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L’Édito d’Aminata Niakate, présidente d’ECPM Il y a quarante ans, presque jour pour jour, la France abolissait la peine de mort par l’entremise d’un Robert Badinter qui avait la noblesse de ce combat chevillée au cœur et au corps.

Quarante ans. C’est également mon âge. Cela signifie que je n’ai jamais connu la France qui condamne à mort et exécute des êtres humains, cette France dont le bourreau reproduit le geste de l’assassin au nom de la République et au nom du peuple français. Rien que l’idée que l’on puisse tuer une personne en mon nom m’est absolument insupportable, quel que soit le crime commis. Je n’ai pas non plus connu cette France crédule qui se persuade, jusque dans ses textes de loi, que la peine de mort est dissuasive alors que toutes les statistiques démontrent qu’elle n’a jamais eu la moindre influence bénéfique en termes de baisse de la criminalité, ou cette France qui oublie que l’erreur, même judiciaire, est humaine et qu’en matière de peine de mort l’erreur est irréparable.

J’ai pourtant toujours eu le sentiment que cette France-là était prête à ressurgir, malgré la loi, malgré la Constitution qui aujourd’hui proscrit tout retour de la peine capitale. Plus qu’un sentiment, le moindre fait divers, un attentat, et cette France se révèle à travers des sondages d’opinion qui réclament le rétablissement de la peine capitale. 55% des Français l’exigeaient en 2020, soit 11 points de plus qu’en 2019, selon un sondage* Ipsos réalisé au moment du procès des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge. Je ne peux le démontrer mais l’horreur des crimes dont a été victime l’équipe du journal n’est peut-être pas sans incidence sur ce chiffre terrible. Et ce chiffre dit toute l’actualité et la pertinence du combat contre la peine de mort, même en France où elle n’a plus cours. 

Consultez le programme « Il est encore nécessaire d’éduquer à l’abolition de la peine de mort, aux raisons de cette exigence impérieuse. »

 

Et cette question, innocemment posée parmi d’autres dans les sondages, pose elle-même beaucoup de questions quant aux mentalités de ceux qui la proposent. Pourquoi cet acquis démocratique est-il encore aujourd’hui remis en cause alors qu’on n’interroge plus les Françaises et les Français sur le rétablissement de l’esclavage ou sur la pénalisation de l’avortement ?

Je formule le vœu que le sujet du rétablissement de la peine de mort disparaisse de tous les sondages d’opinion en France et que cette avancée majeure du XXe siècle ne soit plus jamais remise en cause. Je formule également le vœu de voir un jour l’avènement de l’abolition universelle de la peine de mort car ce combat et l’humanisme que partage la communauté abolitionniste ne s’arrêtent évidemment pas aux frontières nationales de chaque État.

 

Si les 40 ans de l’abolition sont l’occasion pour ECPM de regarder le chemin parcouru depuis 1981, ils sont aussi celle de regarder vers le futur.

Et l’avenir de l’abolition est entre les mains de la jeunesse. C’est elle qui l’incarnera, qui empêchera toute régression en la matière et travaillera à convaincre la communauté internationale et les Etats rétentionistes de l’évidence de l’abolition.

 

— Le 1 (@Le1hebdo) September 17, 2021
— ECPM (Ensemble contre la peine de mort) (@AssoECPM) September 15, 2021

Leurs travaux se sont croisés pour la première fois lors d’un événement organisé à l’occasion d’une précédente journée mondiale contre la peine de mort (qui a lieu tous les 10 octobre), lors de laquelle Mido a illustré, depuis l’autre bout du monde et avec un trait qui lui est propre, les portraits de la série de Christophe, « Des visages et des peines ». Alors que l’exposition s’apprête à être exposée sur les grilles de l’Hôtel de ville de Paris du 8 au 31 octobre prochains, ils se sont confiés à ECPM à propos de leurs démarches artistiques et militantes.

Comment vous êtes-vous intéressé au sujet de l’abolition universelle de la peine de mort ?

Christophe Meireis : J’ai toujours été intéressé par les droits de l’Homme, d’ailleurs je travaille aussi régulièrement avec Amnesty. J’ai d’abord réalisé des portraits de l’équipe d’ECPM, qui en avait besoin pour la communication. Ensuite, j’ai fait le reportage photo pour le congrès d’Oslo, et de rencontres en rencontres, l’idée m’est venue de faire le portrait d’ancien.ne.s condamné.e.s.

Mido : En 2019, l’Alliance Tawaïnaise pour l’Abolition de la Peine de mort (TAEDP) m’avait invitée à prendre part au projet Facing the Death Penalty. Nous exposions des photographies dans des cafés, c’est comme ça que j’ai eu l’idée de peindre le visage de personnes concernées par la peine de mort, ainsi que leurs confessions, sur une série de dessous de verres. Récemment, j’ai participé à une campagne pour mettre hors de cause CHIOU Ho-shun, condamné à mort à Taïwan. Il est très important pour moi de porter la voix des opprimé.e.s et de celles et ceux que l’on réduit au silence grâce à mes illustrations ; c’est un honneur de travailler avec les partenaires de la JRF.

 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué dans ce sujet, quelque chose auquel vous ne vous attendiez pas ?

Christophe Meireis : quand on ne s’intéresse pas au sujet, on pense qu’un.e condamné.e à mort a forcément commis des crimes graves, horrifiants, alors que souvent les gens sont condamnés pour des raisons politiques, pour homosexualité, pour le simple fait de s’opposer au régime en place. La peine de mort est une arme utilisée par beaucoup d’États.

Mido : J’ai moi-même rencontré certain.e.s condamné.e.s à mort, et j’ai compris que leur tristesse passée ne fait aucune différence avec nous. Je suis, vous êtes eux. Comme nous, ils et elles ont leurs inquiétudes quotidiennes, sont traversés par divers sentiments. Leur vie n’est pas si différente de la nôtre.

Christophe, comment est née l’idée de la série Les visages de l’abolition ? Qu’avez-vous souhaité montrer au grand public à travers ces portraits ?

Christophe Meireis : À Oslo, lors du Congrès mondial contre la peine de mort, où j’ai eu l’occasion de faire le portrait de Peter Pringle et Sunny Jacobs. Puis j’en ai rencontré plusieurs, nous avons parfois déjeuné ensemble et je me suis imprégné de leurs histoires. En tant que photographe portraitiste, toutes les conditions étaient réunies pour donner du sens à ces portraits. Quand tu découvres toutes ces injustices, toutes ces condamnations incompréhensibles, ça te touche et tu as envie que tout le monde le sache. J’accompagne toujours cette série d’une citation forte à côté, pour interpeller le public par l’histoire de chaque sujet. Je voulais que les gens aient accès à cette information, de la même manière que je l’ai reçue à un moment donné. 

 

 

Dans cette série, on sent une certaine émotion dans les regards de vos sujets, comment s’est passée la rencontre avec eux ?

Christophe Meireis : Mon travail de portraitiste, ce n’est pas seulement de faire une belle photo, mais aussi d’obtenir de la personne ce que j’ai envie : pour cela, il faut prendre le temps de faire connaissance, et parfois, lors des prises de vue, tout se joue sur un détail très subtil : une inclinaison de visage, un regard…Parfois, sur quarante prises de vues, une seule sera intéressante. Certains sujets sont plus à l’aise que d’autres, alors lorsque c’est plus difficile, je leur propose de penser très fort à leur citation, de s’immerger dans leur histoire, de se replonger dans le sujet pour lequel je les photographie. Enfin, il y a une part de chance : certain.e.s sont très expressif.ve.s et donnent ce dont tu as besoin sans que tu aies à lutter pour. C’est toute la magie du portrait.

© Mido © Mido © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Mido © Mido © Mido © Mido © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Christophe Meireis © Mido © Mido

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche créative : choix du fond noir, gestion de la lumière, position des sujets…

Christophe Meireis : Au départ, je voulais jouer avec l’environnement dans lequel on se trouvait, chez eux, dans leurs pays… mais finalement ça n’a pas été possible : souvent, on était sur des congrès, dans des salles qui avaient peu de charme. J’avais aussi peur qu’en jouant avec le décor – ce que je fais beaucoup en presse magazine – l’œil soit trop attiré par la mise en scène, les objets sur la photo, et que l’on se détache du modèle. En concentrant la lumière sur le visage, en ayant un fond noir, on pouvait créer une série uniforme et cohérente et enlever tous les éléments qui nos éloignent du sujet pour se concentrer uniquement sur leur regard. Il se passe quelque chose dans leurs yeux, on se retrouve face à eux. À chaque fois que je les rencontre, je suis face à eux, ils me racontent leur histoire et une certaine sympathie se créé. Je souhaite que le spectateur ressente par procuration ce que j’ai vécu en les rencontrant : être seul face à eux, sans fioritures.

 

Mido, qu’est-ce qui vous a donné envie d’illustrer les portraits réalisés par Christophe Meireis ?

Les portraits de Christophe Meireis m’ont fait réfléchir aux rencontres que chacune de ces personnes avaient pu faire dans leurs vies, aux expériences qu’ils et elles avaient vécu. Je ne voulais pas que le grand public s’en souvienne avec tristesse. Pour mieux connaître une personne, j’aime observer les couleurs qu’elle porte. Pour mes illustrations, j’ai donc pris en considération les couleurs que ces personnes avaient choisi lors des prises de vue. J’espère que ces couleurs gaies et accrocheuses attireront l’attention du public et suscitera son intérêt.

 

Christophe, que pensez-vous du travail de Mido, l’artiste Taïwanaise qui a illustré vos portraits ? Avez-vous eu l’occasion d’échanger ?

Christophe Meireis : Non, malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer, mais ses illustrations sont très réussies. Son trait de crayon a un côté un peu naïf, presque enfantin par moments, qui correspond à la culture taïwanaise. Lorsque l’on se promène dans Taïwan, dans le métro par exemple, souvent on aperçoit des petits personnages comme dans une BD et on retrouve cet esprit dans ses dessins. Elle nous propose une vision différente qui est réellement imprégnée de sa culture.

Votre exposition sera de retour à Paris, sur les grilles de l’Hôtel de Ville, et aux Transphotographiques de Lille pour les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France, quelle réaction attendez-vous de la part du public ?

Christophe Meireis : J’ai envie que l’exposition serve d’outil pédagogique, que le public se rende compte que les condamné.e.s à mort sont comme tout le monde, et que demain, ça peut être nous. Il suffit parfois d’être au mauvais endroit au mauvais moment. En 2021, il y a encore des gens qui disent « Non, je ne suis pas pour la peine de mort MAIS… », d’autant plus avec le retour du populisme, et ce n’est pas acceptable.

Pour terminer, souhaitez-vous nous partager une anecdote sur votre travail, ou nous transmettre un message important pour vous ?

Christophe Meireis Christophe Meireis

 

 

Christophe Meireis : J’aimerais insister sur une chose, qui m’a grandement marqué : dans 100% des cas, je n’ai jamais vu de haine dans les yeux ou dans les propos de ces grandes figures de l’abolition. Jamais ils ou elles n’ont d’envie de vengeance après les institutions qui les ont condamnés. Si ils ou elles sont capables de pardonner, alors nous aussi.

Mido Mido

Mido : J’aimerais vous présenter CHIOU Ho-shun, que j’ai mentionné au début de l’interview. C’est un homme condamné à mort qui a passé 33 ans derrière les barreaux, c’est-à-dire plus de la moitié de sa vie, pour un crime qu’il n’a pas commis. Sa sentence est majoritairement basée sur des aveux arrachés sous la torture. Sa santé se détériore, la menace de la mort pèse sur ses journées car l’exécution peut avoir lieu à tout moment. En tant que conservatrice de musée, j’ai organisé une exposition pour lui avec mon équipe, « Haiwang Tianguan 海旺天光 »,en 2020. On ne cherche pas seulement à attirer l’attention sur cette affaire, on souhaite que plus de personnes se rassemblent autour de son histoire et le soutiennent. L’exposition a eu lieu dans trois villes de Taïwan, dont la sienne, et est encore exposée. Pour en savoir plus sur l’histoire de CHIOU Ho-shun, vous pouvez regarder cette vidéo et signer une pétition pour lui.

Nous y sommes ! Les commémorations du 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France ont commencé sur les chapeaux de roues ce mercredi 15 septembre à l’Assemblée nationale, à Paris. Ce colloque international, intitulé « 1981-2021 : 40 ans d’abolition » et organisé par ECPM et le Barreau de Paris, sous le haut-patronage de M. Richard Ferrand, Président de l’Assemblée nationale, invitait les actrices et acteurs majeurs de l’abolition d’hier et d’aujourd’hui. Il s’accompagnait d’une exposition des documents clés originaux ayant mené à l’abolition en France. Une rétrospective forte sur ce combat pour la justice, résonnant encore aujourd’hui : s’il y a quarante ans jour pour jour, le 17 septembre 1981, Robert Badinter se trouvait dans ce même bâtiment pour demander solennellement à l’Assemblée nationale d’approuver le projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, il insiste aujourd’hui sur l’importance de poursuivre la lutte pour une abolition « universelle ».

Ce colloque marque le début d’une longue série d’événements et activités organisés par ECPM qui se tiendront jusqu’au 31 octobre en France. Des concerts, une exposition, des rencontres avec d’anciens condamnés à mort, des interventions scolaires… Pour en savoir plus, visitez notre page « 40 ans d’abolition en France ».

Revivez l’événement en visionnant le replay sur le site de l’Assemblée nationale.

— ECPM (Ensemble contre la peine de mort) (@AssoECPM) September 15, 2021
— ECPM (Ensemble contre la peine de mort) (@AssoECPM) September 15, 2021
— Le 1 (@Le1hebdo) September 17, 2021

En plus de la couverture presse engagée par l’événement, le 15 septembre est également paru un numéro spécial de l’hebdomadaire Le 1, consacré aux « 7 vies de Robert Badinter », dans lequel la présidente d’ECPM, Aminata Niakate, signe une tribune puissante.

LE1-Badinter
La journée mondiale contre la peine de mort est célébrée tous les 10 octobre : cette année, la communauté abolitionniste portera la voix des femmes condamnées à mort. De nombreuses activités organisées par ECPM et ses partenaires se tiendront dans huit pays différents. Défendre les femmes condamnées à mort

Les données concernant les femmes condamnées à mort, exécutées, innocentées ou graciées demeurent rares et peu étudiées, et ces dernières continuent de souffrir des discriminations liées au genre dans la détermination de la peine et les conditions de détention. Ces discriminations sont intersectionnelles et peuvent être renforcées selon l’âge, l’orientation sexuelle, l’origine ou le handicap de la concernée. Ces femmes sont souvent victimes de violences sexistes et sexuelles constituant des circonstances atténuantes essentielles, qui ne sont pourtant pas prises en compte pendant le procès.

Selon les données connues en 2020, 16 femmes ont été exécutées dans le monde et 7 pays comptaient au moins une femme dans les couloirs de la mort. Journée mondiale contre la peine de mort

Si, de manière générale, les femmes sont moins souvent condamnées à mort que les hommes, elles sont plus nombreuses dans les couloirs de la mort pour certaines catégories de crimes comme l’adultère ou la sorcellerie, ce qui est révélateur de schémas de condamnation basés sur le genre, selon la Coalition mondiale contre la peine de mort. La réalité est plus accablante encore, car certains pays ne partagent pas de statistiques par genre (voir l’infographie).

Cette année, en parallèle des commémorations des 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France, se tenant également au mois d’octobre, ECPM relance les discussions sur le vécu spécifique des femmes, initiées à l’occasion du 7e Congrès mondial contre la peine de mort de Bruxelles. Rejoignez le mouvement pour défendre les droits des femmes condamnées à mort et consultez nos activités ci-après.

LE PROGRAMME : ECPM et ses partenaires mobilisés dans le monde

 

  • 9 octobre – 11h – Marrakech : Soutien et participation à la Journée de lancement de l’initiative citoyenne « Le droit de vivre ».
    Parmi les intervenants : Nouzha Skalli (Réseau des parlementaires contre la peine de mort) et Abderrahim Jamaï (CMCPM)
    Organisé par Driss El Yazami, Younès Ajarraï, Mahi Binebine
  • 10 octobre – Rabat : Sit-in devant le Parlement.
    Organisé par la CMCPM.
  • 14 octobre – 10h – Rabat (siège du CNDH) : Conférence de presse organisée par la CMCPM, le CNDH, l’OMP et ECPM, et vernissage de l’exposition de la 4e édition du concours d’affiches « Dessine-moi l’abolition ».
  • Du 14 au 31 octobre – Rabat (Hall du CNDH) : Exposition de dessins (4e édition du concours international d’affiches destiné aux jeunes, organisé par ECPM et le RIEA). Inauguration à l’occasion de la conférence de presse au CNDH.
  • 16 octobre – Casablanca (Siège du CRDH de Casablanca-Settat) : Café philosophique organisé par la CMCPM, l’OMP, le CNDH et ECPM.
    Modération : Mme Zbaghdi (Fondation Seve Maroc)
    Témoignage : Mme Fatima Goud ancienne femme condamnée à mort au Maroc graciée en 2019
  • À partir du 18 octobre – Casablanca (école des Beaux Arts, collèges et lycées) : Interventions scolaires encadrées par un artiste, un membre de la CMCPM et de l’OMP.
  • 26 ou 28 octobre – Rabat (siège du CNDH) : Atelier de dessins avec 3 groupes du Collège Les Iris.

 

  • 9 octobre – Nouakchott (Hôtel Monotel) : Projection-débat de La Larme du Bourreau, documentaire de Layth Abdulamir. Organisé par l’Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH) et ECPM

 

  • 14 au 16 octobre – Tunis (lieu à confirmer) : Cycle de projections de films sur la peine de mort et exposition de la 5e édition du concours international d’affiches contre la peine de mort « Dessine-moi l’abolition ». Organisé par ECPM, la CTCPM et les associations membres, en partenariat avec le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme à Tunis.

 

  • Bukavu : Atelier de réflexion à destination des étudiants et de la société civile, organisé par l’association AJPD-RDC
  • Kinshasa : Conférence organisée par Culture pour la paix et la justice (CPJ)
  • Semaine du 11 octobre (date à confirmer)– Kisangani : Conférence à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort : La peine de mort en RDC – Défis et perspectives, organisée par l’association CERDF

 

  • Maroua : Atelier avec les avocat(e)s de femmes passibles de la peine de mort organisé par l’association Droit et Paix
  • 5 octobre – Douala (siège de l’AVUDFE) : Conférence de presse organisée par l’association AVUDFE. Intervenant : Me Nestor Toko

 

  • 9 octobre – 20h30 à 22h00 – en ligne : Projection-débat en ligne du documentaire Menunggu Masa avec les interventions des réalisateurs Seria Sacha et Sherrie Razak Dali, organisée par ADPAN
  • 15 et 16 octobre – 10h à 16h – Kuala Lumpur : Consultations et sessions stratégies avec les avocats et autres forces abolitionnistes de Malaisie, avec les interventions d’avocats abolitionnistes et autres abolitionnistes, organisé par ADPAN
  • 23 octobre – 11h à 12h30 – en ligne : Webinaire avec TAEDP : le rôle des avocats dans la campagne contre la peine de mort, avec les interventions de Li Xuanyi et Suzana Noorlihan, avocats et proches de condamnés à mort, organisé par ADPAN et TAEDP
  • 30 octobre – 11h à 12h30 – en ligne : Forum en ligne de discussion avec d’anciens condamnés à mort, organisé par ADPAN et TAEDP

 

  • 10 octobre : Publication d’un rapport par KontraS
  • Fin octobre : Plaidoyer et campagne de sensibilisation organisé par KontraS
Retrouvez notre article sur la Journée Internationale des droits des femmes

Le 10 octobre 2021 marquera les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France. Une loi portée par Robert Badinter, alors ministre de la justice et actuel président d’honneur d’ECPM.

 

Pour commémorer cette victoire historique pour les droits de l’Homme et se donner l’élan de poursuivre le combat à l’international, ECPM vous invite à de nombreux événements dès la rentrée : expositions, témoignages, représentations théâtrales, conférences, interventions scolaires, concerts, village associatif… Rejoignez-nous pour plonger dans un combat de longue haleine, à travers l’Histoire et les histoires de ses grands acteurs.

Deux thématiques urgentes seront notamment explorées : les femmes, invisibles dans les couloirs de la mort et pourtant victimes de schémas de condamnations discriminants basés sur le genre, et l’homosexualité passible de la peine de mort dans 11 pays du monde, et considérée comme illégale dans 61 pays.  

Abolition de la peine de mort : ©Plantu, dessin paru dans Le Monde du 20-21 septembre 1981 Abolition de la peine de mort : ©Plantu, dessin paru dans Le Monde du 20-21 septembre 1981 Découvrez le programme des activités des 40 ans de l’abolition

ECPM accueillera de grands témoins et expert.e.s. de l’abolition, qui s’exprimeront lors de de nos différents évènements.

Susan Kigula

 

Susan Kigula : condamnée à mort en Ouganda pour avoir tué son mari, elle n’a jamais cessé de clamer son innocence. Initiatrice d’une chorale de détenues du couloir de la mort, lauréate d’un diplôme de droit de la London University, elle obtient finalement sa libération en janvier 2016, au terme de 15 années de prison. Personnalité emblématique dans son pays, elle est l’une des grandes figures de la lutte contre la peine capitale dans le monde.

Mohammed Mkhaitir

 

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir : blogueur mauritanien arrêté en 2014 après avoir publié un article dans lequel il dénonçait l’instrumentalisation de la religion pour légitimer les discriminations envers la caste des forgerons. Il est alors condamné à la peine de mort pour apostasie. Après cinq ans de détention dont presque deux en isolement arbitraire, il est enfin libéré en juillet 2019 suite à de nombreuses pressions internationales et rejoint la France en tant que réfugié politique.  

Christelle Vuanga Aminata Niakate interview, june 2021 Raphaël-Chenuil-Haza

 

Christelle Vuanga, députée à l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo est à la tête de la Commission Genre, Enfant et Famille. Auparavant présidente de la Commission des droits de l’Homme, Christelle Vuanga est la seule femme élue à la tête d’une commission parlementaire et militante de l’abolition de la peine de mort en RDC.

 

 

 

 

 

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM et Président PDH-Plateforme française des ONG Droits de l’Homme.

Nous vous attendons nombreux.ses !

Accéder au programme complet Lire notre communiqué de presse Lire aussi : l’édito de Raphaël Chenuil-Hazan

Sa dernière réalisation, L’État du Texas contre Melissa, retrace l’histoire de Melissa Lucio, première femme hispanique condamnée à mort au Texas pour avoir entraîné la mort de sa fille de deux ans malgré des preuves édifiantes de son innocence. Mère de quatorze enfants, dans une situation précaire, elle est victime d’une justice américaine intraitable et de calculs politiques intéressés, qui la retiennent dans les couloirs de la mort depuis 2008. Son dernier espoir repose désormais sur la Cour Suprême des États-Unis.

Sortie en salles le 15 septembre 2021.

 

Il s’agit d’un sujet que l’on m’a proposé. J’ai travaillé pour à peu près toutes les grosses émissions de TV française, et la chaîne M6 m’a proposé de faire un reportage sur les femmes dans le couloir de la mort. Bien que je connaissais déjà très bien la société américaine et le problème des inégalités au niveau carcéral, mon point de vue sur la peine de mort n’était pas très défini. Je crois que j’étais un peu comme la plupart des gens, c’est-à-dire que je me posais la question : fallait-il vraiment l’abolir pour tous les crimes ? J’étais donc très intéressée de me pencher sur le sujet. Comme beaucoup de monde, et beaucoup d’américain·e·s, je croyais que quelqu’un qui était condamné à la peine de mort était forcément coupable, qu’il n’était pas possible d’ordonner la mort d’une personne « pour rien ».

Cela peut sembler choquant aujourd’hui, mais c’était la réalité : je ne savais pas encore comment me positionner. Lorsque l’on me demande comment je peux être certaine de ce que j’avance, je comprends : la question qui revient sans cesse depuis la sortie du film est « Si Melissa est innocente, pourquoi est-elle dans le couloir de la mort ? ». Aujourd’hui, cette question m’horripile, mais c’est une question que je me posais moi-même.

 

Ce qui m’a choqué, c’est le système tout entier. En tout cas aux États-Unis, car c’est le territoire que je connais par rapport à la peine de mort. Pour être dans le couloir de la mort, il faut être pauvre. Si l’on n’est pas pauvre, noir, hispanique ou atteint·e d’une maladie mentale, on n’est pas dans le couloir de la mort aux États-Unis. Je mets au défi n’importe qui d’aller chercher quelqu’un qui ait de l’argent et qui soit condamné à mort dans ce pays, ça n’existe pas. Ils·elles ont tous·tes eu un·e avocat·e commis d’office, et ont dû refuser un accord – souvent 30 ans ou plus.

Le système se met en place de cette manière : l’État d’un côté, qui est une manne financière énorme, comme si c’était la plus grosse firme d’avocat.e.s du pays, et de l’autre, l’avocat·e commis d’office qui jouit d’à peine 2 % de la capacité financière de l’État. Dès le départ, c’est David contre Goliath : les statistiques sont claires : 95 % des procès sont gagnés par l’État. D’ailleurs, ils ne vont même pas au procès s’ils ne sont pas certains de gagner. Lorsque le ou la présumé·e coupable demande d’aller jusqu’au procès, cela est pris comme une provocation de l’État, qui se venge, donc. Aujourd’hui, ça se sait. Évidemment, un·e avocat·e commis d’office avec un peu d’humanité va conseiller à son ou sa cliente d’accepter l’accord pour lui éviter la peine de mort, mais la plupart ne le font pas, car aller au procès leur fait gagner beaucoup plus d’argent. Voilà, comme vous l’imaginez le système m’a horrifiée.

 

Découvrir le traitement réservé aux condamné·e·s à mort a été un deuxième choc. Ils·elles sont séparé·e·s de la population carcérale, car on les considère comme les personnes les plus dangereuses de la société . Ils·elles sont seul·e·s 24h/24, n’auront plus jamais de contact humain, et même l’heure de promenade quotidienne se fait seul·e. J’ignorais tout de ces conditions.

Lorsque j’ai interviewé Melissa Lucio pour la première fois, j’ai été horrifiée : les gardiens voulaient se venger d’elle car elle ne travaillait pas. Nous étions déjà séparées par une vitre, ils ont voulu que je l’interview en la gardant dans une cage, comme Hannibal Lecter. Je me suis alors retournée très violemment, et j’ai regardé le gardien responsable de la prison en lui disant « Vous pensez que c’est vraiment nécessaire ? ». Il a compris, à mon regard et au ton que j’ai employé, qu’il en était hors de question. Il a laissé couler, comme s’il me faisait une faveur. De la même manière, lorsqu’ils appellent les condamné·e·s à mort, c’est par leur numéro, ce qui m’a rappelé de très mauvais souvenirs familiaux. La déshumanisation des condamné·e·s à mort est totale, tout est basé sur la vengeance. Personne ne mérite ce traitement, pas même quelqu’un qui a commis un crime horrible. Lorsque Gandhi dit « Œil pour œil et le monde finira aveugle » il a raison ! Souvent, même les familles des victimes sont déçues après l’exécution, car cela ne leur apporte rien.

En découvrant l’histoire de Melissa Lucio et en réalisant ce film, pendant ces trois années, j’ai contacté beaucoup de groupes abolitionnistes actifs sur les réseaux sociaux et dans la société civile, surtout lorsqu’elle a perdu son dernier appel. Aujourd’hui, je suis la première à tweeter pour soutenir n’importe quel·le prisonnièr·e dans le couloir de la mort, même si il ou elle a commis le crime le plus abject. On doit purement et simplement éradiquer cette abomination de la société, ça n’est plus possible, surtout dans un pays comme les États-Unis, où le nombre de condamné·e·s à tort est aberrant. Encore une fois, même si l’on n’est pas contre la peine de mort pour des raisons éthiques ou religieuses, il faudrait que le système soit parfaitement infaillible pour condamner quelqu’un à mort, ce qui est absolument impossible. 

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Avant que je la rencontre, Melissa Lucio était seule au monde. Sa famille vit à environ huit heures de route de sa prison, n’a pas d’argent, elle ne recevait donc aucune visite. Pratiquement personne ne lui écrivait. Elle n’avait jamais été interviewée par personne, car elle était considérée comme un monstre. Tout de suite, elle a accepté. La personne qui nous a mis en contact est une femme qui écrit aux condamnées à mort, et qui m’a contacté via sa page Facebook. Nous sommes d’ailleurs toujours en lien. Melissa était son amie, elle lui écrivait depuis quelques temps. Son cas n’intéressait pas les médias car il n’était pas suffisamment horrible, sans doute.

Notre rencontre m’a tout de suite troublée : cette femme s’exprime extrêmement bien, elle est profondément vraie. Les choses qu’elle m’a racontées étaient bouleversantes, nous n’avions le droit qu’à une heure d’interview que je n’ai pas vu passer tellement j’étais absorbée par notre conversation, elle et moi avons eu comme un coup de foudre. C’est mon cadreur qui m’a informée qu’il ne nous restait que 5 minutes, et nous n’avions le droit qu’à une heure d’interview tous les trois mois. J’avais l’intime conviction que cette histoire était impossible, mais même si Melissa avait été coupable, j’aurais fait ce film. Les gens qui se retrouvent ainsi piégés sont souvent complètement cabossés par la vie, ce n’est pas n’importe qui qui se retrouve dans le couloir de la mort, et pas n’importe qui qui se retrouve condamné à tort, tout court, que ce soit à la peine de mort ou à la prison. Généralement, ce sont des personnes qui portent beaucoup de stigmates, qui ont une histoire douloureuse, donc pour ces personnes-là particulièrement, la justice est un rouleau compresseur terrible.

Toutes les femmes condamnées à mort que j’ai rencontrées ont été abusées sexuellement dans leur enfance, ont souffert de l’emprise d’un conjoint violent, ont été forcées à la prostitution. Au Texas, une loi est connue sous le nom de « The Law of Parties » qui condamne les coaccusé·e·s à exactement la même peine que l’auteur·ice du crime : actuellement, il y a une femme dans le couloir de la mort qui n’a pas commis le crime mais qui était avec le criminel, son conjoint au moment des faits. Elle va être exécutée prochainement. Il y a beaucoup de cas comme ça au Texas. Sans parler des femmes souffrant de maladies mentales : dans le couloir de la mort, il y a énormément de cas cliniques, alors que cela devrait être interdit. Il est très clair que normalement, les malades mentales devraient être internées et pas condamnées à mort. C’est vrai qu’il y a peu de femmes, par rapport aux hommes, mais on retrouve toujours les mêmes schémas.

Elles se retrouvent très seules dans un univers de violence : lorsqu’on est condamnée à mort, c’est comme si l’on disparaissait du jour au lendemain. La famille souvent vous lâche parce qu’il n’y a plus aucun espoir, qu’il n’y a plus de contact possible. À l’inverse de la prison, beaucoup de choses sont interdites : le téléphone, les cartes (même pour Noël), le papier coloré… Si personne ne leur envoie de l’argent, elles n’ont pas accès aux protections hygiéniques.

 

 

Aujourd’hui, il faut être sur la liste des visiteurs pour pouvoir envoyer de l’argent aux condamné·e·s à mort : mais en tant que journaliste, si on est sur cette liste, on n’a plus le droit de n’interviewer personne au Texas. C’est mon cas : Melissa a une famille très pauvre, qui ne peut pas lui rendre visite. On a créé une cagnotte GoFundMe pour permettre aux enfants d’aller voir leur mère, et l’un de ses fils va pouvoir enfin retourner voir sa mère alors que cela fait 8 ans qu’il ne l’a pas vue. Pour certains des enfants, cela fait 13 ans. Le système est très pernicieux, donc on devait pouvoir lui donner un minimum de fonds pour qu’elle puisse au moins acheter les timbres pour répondre aux courriers.  Sauf qu’à partir du moment où on envoie de l’argent en tant que journaliste, on ne peut plus l’interviewer elle ni personne. Donc ils font cela pour nous punir, le tout est purement abominable.

Les américain·e·s sont très divisé·e·s sur la peine de mort, et de plus en plus car c’est une manne financière importante qui coûte une fortune aux contribuables. On parle ici de vingt, trente, parfois quarante ans d’incarcération, des procédures d’appels, un·e avocat·e commis d’office jusqu’à la date d’exécution (au moins 300 000 dollars par an). Mettre quelqu’un dans le couloir de la mort se chiffre en millions de dollars. Dans tous les États qui commencent à abolir, les gens se rendent compte de ça. On entend aussi de plus en plus parler de toutes ces erreurs judiciaires dans les médias, et la peine de mort devient un vrai problème, les gens se questionnent de plus en plus. Je crois qu’on est sur la bonne voie, Joe Biden a aussi promis qu’il mettrait fin aux exécutions fédérales.

En France, je suis scandalisée d’observer le nombre de personnes qui pensent que le retour à la peine de mort serait une bonne idée. Heureusement, Robert Badinter l’a abolie il y a 40 ans. Cela peut paraître choquant pour certain·e·s, mais je pense que la prison amène la prison, et que les peines lourdes ne sont jamais une solution. Le système d’incarcération de masse comme on peut le voir aux États-Unis, où les gens sont exécutés de manière ignoble ou meurent en prison ne fonctionne pas, il existe des maisons de retraites-prisons construites par des acteurs privés qui capitalisent sur les peines : on ne veut pas arriver à cela en France, jamais.

Famille Melissa Lucio

 

 

Le film a déjà fait beaucoup de bruit aux États-Unis, mon objectif est de créer une consternation au niveau international pour que Melissa soit dans l’œil du cyclone et qu’elle ne soit pas exécutée. C’était l’objectif premier. Mais il y a des milliers de Melissa Lucio… C’est le modèle type de la personne qui se retrouve condamnée à mort. Le message que je veux faire passer, c’est aussi celui-ci, montrer ce qu’est vraiment la peine de mort.

 

Une pétition en ligne a été créée par un groupe abolitionniste américain, Death Penalty Action, il faut la signer parce qu’aujourd’hui, son sort dépend de la Cour Suprême des États-Unis, qui n’accepte qu’1 % par an des affaires qu’ils reçoivent. On risque d’avoir une réponse courant octobre-novembre : s’ils la prennent, ce serait de l’ordre du miracle, s’ils ne la prennent pas, Melissa pourrait avoir une date d’exécution très tôt. Pour la soutenir, il faut tweeter son nom, signer la pétition, en somme faire en sorte qu’elle existe au maximum. Il n’y  a rien de pire pour un·e condamné·e à mort que de tomber dans l’anonymat, c’est une condamnation à mort immédiate. On peut lui écrire aussi (uniquement sur du papier blanc), c’est très facile, à l’adresse suivante :

 

 

Dès la sortie du film sur la plateforme Hulu, Melissa, qui recevait très peu de lettres avant, a eu tellement de courrier qu’ils ont dû stopper la distribution de tous les courriers pour tous les détenu·e·s pendant deux semaines. Le fait que des gens croient en elles, la soutiennent, a fait d’elle une autre femme. La plupart des gardiens de la prison ont vu le film, son traitement a changé du jour au lendemain. Des personnes sont venues la voir en lui disant qu’elles ne savaient pas ce qu’elle faisait encore là. Tout cela lui a donné la force de se battre. Plusieurs de ses amies dans le couloir de la mort ont juste complètement renoncé, elles sont prêtes à partir. Tombées dans l’oubli, sans famille, sans soutien – d’ailleurs certaines ne veulent même pas de ce soutien, elles veulent juste en finir.

Nouvellement élue à la présidence d’ECPM, Aminata Niakate revient sur son parcours, placé sous le signe de l’engagement. Également avocate et élue écologiste dans le XVe arrondissement de Paris, sa personnalité dynamique et son professionnalisme collent au plus près des ambitions de l’association.

J’ai toujours voulu m’impliquer, mais je cherchais une structure où je pouvais m’engager sur un sujet précis. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme d’avocat, que ma vie personnelle et professionnelle s’est stabilisée, j’ai décidé de sauter le pas : j’ai donc adhéré à ECPM, à l’Union des Jeunes Avocats, et dans un parti écologiste. Cela fait maintenant douze ans que je suis fidèle à ces trois engagements.

Mon engagement pour l’abolitionnisme remonte à 2008, lorsque je tombe sur un article de presse qui parle de Troy Davis, condamné à mort en Géorgie. Il a appris, seulement deux heures avant l’heure prévue de son exécution, qu’il allait bénéficier d’un sursis d’exécution. J’ai trouvé qu’infliger à quelqu’un l’attente de la mort, le temps qui défile et la détresse psychologique, était absolument inhumain. Finalement, il a été exécuté plus tard alors qu’il avait toujours clamé son innocence.

J’avais envie de m’engager pour une cause, et comme cette affaire m’a particulièrement marquée, j’ai décidé de me battre pour l’abolition de la peine de mort.

Interview d’Aminata Niakate, juillet 2021

 

Un objectif ambitieux : l’abolition universelle de la peine de mort ! Je ne la verrai peut-être pas de mon vivant, mais c’est ce pour quoi j’ai envie de me battre. Depuis 20 ans, ECPM avance vers cet objectif. Ces avancées sont aujourd’hui visibles grâce à notre carte interactive disponible sur notre site internet : elle va du rouge au bleu, selon la situation des pays concernant la peine de mort. Années après années, cette carte est de plus en plus bleue, et j’aspire à ce qu’elle le soit encore plus à la fin de mon mandat.

Aminata Niakate à la Marche des Fiertés 2021 avec ECPM à Paris

Quant à l’organisation à proprement parler, je m’inscris dans la continuité de ce qu’ont fait mes prédécesseurs. Il y a un gros travail sur l’éducation des jeunes concernant ces questions, car en France, puisque la peine de mort est abolie, on pense qu’il est inutile d’aborder cette thématique. Or, on constate que l’opinion publique est majoritairement favorable à la peine de mort dès qu’un fait divers se produit. Il faut donc continuer à éduquer sur ce sujet, car à la faveur d’un changement de gouvernement, on pourrait revenir en arrière et il faut absolument l’éviter. À l’international, j’ai envie d’accompagner le travail d’ECPM sur les États qui ont aboli de fait, mais pas en droit, notamment en Afrique, où nous pensons que les pays sont les prochaines terres abolitionnistes.

De nombreux États africains, dont le Mali, mon pays d’origine, ont la peine de mort dans leur corpus juridique, mais ne la pratiquent plus depuis un certain nombre d’années. Ils ne franchissent pas le pas, mais cela laisse la porte ouverte aux condamnations et l’on peut très vite basculer à nouveau vers cette pratique pour des raisons politiques. Un pays qui ne pratique plus la peine de mort est un pays qui est prêt à franchir le pas de l’abolition. ECPM, par ses actions de plaidoyer peut aider à accompagner cet effet cliquet, par le tissu parlementaire qu’elle a construit, grâce aux réseaux de journalistes qu’elle a mis en place, etc. Le congrès mondial contre la peine de mort, qui a lieu tous les trois ans, à une résonnance à l’international dans des lieux où, souvent, les chefs d’États et les ministres s’engagent à abolir.

 

Au Moyen-Orient, il y a une relative urgence.  On cible aussi l’Afrique, prochain continent abolitionniste, ainsi que les États-Unis, qui se cachent derrière la démocratie qu’ils prétendent être. Après l’ère Trump, il y a peut-être un nouvel espoir, et on espère que les gouvernements du Moyen-Orient ne se cacheront plus derrière les pratiques des États-Unis pour continuer de pratiquer la peine de mort.

Oui, car elle existe encore ! Comme je le disais, un fait-divers, un attentat, un infanticide, un viol, et l’opinion publique se range du côté de la peine de mort. On n’est pas à l’abri d’un retour à cette pratique à la faveur d’un changement de gouvernance de l’État.

On parle du droit à la vie : les droits de l’homme et les libertés publiques sont essentielles, et heureusement que des personnes se battent pour les défendre, y compris en France. On se bat contre la peine de mort car c’est une question de justice. Infliger la mort à quelqu’un parce qu’il·elle a commis un crime, c’est renoncer à croire en son humanité et renoncer à l’idée que l’on peut se réhabiliter après une peine de prison, retrouver une place dans la société après s’en être égaré. Par exemple, aux États-Unis, les condamné·e·s à mort sont parfois exécuté·e·s 20 ans après les faits, et souvent ce ne sont plus les mêmes personnes ; c’est terrible de mettre fin à la vie d’une personne qui n’est plus la même.

Pour moi, la peine de mort est faussement dissuasive : les faits et les chiffres démontrent qu’elle ne l’est pas. Aux États-Unis, la criminalité est beaucoup plus forte qu’en France, malgré l’existence de la peine de mort. Elle est inutile et elle dit qu’on ne croit plus en l’humanité des gens. Une personne commet une faute, et on l’extermine, c’est terrible. La société renonce à la possibilité de réhabilitation d’une personne humaine, ce qui est pour moi le contraire d’une société démocratique.

 

 

ECPM est une association qui travaille souvent dans la discrétion, et ce sera l’occasion de mettre en lumière tout le travail effectué, ainsi que d’impliquer les jeunes, les militant·e·s de demain sur cette cause. L’occasion également de fêter l’anniversaire d’une grande victoire pour la démocratie française et de rappeler qu’il faut rester vigilant·e·s, que le combat continue. J’aimerais que nos célébrations intéressent les jeunes et suscitent de nouvelles vocations dans le militantisme contre la peine de mort, car ils·elles sont l’avenir de cette cause.

Lire notre communiqué de presse : Aminata Niakate, élue à la présidence d’ECPM En savoir plus sur les 40 ans de l’abolition en France
L’Édito de Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d’ECPM

Une rentrée sur les chapeaux de roues, avec des témoins, des débats, des expositions, des films, des déambulations culturelles, des interventions scolaires, des concerts, des conférences à l’Assemblée nationale, à la Sorbonne, au Barreau de Paris, mais aussi à Metz, Valle et ailleurs, un village militant réunissant toutes les associations abolitionnistes à la Bastille et tant d’autres surprises encore.

ECPM sera présente à la rentrée sur tous les fronts et pour tous les publics afin de célébrer les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France.

Mais pourquoi donc ces cérémonies alors que l’abolition fait maintenant partie de notre histoire, sans retour en arrière possible ? Pourquoi continuer le combat aujourd’hui, nous pose-t-on sans cesse comme question ?

S’agit-il de commémorer une des avancées les plus marquantes de notre histoire moderne et celle de la Ve République (avec la Loi Veil sur l’avortement) ? Ou bien travailler ensemble pour l’avenir de l’abolition et rappeler ainsi que ce combat ne sera abouti que quand nous aurons obtenu l’abolition universelle, du Texas à la Chine, en passant par l’Arabie Saoudite, l’Egypte et l’Iran. Je crois que c’est un peu des deux à la fois.

Abolition de la peine de mort : ©Plantu, dessin paru dans Le Monde du 20-21 septembre 1981

Il s’agit aussi de rappeler pourquoi et comment la France est devenu le 35e état à abolir la peine de mort (et un des dernier pays de l’Europe occidentale) et quelles en ont été les conséquences pour l’abolition mondiale.

En effet, l’exemple français en ce domaine a fait date et marque un tournant dans l’histoire.

Ce n’est pas un hasard si le mouvement abolitionniste mondial prend sa source en France et si ECPM est une association française.

Notre mission à ECPM est justement de porter le mouvement international pour que l’abolition soit universelle, un point c’est tout ! (voir la sortie de notre publication 20 ans d’Histoire(s)). Nous sommes en ce sens, les enfants de Robert Badinter. Nous pouvons d’ailleurs compter sur lui et sur son soutien fidèle et militant. Lui-même est d’ailleurs le digne représentant de Victor Hugo et Albert Camus, et bien d’autres.

C’est pour cela qu’au-delà des 40 ans, ECPM se prépare d’ores et déjà à lancer sa campagne mondiale pour l’abolition avec le 8e Congrès mondial contre la peine de mort qui aura lieu à Berlin en Novembre 2022.

Alors profitez de ce tournant de l’abolition pour nous rejoindre à ECPM en tant que militants, bénévoles, adhérents, donateurs. Nous avons besoin de vous !

Abolitionnement votre,

 

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général ECPM

 

Ce moment militant clé s’est déroulé en deux temps : d’abord au village des fiertés où ECPM a pu engager le dialogue avec le public et les élus locaux, dont Jean-Luc Roméro, adjoint à la Maire de Paris en charge des droits humains, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations, et Bertrand Kern, Maire de Pantin.

L’équipe a ensuite pris le chemin de la marche vers la place de la République pour témoigner de son soutien à la communauté LGTQIA+, entourée de dizaines de milliers de participant·e·s, réjoui·e·s d’être à nouveau réuni·e·s pour défendre fièrement l’égalité et la liberté.

À travers sa campagne « S’aimer n’est pas un crime », ECPM dénonce les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle et appelle les pays ayant une législation ouvertement homophobe à respecter la liberté sexuelle de chacun·e.

En savoir plus sur notre campagne Revivez la marche des fiertés 2019 en vidéo

Française d’origine malienne, cette avocate au Barreau de Paris diplômée de l’Université Panthéon-Sorbonne et de HEC, a fait de l’Engagement une priorité de vie. Sur les questions d’égalité, elle préside la Commission Parité-Égalité de l’Union Nationale des Professions Libérales, qu’elle représente au CESE depuis avril 2021. Elle est également élue écologiste dans le XVème arrondissement de Paris.

Investie dans sa profession, Aminata Niakate a présidé la Commission Égalité du Conseil National des Barreaux entre 2018 et 2020. Elle milite activement au sein d’ECPM depuis 2009.

« Cette élection m’honore et m’oblige. Je m’inscris dans la continuité de mes illustres prédécesseurs, notamment Robert Badinter, Président d’Honneur de l’ECPM.

 

Aujourd’hui encore, 49 pays appliquent la peine de mort dans le monde. Il faut encourager et accompagner les États qui ont aboli de fait, mais pas en droit, notamment en Afrique, où nous pensons que les pays sont les prochaines terres abolitionnistes. Notre objectif est clair : l’abolition universelle de la peine de mort !

 

Mais les actions doivent aussi se poursuivre en France, notamment auprès des jeunes. Car, l’opinion publique demeure majoritairement favorable à la peine de mort dès qu’un fait divers se produit. La sensibilisation et l’éducation citoyenne doivent plus que jamais se poursuivre ».

Le 9 octobre 1981, la France abolissait la peine de mort. Dans le cadre des commémorations entourant cette date historique, ECPM proposera notamment une exposition affichée sur les grilles de l’Hôtel de ville de Paris, « Portraits de l’abolition en France et ailleurs », qui sera déclinée dans d’autres villes de France. Un parcours autour de l’histoire de la peine de mort à Paris et des conférences (Les femmes et la peine de mort…) sont également au programme.

Retrouvez l’interview complète d’Aminata Niakate

La peine de mort dans le monde : ce qu’il faut retenir

    • 49 États appliquent toujours la peine de mort
    • L’homosexualité est passible de la peine de mort dans 11 pays et illégale dans 61 pays
    • Les 5 pays qui exécutent le plus dans le monde sont : la Chine, l’Iran, l’Égypte, l’Irak et l’Arabie saoudite (2020)
    • La Chine exécute à elle seule plus que tous les autres pays réunis, même si ses chiffres officiels sont classés secret d’État
    • Plus de 28 500 personnes sont actuellement condamnées à mort dans le monde
Consultez notre carte interactive Les 40 ans de l’abolition en France