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Photographe © Christophe Meireis

Margaux Richet, facilitatrice interculturelle. Photo : Christophe Meireis

Quelle a été votre réflexion pour construire et mener le projet de l’Abolition Now Tour ?

Je me suis toujours orientée autour des notions suivantes :

  • La transmission – mutuelle – entre générations : les ateliers devaient encourager un dialogue enrichissant entre les jeunes et les personnes engagées depuis longtemps dans des organisations luttant contre la peine de mort. L’objectif était de comprendre le chemin parcouru dans ce domaine et de se soutenir mutuellement.
  • La durabilité du projet : les ateliers avaient pour but de transmettre des méthodes que chaque membre de chaque délégation puisse s’approprier et réutiliser pour ses propres projets ou actions. Chaque participant était considéré comme un « multiplicateur » capable d’amplifier les effets de ces ateliers. Un grand soin a donc été apporté pour transmettre des méthodes de sensibilisation « indirectes » fondées sur des techniques créatives puisant aussi dans des traditions locales tel que le théâtre d’ombres en Indonésie. Ces techniques ont en commun d’être visuelles, simples, sans matériel spécifique ou coûteux et à la portée de tout le monde, enfant ou adulte, lettrée ou non. Ces méthodes « indirectes » pour parler de sujets sensibles comme la peine de mort ont aussi été choisies pour « protéger » ces jeunes, pour ne pas directement les exposer.
  • L’internationalité du projet : un soin particulier a été apporté à créer des ponts entre les ateliers et à relier les membres de chaque délégation afin qu’ils développent une « conscience internationale » de leur participation commune à ce projet. Cela leur a également permis de ne pas se sentir isolés dans leurs actions mais d’avancer collectivement dans différents pays et de s’inspirer les uns des autres.
Événement
décembre 2022
Il y a un an, ECPM avait lancé une mobilisation exceptionnelle de la jeunesse mondiale,…

Qu’avez-vous ressenti au moment du Congrès lorsque que vous avez retrouvé les délégations à Berlin ?

J’ai à la fois ressenti une grande joie de voir la plupart des délégations présentes mais aussi une grande tristesse et une frustration liée à l’absence de participants, notamment de la délégation de la RDC qui n’a pas pu recevoir de visa pour participer au Congrès. C’est un exercice difficile de motiver en deux jours un groupe de personnes qui ne se connaissent pas à former une équipe et à travailler ensemble sur un sujet aussi complexe et délicat que l’abolition de la peine de mort et encore plus dans un pays où des conflits sévissent depuis plusieurs années. La participation au Congrès était l’une des « promesses » du projet et donc un moteur puissant pour encourager ces groupes à mener des actions de plaidoyer pour l’abolition. Le fait de ne pas être autorisés à venir à Berlin a eu un impact très fort sur les jeunes de la RDC. J’ai travaillé pendant le Congrès et après pour faire revenir leur motivation et valoriser leur engagement avec le soutien du partenaire local d’ECPM.

Cela dit, j’étais évidemment très heureuse pour les personnes présentes au Congrès. J’étais ravie de les voir intervenir à différents niveaux pour participer activement au programme ; via l’équipe du Congrès pour la réalisation du programme, via la modération de la plénière jeunesse, en animant certains moments par la musique ou la danse ou en échangeant avec le public pour la restitution et l’évolution de leurs actions.

Quelle est, selon vous, l’importance de ce type de projet pour d’autres mouvements des droits humains ?

La durabilité d’un combat pour les droits humains passe forcément par une transmission intergénérationnelle.

Dans de nombreuses sociétés, la perception de la jeunesse ou des jeunes adultes par les générations plus âgées est souvent teintée de stéréotypes plutôt négatifs lorsqu’il s’agit de leur contribution concrète à des sujets sociaux ou politiques sérieux. Ces stéréotypes peuvent aller dans différentes directions mais de manière générale le résultat est que le potentiel de ces jeunes est sous-estimé. De nombreux jeunes souffrent de discriminations liées à leur âge ou à une superposition de différentes formes de discrimination dite discrimination multiple ou intersectionnelle (âge, genre, handicap ou autres critères sociaux ou culturels).

Cette perception « négative » les réduit à un rôle plutôt passif ou au mieux d’exécution des décisions prises par des aînés à tous les niveaux de la société : leurs compétences ne sont pas prises au sérieux, leurs énergies ou idées ne sont pas valorisées, leurs voix ne sont pas écoutées, ils ne sont pas inclus ou consultés lors de la prise de décisions importantes, « on » ne leur fait pas confiance.

Ce type de projet permet de confronter ces stéréotypes, de les remettre en question et d’ouvrir les yeux sur les ressources extraordinaires que ces jeunes portent en eux. Lorsqu’elles sont valorisées, ces ressources étonnent toujours ! N’importe quelle organisation œuvrant pour la dignité humaine et le respect des droits humains, peut s’inspirer de ce type de projets où ce sont les jeunes qui mènent le cours des échanges, ce sont eux qui expriment leurs envies, leurs besoins et leurs réticences. Leur propre expérience de vie est valorisée et ils sont encouragés à faire confiance à leur savoir et leur compréhension d’un sujet et de leur environnement pour proposer leurs idées et faire avancer une cause. C’est dans un cadre où l’intelligence collective du groupe est mise en valeur que des idées ingénieuses et créatives peuvent voir le jour.

L’impact « peer-to-peer » ne doit pas non plus être négligé. La jeunesse attire la jeunesse ! Les jeunes apportent leurs réseaux « analogues et virtuels ». Ils peuvent atteindre beaucoup plus de personnes en même temps. Et à l’ère numérique, ils maîtrisent des compétences digitales pour naviguer virtuellement, s’exprimer et transmettre des messages de manière multiples. Ils sont de formidables alliés pour les ONG.

Quel a été l’impact, selon vous, du projet de l’Abolition Now Tour sur la communauté abolitionniste ?

Localement, lors des ateliers, de nombreuses personnes engagées dans les différents organisations partenaires du projet et membres de la communauté abolitionniste (avocats, anciens condamnés à mort, etc.) ont mentionné qu’elles reprenaient espoir, qu’elles étaient épatées par la créativité, l’intelligence, l’engagement et l’énergie contagieuse de ces jeunes. Ils ont redonné un souffle nouveau aux actions de plaidoyer au cœur des organisations qui les ont accueillis. Comme me le confiait l’un des référents du projet : « ils m’ont montré que l’on peut aborder ce sujet de manière plus créative ». C’est inspirant !

Internationalement, lors du Congrès de Berlin, la présence des délégations d’Indonésie, des États-Unis, du Kenya, du Liban et du Maroc a fortement dynamisé l’évènement, notamment en influençant ou illustrant les sujets traités lors des différentes sessions, en contribuant de manière créative à différents niveaux, en partageant leurs expériences du projet, ou encore en allant à la rencontre des autres participants.

Simultanément, le Congrès a également eu un fort impact sur ces jeunes et les a motivés à continuer à agir en dehors du projet pour faire abolir la peine de mort. La plupart des délégations souhaitent poursuivre leur travail d’équipe. Voici quelques exemples d’impacts concrets qui ont découlés du projet et du Congrès :

  • La délégation indonésienne souhaite contribuer à augmenter la présence de la communauté abolitionniste d’Asie aux prochains Congrès et continent à s’engager activement en Indonésie.
  • En RDC, en mars 2023, les jeunes ont réalisé une vidéo où ils se présentent, expriment leur motivation pour agir pour l’abolition et invitent d’autres jeunes de RDC à les rejoindre.
  • Aux États-Unis, le groupe a organisé un évènement de sensibilisation dans une librairie. Il organisera prochainement une conférence pour réfléchir à la manière de créer un évènement intitulé « People’s Tribunal against Texas ». Toutes les organisations abolitionnistes du Texas seront conviées ainsi que de nombreux intervenants.
Sylvia Morwabe au 8e Congrès mondial contre la peine de mort, Berlin, novembre 2022. Photo : Christophe Meireis

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre rôle au sein de Crime Si Poa et sur le mandat de l’organisation, en particulier en ce qui concerne les jeunes au Kenya ?

Crime Si Poa® est une organisation non gouvernementale qui cherche à informer, réformer et transformer la vie des jeunes en les mobilisant pour qu’ils s’approprient les questions de sécurité, de justice et les questions socio-économiques dans leurs communautés. Crime Si Poa se concentre sur l’accès à la justice, l’accès à l’information et l’accès aux opportunités pour les jeunes.

Notre approche repose sur les piliers de l’éducation, du plaidoyer et de l’entreprise sociale et se fonde sur la conviction que la sensibilisation et le partage des connaissances en tant que mesures de prévention peuvent avoir un impact immédiat sur les enfants et les jeunes influençables et vulnérables. Nous nous attachons donc principalement à décourager les jeunes à risque et vulnérables de s’engager dans des activités criminelles et à lutter contre les menaces à la paix par un changement de comportement et d’attitude, tout en promouvant les avantages d’une société sans criminalité.

En tant que directrice des programmes et responsable juridique de Crime Si Poa, je supervise la mise en œuvre des programmes de l’organisation et offre un soutien juridique stratégique. Je dirige également une équipe d’autonomisation juridique composée de juristes bénévoles, d’étudiants en droit et de d’assistants juridiques qui enseignent aux communautés la loi, leurs droits et leurs obligations, renforçant ainsi l’État de droit.

Pourquoi pensez-vous qu’il est important que les jeunes se mobilisent pour l’abolition de la peine de mort et interagissent avec des abolitionnistes plus expérimentés ?

Je crois généralement que, dans la vie, les jeunes ont toujours quelque chose à apprendre de la génération plus âgée et plus expérimentée, et vice versa.

En ce qui concerne la peine de mort, jusqu’à ce que nous parvenions à une abolition universelle, le mouvement abolitionniste continuera à se développer. Une jeune génération d’abolitionnistes continuera à apparaître et à rejoindre le mouvement, apportant avec elle beaucoup d’énergie, de zèle et d’idées nouvelles sur la manière de propulser le mouvement. Cependant, en l’absence de conseils, d’orientations et de structures appropriés, les jeunes courent le risque de se décourager trop tôt et d’abandonner ou de continuer à rencontrer les mêmes défis et les mêmes pièges que leurs prédécesseurs, qu’ils auraient pu éviter en apprenant de leurs erreurs et de leurs luttes et en développant de nouvelles stratégies. 

Une interaction avec des abolitionnistes plus confirmés permet aux jeunes abolitionnistes d’apprendre de ceux qui les ont précédés et de mieux comprendre le « pourquoi » du mouvement, les succès obtenus jusqu’à présent, et d’échanger des notes et des idées sur la meilleure façon de faire avancer le mouvement. Cette interaction permet donc la croissance, la continuité et la durabilité du mouvement abolitionniste, car les deux générations travaillent ensemble sur une approche plus holistique tirée de leurs différentes expériences pour lutter en faveur de l’abolition universelle.

Qu’avez-vous appris et ressenti lors de la préparation et de la modération de la session plénière du Congrès mondial ?

C’était à la fois passionnant et un grand honneur d’être invitée à animer la session plénière sur la nouvelle génération abolitionniste.

Lors de la préparation de la session, il était intéressant d’apprendre et de voir à quel point le mouvement abolitionniste avait progressé au fil des ans. En tant que jeune abolitionniste, il était exaltant de voir le nombre d’États abolitionnistes augmenter, pour atteindre 110 pays pleinement abolitionnistes au moment du Congrès. Le 111ème pays abolitionniste – la Zambie – s’est engagé lors du Congrès à abolir la peine de mort avant la fin de l’année et a tenu sa promesse le 23 décembre 2022.

 J’ai aussi particulièrement apprécié d’interagir avec un grand nombre d’abolitionnistes confirmés et nouveaux et d’apprendre d’eux, tant pendant la phase de préparation que pendant le Congrès mondial lui-même, et de partager notre vision de l’abolition universelle.

En tant que modératrice de la session, j’ai apprécié les conversations stimulantes avec les différents panélistes et l’apprentissage de leurs expériences uniques dans le parcours de l’abolition. Qu’il s’agisse de ceux qui participent au mouvement depuis plus de trente ans ou de ceux qui n’y sont que depuis un peu plus d’un an, il était motivant d’apprendre les raisons de leur engagement et de discuter de leurs stratégies de sensibilisation et de plaidoyer, ainsi que des nouveaux moyens de soutenir le mouvement et de promouvoir l’abolition de la peine capitale, y compris au sein d’autres mouvements de défense des droits humains.

Quelle a été votre impression sur la mobilisation des jeunes pendant le Congrès mondial ? Cela vous a-t-il donné des idées sur la manière d’impliquer davantage de jeunes dans votre travail ?

La mobilisation des jeunes a été fantastique.

Je pense que le projet Abolition Now Tour d’ECPM a bien fonctionné à cet égard, car les jeunes n’étaient pas seulement des participants au Congrès. Ils ont été activement engagés et inclus, et ont reçu une plate-forme qui leur a permis de se connecter et de partager leurs expériences et leurs idées pour l’abolition dans leurs différents pays et régions avec d’autres participants au Congrès.

Depuis le Congrès, alors que nous continuons à lutter pour l’abolition de la peine de mort au Kenya, nous travaillons en étroite collaboration avec la délégation kenyane de l’ANT sur des projets de plaidoyer afin de montrer que les jeunes aussi sont et peuvent être la voix de l’abolition et d’un éventuel changement au Kenya.

Publication
novembre 2023
Il y a un an jour pour jour, nous étions à Berlin ! Le 8e congrès…
Événement
décembre 2022
Il y a un an, ECPM avait lancé une mobilisation exceptionnelle de la jeunesse mondiale,…
Me. Catherine Monthe, Me. Nestor Toko, Me. Sandrine Dacga, représentant·es du RACOPEM, reçoivent le prix de la Justice remis par Pete Ouko, ancien condamné à mort au Kenya. Photo : Christophe Meireis
 

Pourriez-vous nous décrire la réflexion et les évènements qui ont menés à la création du Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort ?

Le RACOPEM voit le jour dans un contexte marqué par le peu d’engagement des avocats camerounais contre la peine de mort en 2015. Paradoxalement à cette époque, le Cameroun est l’un des pays de l’Afrique francophone où le taux de condamnation à la peine de mort est le plus élevé. Notre rêve était alors de former une génération d’avocats spécialisés à la défense des personnes passibles de la peine de mort et capables de défendre l’abolition dans l’espace public. Dans cette perspective, et malgré la réticence de notre ordre professionnel, un ancien Bâtonnier qui a accepté de nous accompagner.

Dans un premier temps, nous avons sensibilisé quelques avocats intéressés à la cause abolitionniste et avons organisé des visites dans plusieurs prisons du pays dans le cadre d’une étude sur les conditions de détention des personnes passibles de la peine de mort. A l’issue de ces visites, nous nous sommes rendu compte que les condamnés à mort étaient confrontés à de nombreux défis en prison et que leurs condamnations à mort n’étaient souvent pas fondées sur des preuves irréfutables. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’apporter une assistance juridique aux condamnés à mort qui avaient exercé des voies de recours.

Dans notre combat contre la peine de mort, nous avons jugé utile et stratégique de renforcer les capacités des acteurs judiciaires (avocats, juges et administration pénitentiaire) sur les normes internationales concernant la peine de mort. Avec l’appui d’ECPM, des formations de renforcement des capacités spécifiques aux avocats ont été organisées. Ces efforts ont produit des résultats inespérés : le nombre de condamnations à mort a considérablement baissé passant de 330 en 2018 à 120 selon le chiffre officiel du gouvernement en 2020.

Quelle est l’importance du Congrès mondial pour votre pratique d’avocat et pour le RACOPEM ?

Le Congrès mondial contre la peine de mort est l’une des rares occasions permettant de réunir les acteurs abolitionnistes y compris les professionnels de droit qui, aux niveaux locaux, régionaux et internationaux, œuvrent quotidiennement à faire disparaître la peine de mort des arsenaux judiciaires et législatifs. Ce grand rassemblement triennal nous a offert l’opportunité de rencontrer des praticiens du droit de tous les continents et de partager avec eux les défis auxquels nous sommes confrontés tous les jours dans la défense des personnes passibles de la peine de mort ainsi que des stratégies pour les surmonter.

Partant des relations tissées au congrès mondial, nous collaborons avec plusieurs organisations et barreaux d’avocats qui offrent des services d’assistances juridiques aux condamnés à mort. Nous avons ainsi pu bénéficier de l’expertise juridique du Cabinet d’avocats Debevoise à New York et du Cornell Center on the Death Penalty Worldwide aux États-Unis dans la défense de plusieurs affaires concernant les condamnés à mort au Cameroun. Grâce à leurs conseils stratégiques, nous avons eu gain de cause dans toutes les affaires de peine de mort que nous avons représentées en justice.

Par ailleurs, lors de ce grand rendez-vous des abolitionnistes, nous avons également développé des collaborations qui sont essentielles dans la saisine des organes de traités pour soumettre les cas individuels de nos clients condamnés à mort.

Quel est l’impact du prix que vous avez reçu pendant le Congrès mondial pour le travail du RACOPEM ?

Nous avons accueilli ce prix comme étant une reconnaissance internationale de notre contribution à l’abolition de la peine de mort dans notre pays qui est toujours en situation de moratoire de fait. Partant de là, notre engagement à lutter contre la peine de mort est sans limites malgré les défis auxquels nous avions fait face par le passé. Motivés par notre reconnaissance, plusieurs avocats ont rejoint le RACOPEM et partagent désormais notre combat contre la peine de mort au Cameroun.

Le prix nous a également conféré une légitimité pour aborder la question de l’abolition de la peine de mort dans notre pays. Bien que nos autorités politiques soient peu engagées sur la question, nous nous réjouissons du fait que sous notre impulsion, la commission des droits de l’homme du Cameroun, l’Assemblée nationale et l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun aient pu intégrer l’abolition de la peine de mort dans leurs agendas de travail.

Événement
novembre 2022
Le 8e Congrès mondial contre la peine de mort fut aussi l’occasion de donner un…
La peine de mort en droit et en pratique au Cameroun
© BEHROUZ MEHRI / AFP

Retenue en Iran, toujours sous la menace du régime, c’est le directeur d’Iran Human Rights (IHR), Mahmood Amiry-Moghaddam qui a reçu son prix, des mains de l’ancienne garde des Sceaux française, Christiane Taubira, lors d’une cérémonie qui se déroulait à l’Hôtel de ville de la capitale allemande.

Dans une lettre transmise cette nuit l’avocate iranienne déclare : « Je demande au monde entier et à ce Congrès d’être les yeux et les oreilles des Iraniens en ces jours difficiles. Des jours où des jeunes gens qui ont utilisé leur droit légal de participer aux manifestations « Femme, Vie, Liberté » sont injustement condamnés à mort. En changeant le comportement du gouvernement à l’égard des manifestants et en empêchant le système judiciaire d’exécuter les manifestants, on contribuera à abolir la peine de mort dans l’Iran de demain. »

« Ce prix du public est la reconnaissance de la communauté abolitionniste et plus largement de toute
la communauté internationale pour le travail et le courage exceptionnel de cette femme engagée pour la défense des droits humains et l’abolition de la peine de mort en Iran », a déclaré Raphaël Chenuil-Hazan, le directeur général d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM), organisatrice du Congrès. « Plus que jamais nous devons être solidaire du peuple iranien et c’est ce que ce Prix Robert-Badinter vient souligner », a-t-il conclu.

Cérémonie de clôture du 8e Congrès mondial contre la peine de mort, Hôtel de ville de Berlin, 18 novembre 2022 © Christophe Meireis

Mobilisation exceptionnelle

C’est sur cette note que s’achève le 8e Congrès mondial contre la peine de mort avec une participation record, plus de 1500 congressistes, venus de 128 pays, et une mobilisation politique sans précédent. Trois pays africains, le Libéria, la Zambie et le Malawi ont profité de l’occasion pour annoncer leurs intentions d’abolir la peine de mort dans leur pays respectif au cours de la prochaine année. « Il s’agit là d’engagements majeurs », se réjouit Aminata Niakaté, la présidente d’ECPM, et qui confirme bien que l’Afrique pourrait bientôt devenir le prochain continent abolitionniste. « Cela prouve aussi la nécessité de rendez-vous comme ceux-là pour atteindre notre objectif : l’abolition universelle de la peine de capitale », ajoute-t-elle.

Note biographique : Nasrin Sotoudeh

Tout au long de son parcours d’étudiante, Nasrin Sotoudeh a été confrontée à l’opposition du régime
iranien. Elle obtient néanmoins sa licence en 2003 et plaidera par la suite dans des affaires de peine
capitale, parvenant à éviter de nombreuses exécutions, dont celles de plusieurs mineurs. Dans le
même temps, elle s’implique au sein de LEGAM (Campagne pour une abolition étape par étape de la
peine de mort), aux côtés d’activistes de premier plan. En mars 2019, Nasrin est condamnée à trente-huit ans de prison et 148 coups de fouet, selon sept chefs d’accusation, dont la participation à un
rassemblement illégal aux côtés de LEGAM. Cette sentence s’inscrit au sein d’une répression
systématique visant LEGAM et ses militant·es, comme Atena Daemi ou Narges Mohammadi, toujours
emprisonnées à l’heure actuelle. En 2020, Nasrin commence une grève de la faim pour réclamer la
libération des prisonniers politiques iraniens, avec de graves conséquences pour sa santé. Seule une
permission médicale, obtenue en 2021, l’éloigne pour le moment de la détention. Sa persévérance,
ainsi que son refus de compromettre ses valeurs, même lorsque sa liberté, ses droits et sa santé sont
menacés, ont fait de Nasrin un symbole international de la lutte contre la peine de mort.

Les congressistes déploient une main de l’abolition devant l’Hôtel de ville de Berlin © Baptiste Neuville – Batcam

Programme et livestreaming

Durant quatre jours, politiques, activistes, citoyens et citoyennes engagé·es se retrouvent pour débattre autour des grands enjeux liés à la peine de mort dans le monde. De nombreux témoins, des ancien·nes condamné·es à mort et des personnalités de la société civile, des événements culturels, des ateliers… Pour suivre les activités en direct, connectez-vous sur congress.ecpm.org ou téléchargez notre application dédiée ; pour accéder au livrestreaming, il vous suffit de vous inscrire !


Le mot de Robert Badinter (extrait)


L’abolition, une tendance mondiale

En 2021 les pays et territoires ayant totalement aboli la peine de mort sont au nombre de 108. 80 % des États membres de l’ONU n’exécutent plus et 60 % d’entre eux sont abolitionnistes. Le continent africain tend vers l’abolition : 45 des 55 pays d’Afrique sont abolitionnistes en droit ou de facto. Certaines régions du monde opposent encore des résistances à la pensée abolitionniste et continuent d’appliquer la peine de mort à grande échelle. Les cinq pays ayant pratiqué le plus d’exécutions en 2021 sont la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Syrie.

La résolution a été adoptée par 126 États, 37 États ont voté contre, 24 se sont abstenus et 6 n’ont pas pris part au vote. Le nombre de votes positifs constitue un record jamais atteint depuis la premièrerésolution présentée à l’Assemblée générale en 2007.

Retrouvez l’analyse du vote :

Restons mobilisé·es jusqu’au vote définitif en séance plénière qui aura lieu en décembre 2022 !

Dans le cadre du « Mois de l’abolition », la Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM) et ECPM ont organisé un Forum des Jeunes en Tunisie, à Aïn Soltane, du 20 au 23 octobre 2022. Une vingtaine de jeunes venu·es de plusieurs régions de la Tunisie y étaient réuni·es afin d’approfondir leurs connaissances, se questionner sur la peine capitale, dans une dynamique créative et fédératrice !

Cette activité s’inscrivait dans le cadre du projet conjoint d’ECPM avec la CTCPM soutenu par l’Agence française de développement, la Norvège et la Fondation de France. Des sessions de débats et d’échanges se sont succédées, entrecoupées de moments conviviaux et culturels favorisant la rencontre entre les différents participant·es. Au programme : approfondissement des connaissances sur la situation de la peine de mort en Tunisie, dans les régions du Maghreb et du Moyen-Orient et plus largement dans le monde ; exploration de l’impact psychologique de la peine de mort et sur le cas de Maher Manaï ; écriture et jeux de rôles pour raconter autrement son engagement abolitionniste.

Ahmed Haou, ancien condamné à mort marocain s’est déplacé pour l’occasion et a témoigné auprès des jeunes. Sa présence tout le long du Forum a également permis de nombreux échanges informels avec les participant·es. Me Rafic Zakharia, avocat libanais, était également présent et a pu partager avec les jeunes son expertise sur la défense des condamnés à mort au Liban et la situation de la peine de mort au Moyen-Orient.

https://youtu.be/9-2FTJ_rAYE

L’association tunisienne Les Artivistes, financée par ECPM et la CTCPM dans le cadre du programme de financements aux tiers en Tunisie, a également participé à l’intégralité du Forum. Une représentation de Nuit Blanche, une pièce de théâtre-forum qui questionne et ouvre le débat sur la peine de mort, a été organisée le vendredi soir en plein air.

Culture
octobre 2022
À l’occasion du 8e Congrès mondial contre la peine de mort et dans le cadre de la…

Poète, écrivain et militant, il est actuellement condamné à mort en Ohio (États-Unis), où il a déjà passé plus de 28 ans à l’isolement. Les paroles, qu’il a lui même écrites, et sa voix, s’échappent du couloir de la mort et sont accompagnées d’un groupe international de musiciens de jazz et d’Albert Marques au piano.

Le 18 novembre 2O22, dernier jour du plus grand rendez-vous abolitionniste, Keith Lamar se produira dans une vidéo réalisée depuis le pénitencier de l’Ohio tandis qu’Albert Marques l’accompagnera sur scène, à Berlin.

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À propos de Freedom First

Une grande diversité d’acteurs et de réseaux se sont réunis (associations, parlementaires, enseignant·es, avocat·es, journalistes…) autour d’évènements militants variés mêlant, entre autres, arts, conférences-débats, théâtre et ateliers visant à toucher un public large et à laisser s’exprimer les voix abolitionnistes de tous horizons. Des grands témoins, comme Ahmed Haou, ancien condamné à mort au Maroc, ont partagé leur histoire. Il s’agissait de la dernière grande étape de mobilisation avant le 8e Congrès mondial contre la peine de mort, qui se tiendra à Berlin du 15 au 18 novembre 2022. Tour d’horizon des actions organisées pour cette 20e journée mondiale.

Maroc 🇲🇦

Le 10 octobre, la Coalition marocaine contre la peine de mort a organisé un sit-in devant le Parlement à Rabat auquel ont participé 45 personnes dont des jeunes membres de l’Abolition Now Tour Maroc.

Le 12 octobre, une conférence de presse s’est tenue au siège du CNDH à Rabat avec des interventions de la présidente du CNDH, de la Coalition marocaine contre la peine de mort, de l’Observatoire marocain des prisons (OMP), d’ECPM, des Réseaux contre la peine de mort au Maroc (avocats, journalistes et enseignants), d’une délégation de la commission nationale des droits de l’Homme de la République Démocratique du Congo et de la délégation de l’UE au Maroc. 

Le 15 octobre, ECPM et l’OMP ont organisé un café littéraire à Dar Saïda, Marrakech: débats, exposition des dessins et projection de la Larme du Bourreau, en lien avec la Section de Marrakech du Réseau des avocats contre la peine de mort et la Commission régionale des droits de l’Homme (CRDH) de la région Marrakech-Safi.

Dans le cadre d’un dispositif de financement aux tiers, des activités ont également été organisées par des associations soutenues par ECPM et l’OMP : 
L’Association Réduction des Risques section Fès a organisé un atelier participatif multi-acteur à Fès le 13 octobre et tenu une conférence de presse le 28 octobre. La Fondation Al Amal a organisé une journée d’étude sur la peine de mort à la Maison des jeunes d’Akka Ighan le 15 octobre, portant sur le thème “la peine de mort entre la législation et la pratique. Étude à la lumière des coutumes Amazighes”. L’Université pour tous a organisé un atelier de sensibilisation à destination d’une trentaine d’étudiant.es de la Faculté polydisciplinaire de Larache.

Conférence de presse à Rabat
Sensibilisation des étudiant·es de l’Université de Larache
Journée d’étude à Fès
Atelier à Akka Ighan

Tunisie 🇹🇳

La Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM) a tenu une conférence de presse le 10 octobre au siège du Syndicat national des journalistes à Tunis qui a réuni une vingtaine de journalistes.

Le 13 octobre a eu lieu la première représentation du spectacle de théâtre forum « Nuit Blanche » mis en scène par l’association Les Artivistes, devant près de 300 jeunes à Tunis. Cette pièce interactive les invitaient à se mettre en situation et à jouer aux côtés des comédien.nes afin de les encourager à se questionner et prendre position sur la question de la peine de mort. Accompagné d’une exposition des dessins de la 5e édition du Concours « Dessine moi l’abolition », cet événement a été co-organisé avec la CTCPM et ECPM dans le cadre de leur programme de financement aux tiers visant à promouvoir des initiatives de sensibilisation à l’abolition et renforcer le mouvement national contre la peine de mort.

L’association Bina, soutenue par ce même dispositif, a produit et diffusé un spot vidéo contre la peine de mort à l’occasion de la journée mondiale : https://youtu.be/rRum5NYVo0U

Du 20 au 23 octobre, la CTCPM et ECPM ont organisé un Forum des Jeunes à Aïn Soltane. Durant trois jours, des échanges, des activités pédagogiques, des ateliers et une représentation de théâtre se sont succédés, avec la participation d’Ahmed Haou, témoin marocain. L’association tunisienne Les Artivistes, financée par ECPM et la CTCPM dans le cadre du programme de financements aux tiers en Tunisie, a également participé à l’intégralité du Forum.

Exposition de la 5e édition du Concours Dessine moi l’abolition au Théâtre Le Rio de Tunis
Pièce de théâtre forum à Tunis mis en scène par l’association Les Artivistes
Forum des jeunes à Ain Soltane

Liban 🇱🇧

À l’occasion de la 20e Journée mondiale contre la peine de mort, l’association Ahla Jbeil a organisé une cérémonie à l’intention des huit jeunes activistes libanais qui participeront au 8e Congrès mondial contre la peine de mort à Berlin du 15 au 18 novembre 2022. La cérémonie a vu la participation des jeunes militants et de leurs familles, du député Ziyad Hawat et de la militante abolitionniste Antoinette Chahine, ancienne condamnée à mort au Liban. Des représentants de la LACR et de l’AJEM étaient également présents.

Jeunes activistes de l’Abolition Now Tour Liban et Antoinette Chahine

RDC 🇨🇩

En RDC, Culture pour la Paix et la Justice (CPJ) et ECPM ont organisé une “Semaine contre la peine de mort”. L’événement de lancement a eu lieu le 10 octobre à la salle Pierre Boka à Kinshasa avec des interventions de sénateurs et députés, de l’Ambassadeur d’Allemagne en RDC, d’un représentant du ministère de la Justice, de missions diplomatiques et d’activistes des droits de l’Homme.

Le même jour, les parlementaires abolitionnistes se sont réunis en atelier et ont réfléchi sur le thème « Stratégies pour soutenir une proposition de la loi portant abolition de la peine de mort ». Trois stratégies se sont dégagées de ce temps de réflexion et d’autres réunions seront organisées prochainement pour poursuivre le travail entamé.

Un atelier de formation des acteurs de la société civile sur le thème : « Organiser un  plaidoyer efficace : de la planification à l’évaluation » s’est tenu le 11 octobre. Des associations membres de la Coalition congolaise contre la peine de mort étaient présentes ainsi que deux autres ONG qui ont adhéré à la Coalition en fin de formation. 

Le 12 octobre, un Forum des jeunes était organisé à Kinshasa. Environ 70 jeunes de 15 ans et plus, élèves et étudiants de Kinshasa, dont les membres de la délégation de l’Abolition Now Tour en RDC se sont réunis, en présence de plusieurs acteurs de la société civile. Des discussions, débats et projections autour de l’application de la peine de mort et de l’argumentaire abolitionnistes ont eu lieu au cours de la journée. Les jeunes de l’ANT ont également présenté le projet et les actions mises en place par leur délégation. La journée s’est terminée par la présentation de l’exposition de la 5e édition du concours “Dessine-moi l’abolition”.

La semaine s’est clôturée par un atelier de formation des avocat·es au respect des normes d’un procès équitable et droits de la défense pour les personnes encourant la peine de mort, du 13 au 15 octobre. La session de formation était composée de trois modules : 

  • Les principales étapes de la défense de ceux qui risquent la peine de mort
  • Les obstacles à la défense des personnes encourant la peine de mort
  • La psychologie des protagonistes lors d’un procès pouvant conduire à la peine de mort  

À l’issue de cette formation, de nouveaux avocats ont adhéré au Réseau des avocats congolais contre la peine de mort en fin de formation.

Exposition de la 5 édition du concours Dessine-moi l’abolition
Forum des jeunes à Kinshasa

Cameroun 🇨🇲

Une conférence de presse a été organisée à Douala le 10 octobre sur la thématique de la Journée mondiale “Peine de mort : un chemin pavé de torture” par Droits & Paix et l’association CESLORD (association financée dans le cadre du programme de financements aux tiers au Cameroun). Cette conférence a permis de nombreuses retombées dans la presse locale.

Conférence de presse à Douala

Malaisie 🇲🇾

De nombreuses activités ont été organisées par ADPAN en Malaisie du 9 au 16 octobre.

Une projection du documentaire “Peluang Kedua” produit par Freedom Film Network et financé dans le cadre du programme de financements aux tiers a été organisée pour l’événement de lancement de la Journée mondiale le 10 octobre au KL & Selangor Chinese Assembly Hall.

Indonésie 🇮🇩

Plusieurs activités ont été organisées par KontraS autour de la Journée mondiale. La presse a été mobilisée via la publication de communiqués et a participé au lancement en ligne d’un rapport sur la peine de mort en Indonésie. Le lancement de ce rapport a été diffusé en direct sur la chaîne youtube de KontraS. Une projection du documentaire Mary Jane Veloso a également été organisée.


Événement
octobre 2022
C’est aujourd’hui que débutent les inscriptions pour le 8e Congrès mondial contre la peine de mort. Plus d’un…