter un moratoire immédiat sur l’application de la peine de mort ; elle rappelle aussi aux défenseurs des droits de l’Homme iraniens et à la population iranienne de manière générale qu’ils ne sont pas oubliés ; enfin, elle appelle à ce que les droits de l’Homme et l’abolition de la peine de mort soient placés au cœur de toute relation bilatérale entre l’Union européenne et l’Iran et entre les gouvernements européens et l’Iran » explique Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d’ECPM.

 

Pour Mahmood Amiry Moghaddam, directeur d’Iran Human Rights, partenaire d’ECPM, cette résolution envoie deux messages importants : « Premièrement, elle dit à la République islamique que la communauté internationale n’est pas indifférente aux graves violations des droits de l’Homme. Deuxièmement, elle envoie un message aux gouvernements européens de prioriser les droits de l’Homme et particulièrement la question de la peine de mort dans leurs négociations avec les représentants officiels de la République islamique. »

 

ECPM demande aux gouvernements européens de prendre connaissance de cette Résolution et de suivre les recommandations qui sont formulées. Les droits de l’Homme et le dialogue visant à aller vers l’abolition de la peine de mort ne doivent être sacrifiés sur l’hôtel des négociations politiques.

ECPM rappelle que le dialogue interactif avec le Rapporteur spécial sur l’Iran se tiendra à Genève le 17 mars, et que les États membres de l’Assemblée Générale des Nations unies seront appelés, en décembre, à voter sur la Résolution appelant à un moratoire universel sur l’application de la peine de mort. Dans ce contexte, la communauté internationale devrait adopter des mesures urgentes afin que cessent les violations graves des droits de l’Homme en Iran et que soient entamées des démarches visant à aller progressivement l’abolition de la peine de mort.

L’Iran est un État rétentionniste. C’est l’État dans le monde qui exécute le plus si l’on rapporte le nombre d’exécutions au nombre d’habitants. En 2020, 267 personnes auraient été exécutées dont 9 femmes et 4 mineurs.

Pourtant, la tendance universelle est à l’abolition de la peine de mort et 146 États ont aboli la peine de mort en droit ou observent un moratoire de fait. Cette tendance universelle s’observe aussi au sein de différentes organisations internationales telles que l’OCI, dont 33 États sur les 57 membres ont aboli ou observent un moratoire de fait.