Faites un don avant le 31 décembre 2021.
Cliquez pour télécharger
Faites un don avant le 31 décembre 2021.
Cliquez pour télécharger
Le Congrès de Berlin sera le premier Congrès de l’ère Covid #8CongressECPM
Nous souhaitons qu’il soit celui du renouveau, tourné vers le partage et la rencontre abolitionniste. Protéiforme et multi-acteurs, il sera aussi moderne et inclusif. Nous avons toutes et tous appris à vivre avec la pandémie, nous avons adapté nos modes de communication et d’échanges, nous avons réussi à maintenir un niveau d’exigence élevé pour continuer à parler des réalités de la peine de mort autour de webinaires et de conférences en ligne de grande qualité.
Néanmoins, cette dématérialisation de nos mobilisations ne peut plus durer. Le Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève, comme d’autres instances (CADHP, etc.), sont dorénavant quasi fermées aux ONG, quand dans le même temps des personnes sont condamnées à mort par visioconférence, en Iran ou ailleurs. Nous avons besoin de nous voir à nouveau, d’échanger autour d’un verre pour préparer ensemble l’abolition de demain. Nous avons besoin de remobiliser une jeunesse militante au sein de la famille abolitionniste.
Le président français Emmanuel Macron a affirmé lors de la cérémonie au Panthéon en hommage à Robert Badinter, président d’honneur d’ECPM, son soutien au combat abolitionniste et à ECPM en particulier. Nous sommes fiers que notre combat et l’engagement d’ECPM soient reconnus comme un élément majeur des enjeux internationaux de la France et de tous nos partenaires internationaux comme l’Allemagne, la Norvège ou la Suisse.
Mais pour mener à bien toutes ces actions, nous avons besoin également de vos dons !
Faire un don
Nous soutenir, c’est soutenir le mouvement abolitionniste pour porter une voix abolitionniste dans toutes les enceintes où elle doit être entendue.
Pour être, selon les mots du grand écrivain abolitionniste Alphonse de Lamartine (qui se référait aux poètes) « les voix de ceux qui n’ont pas de voix ».
Rejoignez ECPM !
Abolitionnement vôtre,
Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur, et Aminata Niakate, Présidente
Le 10 octobre dernier, ECPM et ses partenaires se sont mobilisés de par le monde pour célébrer la 19e Journée mondiale contre la peine de mort. Après une période fortement perturbée par la pandémie de Covid-19, de nombreuses activités ont de nouveau pu se tenir : à l’honneur cette année, les femmes condamnées à mort ou celles, dans l’ombre, touchées par les conséquences de cette peine inhumaine, cruelle et dégradante. Selon les données connues en 2020, 16 femmes ont été exécutées dans le monde et 7 pays comptaient au moins une femme dans les couloirs de la mort.
En France, les témoignages puissants de Susan Kigula, ancienne condamnée à mort en Ouganda, Antoinette Chahine, ancienne condamnée à mort au Liban et Sandrine Ageorges-Skinner, épouse de Hank Skinner, condamné à mort au Texas, ont retenti dans l’enceinte solennelle du Panthéon, face à un public attentif et fortement touché par leurs histoires.
Dans le monde, les voix des militant·e·s, associations, défenseur·euse·s des droits de l’Homme, et des personnalités politiques se sont mêlées pour avancer vers un but commun : l’abolition universelle de la peine de mort. Les performances artistiques, rencontres parlementaires, tables rondes, ou ateliers de sensibilisation auprès de la nouvelle génération abolitionniste ont été autant d’évènements fédérateurs qui ont laissé entrevoir les prémices d’avancées concrètes dans le combat contre la peine de mort, notamment en Mauritanie, où les termes « peine de mort » sont apparus pour la première fois de manière explicite dans une manifestation.
ECPM salue l’implication de l’ensemble de la communauté abolitionniste lors de cette 19e Journée mondiale contre la peine de mort dédiée à la condition des femmes, et remercie ses partenaires pour leur coopération et leur engagement dans l’organisation de nos manifestations communes.
Les données concernant les femmes condamnées à mort, exécutées, innocentées ou graciées demeurent rares et peu étudiées, et ces dernières continuent de souffrir des discriminations liées au genre dans la détermination de la peine et les conditions de détention. Ces discriminations sont intersectionnelles et peuvent être renforcées selon l’âge, l’orientation sexuelle, l’origine ou le handicap de la concernée. Ces femmes sont souvent victimes de violences sexistes et sexuelles constituant des circonstances atténuantes essentielles, qui ne sont pourtant pas prises en compte pendant le procès.
Si, de manière générale, les femmes sont moins souvent condamnées à mort que les hommes, elles sont plus nombreuses dans les couloirs de la mort pour certaines catégories de crimes comme l’adultère ou la sorcellerie, ce qui est révélateur de schémas de condamnation basés sur le genre, selon la Coalition mondiale contre la peine de mort. La réalité est plus accablante encore, car certains pays ne partagent pas de statistiques par genre (voir l’infographie).
Cette année, ECPM relance les discussions sur le vécu spécifique des femmes, initiées à l’occasion du 7e Congrès mondial contre la peine de mort de Bruxelles. Rejoignez le mouvement pour défendre les droits des femmes condamnées à mort et consultez le rapport de nos activités ci-après.
9 octobre – 11h – Marrakech :
A la veille de la journée mondiale contre la peine de mort, ECPM était à Marrakech pour soutenir une initiative citoyenne intitulée « le droit de vivre » résidant dans une exposition, un livre et des animations pour l’abolition de la peine de mort. ECPM est intervenue lors de la conférence de lancement.ECPM a pu échanger avec différents acteurs y compris des artistes, psychologues et philosophes. ECPM a assisté à la conférence qui était organisée l’après-midi lors de laquelle Ahmed Haou, ancien condamné à mort au Maroc a livré son témoignage et a été ovationné. ECPM a enfin visité l’exposition « Le droit de vivre » en compagnie d’Ahmed Haou.
Nouzha Skalli (Réseau des parlementaires contre la peine de mort) et Abderrahim Jamaï (CMCPM)Organisation : Driss El Yazami, Younès Ajarraï, Mahi BinebineInitiative soutenue financièrement par ECPM, contribution écrite de Raphaël Chenuil-Hazan au livre publié
10 octobre – Rabat : Sit-in annuel devant le Parlement pour la Journée mondiale contre la peine de mort, organisé par la CMCPM.
14 octobre – 10h – Rabat (siège du CNDH) :
Dans le cadre de la 19e Journée mondiale contre la peine de mort, une conférence de presse était organisée dans les locaux du CNDH à Rabat le 14 octobre 2021. La thématique choisie par la Coalition mondiale contre la peine de mort cette année était « Les femmes et la peine de mort : une réalité invisible ». L’événement était modéré par un journaliste d’une chaine de télévision marocaine. Différentes prises de parole se sont succédées. Mme Amina Bouayach, Présidente du CNDH, a réitéré l’engagement du CNDH contre la peine de mort et a appelé les autorités marocaines à aller vers l’abolition totale. Organisation : CMCPM, le CNDH, l’OMP et ECPM, et vernissage de l’exposition de la 4e édition du concours d’affiches « Dessine-moi l’abolition ».
Du 14 au 31 octobre – Rabat (Hall du CNDH) : L’exposition de la 4e édition du concours international d’affiches graphiques « Dessine-moi l’abolition » a été exposée au CNDH dans le cadre de la Journée mondiale. Le vernissage a eu lieu le 14 octobre, après la conférence de presse au CNDH. Un jeune marocain figurait parmi les 50 lauréats et lauréates de cette édition du concours.
Organisation : ECPM et le RIEA.
16 octobre – Casablanca (Siège du CRDH de Casablanca-Settat) : Premier café philosophique organisé au Maroc par la CMCPM, l’OMP, le CNDH et ECPM. L’exposition de la 4e édition du concours de dessins a été déplacée du CNDH au siège du CRDH où se tenait le café littéraire pour la journée.
Modération : Mme Zbaghdi (Fondation Seve Maroc)
Témoignage : Mme Fatima Goud ancienne femme condamnée à mort au Maroc graciée en 2019
À partir du 18 octobre – Casablanca (école des Beaux Arts, collèges et lycées) : Interventions scolaires encadrées par un artiste, un membre de la CMCPM et de l’OMP.
Organisation : CMCPM, OMP, CNDH et ECPM. Artistes encadrant·e·s : Youssef Saadoun et Narjiss El Joubari,
26 ou 28 octobre – Rabat (siège du CNDH) : Atelier de dessins avec 3 groupes du Collège Les Iris.
9 octobre – Nouakchott (Hôtel Monotel) : Projection-débat de La Larme du Bourreau, documentaire de Layth Abdulamir.
Première fois qu’un événement faisant apparaitre le terme « peine de mort » de manière explicite peut se produire en Mauritanie. Le ministère de la Justice de Mauritanie a invité les magistrats à se rendre à cet événement.
Organisation : Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH) et ECPM
14 au 16 octobre – Tunis : Cycle de projections de films sur la peine de mort et exposition de la 5e édition du concours international d’affiches contre la peine de mort « Dessine-moi l’abolition ». Trois jours d’événements, malgré un contexte politique très compliqué (état d’exception décrété à l’été 2021 par le Président Kaïs Saïed).
Organisation : ECPM, la CTCPM et les associations membres, en partenariat avec le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme à Tunis.
Bukavu : Atelier de réflexion à destination des étudiants et de la société civile, organisé par l’association AJPD-RDC.
Première activité soutenue par ECPM dans cette région de RDC, l’atelier a vu la participation de plus de 50 étudiants des universités de Bukavu et de représentants d’organisations de la société civile. L’atelier, inauguré par le Commissaire provincial en charge de la justice Byabagabo Nkubabana Wagahuma, vise à permettre la mise en place de clubs abolitionnistes. Ces clubs œuvreront notamment à travers des étudiants ambassadeurs pour construire, structurer et pérenniser le plaidoyer au sein des universités.
Kinshasa : Conférence organisée par Culture pour la paix et la justice (CPJ).
Maroua : Atelier avec les avocat(e)s de femmes passibles de la peine de mort organisé par l’association Droit et Paix
6 et 7 octobre – Bafoussam : Ateliers de renforcement des organisations de la société civile (6 octobre) et des acteurs judiciaires (7 octobre) sur la peine de mort et la nécessité de son abolition. Ces ateliers ont vu la participation enthousiaste de respectivement 15 membres d’organisations de la société civile, défenseurs des droits de l’Homme et journalistes et 20 acteurs judiciaires (magistrats, avocats). A notamment été présentée aux participants la mission d’enquête dans les couloirs de la mort au Cameroun, réalisée par ECPM en partenariat avec l’organisation Droit et paix et le Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort.
Organisation : AVUDFE (association financée dans le cadre du dispositif de financement aux tiers)
7 octobre – Douala (siège de l’AVUDFE) : La presse a été mobilisée pour annoncer la tenue d’un atelier de renforcement des capacités des acteurs judiciaires sur la peine de mort et la nécessité de son abolition le 7 octobre 2021 à Bafoussam. A travers cet exercice, l’AVUDFE a également cherché à mobiliser le grand public contre la peine de mort en exposant l’argumentaire, et rappelant que si le Cameroun n’a procédé à aucune exécution depuis 1997, l’actualité continue régulièrement d’être marquée par des condamnations à mort. Les organisateurs ont insisté sur le cas des femmes condamnées à mort, s’inscrivant dans la thématique de la 19ème journée mondiale contre la peine de mort, et sur le fait que l’existence légale et en pratique de la peine capitale continue et ne se justifie plus au regard de la tendance abolitionniste forte et inéluctable.
Organisation : association AVUDFE avec le soutien de ECPM et Droits & Paix. Intervenant : Me Nestor Toko
9 octobre – 20h30 à 22h00 – en ligne : Projection-débat en ligne du documentaire Menunggu Masa avec les interventions des réalisateurs Seria Sacha et Sherrie Razak Dali, organisée par ADPAN
15 et 16 octobre – 10h à 16h – Kuala Lumpur : Consultations et sessions stratégies avec les avocats et autres forces abolitionnistes de Malaisie, avec les interventions d’avocats abolitionnistes et autres abolitionnistes, organisé par ADPAN
23 octobre – 11h à 12h30 – en ligne : Webinaire avec TAEDP : le rôle des avocats dans la campagne contre la peine de mort, avec les interventions de Li Xuanyi et Suzana Noorlihan, avocats et proches de condamnés à mort, organisé par ADPAN et TAEDP
30 octobre – 11h à 12h30 – en ligne : Forum en ligne de discussion avec d’anciens condamnés à mort, organisé par ADPAN et TAEDP
10 octobre : pour commémorer la Journée mondiale contre la peine de mort, la KontraS, la Commission pour les disparus et les victimes de violence a lancé un rapport sur la situation de la peine de mort en Indonésie.
Fin octobre : Plaidoyer et campagne de sensibilisation, organisée par KontraS
Retrouvez notre article sur la Journée Internationale des droits des femmes
Le 10 décembre 2021, l’AMDH avec le soutien d’ECPM a organisé une conférence à l’occasion de la Journée internationale auprès de près de 50 étudiants en Université à Nouakchott du l’Université. Cette Conférence avait pour sujet général était les mécanismes de promotion des droits de l’Homme en Mauritanie et la question de la peine de mort a été largement abordée. ECPM soutenait cette activité dans le cadre du projet dans le cadre du projet « Renforcer les avancées vers l’abolition de la peine de mort » cofinancé par la Norvège et l’Agence Française de Développement.
Quatre conférenciers ; le directeur de la Législation au sein du ministère de la justice, trois professeurs d’Universités dont 1 professeur de droit constitutionnel et une sociologue et un avocat sont intervenus successivement pour présenter différents sujets relatifs aux droits de l’Homme.
Le directeur de la législation a mis l’accent sur la hiérarchie des normes et l’importance de l’application des règles et une bonne interprétation des conventions internationales. Il a parlé de la rationalisation des réserves sur les conventions internationales.
Le professeur de droit constitutionnel est revenu sur l’importance de la justice administrative dans la protection des droits de l’Homme. Il a parlé de l’utilité ou de la nécessité de procéder par recours en annulation, demande d’indemnisation, sans oublier le contrôle constitutionnel. Il est revenu sur les garanties constitutionnelles pour une lecture transparente des décisions juridiques et l’interprétation des conventions.
La sociologue a mis l’accent sur la place de la femme dans la société mauritanienne et les obstacles qui empêche son développement, a mis l’accent sur l’insuffisance du cadre législatif sur la protection des femmes contre les violences, l’intrusion de la religion dans son développement, son absence d’autonomie intellectuelle. En particulier l’absence d’accès aux postes à responsabilité.
L’avocat est revenu sur le rôle des peines alternatives et notamment les peines alternatives à la peine de mort. Il a mis l’accent sur la non applicabilité des décisions de justice fondées sur la Charia. Il a souligné le rôle des peines alternatives est la réinsertion de l’accusé dans la société en particulier les mineurs.
Les débats qui ont suivi les présentations ont été particulièrement riches. Ont notamment été soulevées des questions concernant le moratoire sur l’application de la peine de mort et sur le contenu du droit. En effet, en Mauritanie la loi est d’abord écrite en français puis traduite en arabe et la traduction arabe n’est souvent pas la même que la version française.
Le 9 octobre 2021, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, l’AMDH et ECPM ont organisé une projection-débat autour du film La larme du bourreau de Layth Abdulamir dans le cadre de leur projet conjoint ; Renforcer les avancées vers l’abolition de la peine de mort soutenu par la Norvège et l’Agence française de développement. Après des interventions orales des représentants d’ECPM et de l’AMDH, les participants ont été invité à visionner le film puis ont contribué à un riche débat autour du thème le droit à la vie nous concerne tous.
Des acteurs de la chaine pénale ; avocats et magistrats mais aussi des représentants de la société civile, du bureau du Haut-commissariat aux droits de l’Homme en Mauritanie, parlementaires étaient présents.
Les interventions se sont succédé pour rappeler que la Mauritanie n’avait pas connu d’exécutions depuis 1987 mais que les magistrats continuaient de prononcer des condamnations à mort. Des intervenants ont souligné la question des erreurs judiciaires, de l’absence d’effet dissuasif, le fait que la peine de mort touchait avant tout les personnes les plus démunies. Certains parlementaires ont précisé que les crimes passibles de la peine de mort en Mauritanie n’étaient pas tous une intégration de la Charia et que c’était notamment le cas des crimes de trahison. Les représentants de la société civile présents ont appelé à la coalition des acteurs abolitionnistes pour renforcer le plaidoyer visant à aller progressivement vers l’abolition de la peine de mort.
Le 3 novembre 2021, KontraS, en partenariat avec ECPM, a organisé à Jakarta une conférence nationale intitulée « Étudier la menace de la peine de mort pour les groupes vulnérables ». Des membres de la Chambre des représentants indonésienne, des représentants du ministère du Droit et des Droits de l’homme, le médiateur, des ONG, des familles de victimes, les médias et d’autres parties prenantes était invité.e.s afin de discuter de l’application de la peine de mort au niveau politique et technique.
La nécessité d’éduquer le public sur la peine de mort ne peut être séparée du rôle des médias, qui informent le public sur ce qui se produit dans le processus de la peine de mort. C’est pourquoi, KontraS et ECPM ont organisé des activités de formation destinées aux médias et aux journalistes, pour leur enseigner à raconter la peine de mort et à travailler main dans la main avec les associations abolitionnistes lorsqu’ils mènent des campagnes sur le sujet. L’activité s’est déroulée sur une journée, le 4 novembre, avec des participants provenant des régions d’Indonésie où le nombre de condamnés à mort est le plus élevé, à savoir Sumatra Nord, Java Ouest, Java Centre, Sumatra Sud et DKI Jakarta.
Après un parcours dans l’évènementiel corporatif, Ramla Liatouji a mis son expertise au service de causes engagées et, notamment, de l’abolition universelle de la peine de mort. Un premier congrès à Oslo en tant que responsable de la production logistique l’encourage à se lancer dans la coordination du Congrès Africain contre la peine de mort à Abidjan en 2018, puis du 7e Congrès mondial à Bruxelles en 2019. Elle revient aujourd’hui sur son expérience et ses ambitions pour cette 8e édition, érigée pour « poursuivre le combat de l’abolition dans un monde ponctuellement décontenancé par une pandémie qui fragilise davantage la question des droits fondamentaux tels que la peine de mort ». En savoir + sur les Congrès mondiaux d’ECPM
Ramla Liatouji, vous étiez la responsable de la production logistique lors du 6e Congrès mondial à Oslo, et la coordinatrice du 7e Congrès mondial contre la peine de mort de Bruxelles ; comment les choses ont elles évolué d’un congrès à l’autre ?
Ma première collaboration avec ECPM a été une révélation puisque j’ai compris qu’il y avait beaucoup à faire concernant la cohésion des différents publics, et ce, à une échelle internationale. C’est comme ça que l’aventure avec ECPM a commencé en 2016 avec le congrès d’Oslo !
Je me sentais un peu à l’étroit dans la gestion opérationnelle et j’avais très envie de m’engager dans la coordination des programmes. En 2018, je suis donc revenue chez ECPM pour coordonner le congrès régional d’Abidjan, où j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec les équipes d’ECPM et tous ses partenaires. Ce qui était intéressant pour moi, c’était de voir les retombées concrètes en termes de plaidoyer menant à une abolition, or, le Congrès d’Abidjan a permis une progression décisive en Afrique de l’Ouest, notamment par l’abolition de la peine de mort au Tchad.
Le 7e Congrès mondial de Bruxelles qui a suivi en 2019 a permis à ECPM d’asseoir sa légitimité à une échelle mondiale, grâce à la coopération active des Etats, des organisations intergouvernementales et des ONG orchestrée par ECPM. La fréquentation a été importante et la mobilisation politique très aboutie. Mesurer cette dimension de progression a été pour moi une vraie source de satisfaction, et a conforté la décision de poursuivre mon engagement abolitionniste.
Cela était sans compter sur les difficultés auxquelles nous devrons faire face dans un contexte de crise sanitaire, en vue de l’organisation du prochain Congrès mondial accueilli par l’Allemagne. Cette situation nous demande évidemment beaucoup plus de vigilance et d’efforts pour rassembler et redynamiser la communauté abolitionniste. Nos partenaires des pays du Sud ayant subi un net ralentissement dans la poursuite de leurs actions dans ce nouveau contexte délétère pour les échanges internationaux. Selon moi, l’enjeu à Berlin sera de conforter la cohésion internationale de la communauté abolitionniste et de faire de Berlin 2022 le 1er évènement post-Covid d’envergure. Ce travail réunit les équipes permanentes d’ECPM et les équipes congrès, qui rejoignent l’association pour pouvoir co-construire avec nos partenaires cet évènement devenu incontournable pour tous.tes les militant.e.s impliqué.e.s dans notre cause. Il est indispensable de relancer cet élan pour poursuivre le combat de l’abolition dans un monde ponctuellement décontenancé par une pandémie qui fragilise davantage la question des droits fondamentaux tels que la peine de mort.
En juillet justement vous avez fait une première mission à Berlin, ville qui accueillera le prochain Congrès, où en sommes-nous dans les préparatifs ?Effectivement, nous avons réalisé une mission très productive à Berlin autour de la mi-juillet avec Raphaël Chenuil-Hazan (Directeur exécutif d’ECPM) et Nicolas Perron (Directeur des programmes). Nous avons tous les trois eu un vrai coup de cœur pour un lieu ciblé pour accueillir les 3 jours de conférences et de rencontres, très différent de ce que l’on a pu connaître jusque-là.
C’est un lieu qui nous ressemble et qui rassemble les valeurs et les codes de la société civile, et qui est véritablement représentatif de ce que peut être la ville de Berlin dans la conscience collective. À savoir une ville culturelle, responsable, à la pointe des prérogatives actuelles en termes de respect de l’environnement et des droits, dans une démarche de valorisation de la jeunesse qui est récurrente et qui monte en puissance dans nos thématiques congrès.
Le 8e Congrès mondial contre la peine de mort aura donc lieu du 16 au 18 novembre 2022 au Radial System-V, la cérémonie d’ouverture dans la prestigieuse salle Pierre Boulez, et la cérémonie de clôture à l’hôtel de ville de Berlin. Je vous encourage à venir, parce que ça va être vraiment bien !
Quelles sont vos ambitions pour le 8e Congrès mondial contre la peine de mort à Berlin ?Elles sont multiples : d’abord, raviver la flamme abolitionniste après une période de défiance. J’ai envie de donner à toutes les parties prenantes l’envie de continuer avec encore plus de vigueur et de conviction. Ensuite, il y a la thématique de la jeunesse, qui sera traitée d’une manière originale pour notre organisation : au-delà de la mission d’éducation et de sensibilisation chère à ECPM, j’ai eu envie de proposer une démarche un peu innovante. À un peu plus d’un an du prochain congrès, nous avons donc lancé le « Abolition Now Tour » ! Il s’agit d’une consultation auprès de jeunes adultes afin d’ouvrir un nouveau dialogue, dans une démarche très inclusive. L’objectif est d’aller chercher, dans 6 pays non-abolitionnistes, la parole et les propositions des jeunes qui participeront à des ateliers collaboratifs ayant pour vocation de stimuler l’intelligence collective en vue de décliner un plan d’actions stratégiques tel qu’ils·elles l’auront imaginé, pour faire avancer la cause abolitionniste localement.
Ces 6 pays sont le Maroc, la République Démocratique du Congo, le Kenya, l’Indonésie, le Liban ou la Jordanie, et les États-Unis. Ces jeunes formeront donc des délégations abolitionnistes qui seront invité.e.s au congrès de Berlin à venir restituer leurs travaux, parler de leur vision, échanger les bonnes pratiques, stimuler la communauté senior… En bref, donner un nouveau souffle à la communauté et engager de nouvelles démarches stratégiques en adéquation avec notre temps et nos moyens d’interactions (activation de réseaux sociaux, techniques innovantes de mobilisation, inclusion RSE…). C’est un projet qui a pour vocation d’essaimer dans les régions rétentionnistes.
Ce genre de grand rendez-vous est-il toujours nécessaire ?
Oui je le crois sincèrement. Ce qui m’a beaucoup séduite dès mon premier congrès à Oslo, c’était d’être témoin du travail de cohésion avec les différents corps de la société, que ce soit des responsables politiques, des acteurs économiques – car la question « business et droits humains » est bel et bien au cœur de la thématique du congrès de Berlin – ou la société civile. Nous intégrons aussi toujours la question de l’intersectionnalité et celle des LGBTQIA+, qui font intervenir, par conséquent, des publics de plus en plus variés.
Retour en images sur le 7e Congrès mondial contre la peine de mort, en 2019, à Bruxelles :
Visitez la version numérique de l’exposition sur www.portraits.ecpm.org
Leurs travaux se sont croisés pour la première fois lors d’un événement organisé à l’occasion d’une précédente journée mondiale contre la peine de mort (qui a lieu tous les 10 octobre), lors de laquelle Mido a illustré, depuis l’autre bout du monde et avec un trait qui lui est propre, les portraits de la série de Christophe, « Des visages et des peines ». D’un bout à l’autre du globe, ils se sont confiés à ECPM à propos de leurs démarches artistiques et militantes.
Comment vous êtes-vous intéressé au sujet de l’abolition universelle de la peine de mort ?
Christophe Meireis : J’ai toujours été intéressé par les droits de l’Homme, d’ailleurs je travaille aussi régulièrement avec Amnesty. J’ai d’abord réalisé des portraits de l’équipe d’ECPM, qui en avait besoin pour la communication. Ensuite, j’ai fait le reportage photo pour le congrès d’Oslo, et de rencontres en rencontres, l’idée m’est venue de faire le portrait d’ancien.ne.s condamné.e.s.
Mido : En 2019, l’Alliance Tawaïnaise pour l’Abolition de la Peine de mort (TAEDP) m’avait invitée à prendre part au projet Facing the Death Penalty. Nous exposions des photographies dans des cafés, c’est comme ça que j’ai eu l’idée de peindre le visage de personnes concernées par la peine de mort, ainsi que leurs confessions, sur une série de dessous de verres. Récemment, j’ai participé à une campagne pour mettre hors de cause CHIOU Ho-shun, condamné à mort à Taïwan. Il est très important pour moi de porter la voix des opprimé.e.s et de celles et ceux que l’on réduit au silence grâce à mes illustrations ; c’est un honneur de travailler avec les partenaires de la JRF.
Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué dans ce sujet, quelque chose auquel vous ne vous attendiez pas ?
Christophe Meireis : quand on ne s’intéresse pas au sujet, on pense qu’un.e condamné.e à mort a forcément commis des crimes graves, horrifiants, alors que souvent les gens sont condamnés pour des raisons politiques, pour homosexualité, pour le simple fait de s’opposer au régime en place. La peine de mort est une arme utilisée par beaucoup d’États.
Mido : J’ai moi-même rencontré certain.e.s condamné.e.s à mort, et j’ai compris que leur tristesse passée ne fait aucune différence avec nous. Je suis, vous êtes eux. Comme nous, ils et elles ont leurs inquiétudes quotidiennes, sont traversés par divers sentiments. Leur vie n’est pas si différente de la nôtre.
Christophe, comment est née l’idée de la série Les visages de l’abolition ? Qu’avez-vous souhaité montrer au grand public à travers ces portraits ?
Christophe Meireis : À Oslo, lors du Congrès mondial contre la peine de mort, où j’ai eu l’occasion de faire le portrait de Peter Pringle et Sunny Jacobs. Puis j’en ai rencontré plusieurs, nous avons parfois déjeuné ensemble et je me suis imprégné de leurs histoires. En tant que photographe portraitiste, toutes les conditions étaient réunies pour donner du sens à ces portraits. Quand tu découvres toutes ces injustices, toutes ces condamnations incompréhensibles, ça te touche et tu as envie que tout le monde le sache. J’accompagne toujours cette série d’une citation forte à côté, pour interpeller le public par l’histoire de chaque sujet. Je voulais que les gens aient accès à cette information, de la même manière que je l’ai reçue à un moment donné.
Dans cette série, on sent une certaine émotion dans les regards de vos sujets, comment s’est passée la rencontre avec eux ?
Christophe Meireis : Mon travail de portraitiste, ce n’est pas seulement de faire une belle photo, mais aussi d’obtenir de la personne ce que j’ai envie : pour cela, il faut prendre le temps de faire connaissance, et parfois, lors des prises de vue, tout se joue sur un détail très subtil : une inclinaison de visage, un regard…Parfois, sur quarante prises de vues, une seule sera intéressante. Certains sujets sont plus à l’aise que d’autres, alors lorsque c’est plus difficile, je leur propose de penser très fort à leur citation, de s’immerger dans leur histoire, de se replonger dans le sujet pour lequel je les photographie. Enfin, il y a une part de chance : certain.e.s sont très expressif.ve.s et donnent ce dont tu as besoin sans que tu aies à lutter pour. C’est toute la magie du portrait.
© Mido
© Christophe Meireis
© Christophe Meireis
© Mido
© Mido
© Christophe Meireis
© Christophe Meireis
© Mido
Pouvez-vous nous expliquer votre démarche créative : choix du fond noir, gestion de la lumière, position des sujets…
Christophe Meireis : Au départ, je voulais jouer avec l’environnement dans lequel on se trouvait, chez eux, dans leurs pays… mais finalement ça n’a pas été possible : souvent, on était sur des congrès, dans des salles qui avaient peu de charme. J’avais aussi peur qu’en jouant avec le décor – ce que je fais beaucoup en presse magazine – l’œil soit trop attiré par la mise en scène, les objets sur la photo, et que l’on se détache du modèle. En concentrant la lumière sur le visage, en ayant un fond noir, on pouvait créer une série uniforme et cohérente et enlever tous les éléments qui nos éloignent du sujet pour se concentrer uniquement sur leur regard. Il se passe quelque chose dans leurs yeux, on se retrouve face à eux. À chaque fois que je les rencontre, je suis face à eux, ils me racontent leur histoire et une certaine sympathie se créé. Je souhaite que le spectateur ressente par procuration ce que j’ai vécu en les rencontrant : être seul face à eux, sans fioritures.
Mido, qu’est-ce qui vous a donné envie d’illustrer les portraits réalisés par Christophe Meireis ?
Les portraits de Christophe Meireis m’ont fait réfléchir aux rencontres que chacune de ces personnes avaient pu faire dans leurs vies, aux expériences qu’ils et elles avaient vécu. Je ne voulais pas que le grand public s’en souvienne avec tristesse. Pour mieux connaître une personne, j’aime observer les couleurs qu’elle porte. Pour mes illustrations, j’ai donc pris en considération les couleurs que ces personnes avaient choisi lors des prises de vue. J’espère que ces couleurs gaies et accrocheuses attireront l’attention du public et suscitera son intérêt.
Christophe, que pensez-vous du travail de Mido, l’artiste Taïwanaise qui a illustré vos portraits ? Avez-vous eu l’occasion d’échanger ?
Christophe Meireis : Non, malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer, mais ses illustrations sont très réussies. Son trait de crayon a un côté un peu naïf, presque enfantin par moments, qui correspond à la culture taïwanaise. Lorsque l’on se promène dans Taïwan, dans le métro par exemple, souvent on aperçoit des petits personnages comme dans une BD et on retrouve cet esprit dans ses dessins. Elle nous propose une vision différente qui est réellement imprégnée de sa culture.
Votre exposition sera de retour à Paris, sur les grilles de l’Hôtel de Ville, et aux Transphotographiques de Lille pour les 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France, quelle réaction attendez-vous de la part du public ?
Christophe Meireis : J’ai envie que l’exposition serve d’outil pédagogique, que le public se rende compte que les condamné.e.s à mort sont comme tout le monde, et que demain, ça peut être nous. Il suffit parfois d’être au mauvais endroit au mauvais moment. En 2021, il y a encore des gens qui disent « Non, je ne suis pas pour la peine de mort MAIS… », d’autant plus avec le retour du populisme, et ce n’est pas acceptable.
Pour terminer, souhaitez-vous nous partager une anecdote sur votre travail, ou nous transmettre un message important pour vous ?
Christophe Meireis
J’aimerais insister sur une chose, qui m’a grandement marqué : dans 100% des cas, je n’ai jamais vu de haine dans les yeux ou dans les propos de ces grandes figures de l’abolition. Jamais ils ou elles n’ont d’envie de vengeance après les institutions qui les ont condamnés. Si ils ou elles sont capables de pardonner, alors nous aussi.
Mido
J’aimerais vous présenter CHIOU Ho-shun, que j’ai mentionné au début de l’interview. C’est un homme condamné à mort qui a passé 33 ans derrière les barreaux, c’est-à-dire plus de la moitié de sa vie, pour un crime qu’il n’a pas commis. Sa sentence est majoritairement basée sur des aveux arrachés sous la torture.
Sa santé se détériore, la menace de la mort pèse sur ses journées car l’exécution peut avoir lieu à tout moment. En tant que conservatrice de musée, j’ai organisé une exposition pour lui avec mon équipe, « Haiwang Tianguan 海旺天光 »,en 2020. On ne cherche pas seulement à attirer l’attention sur cette affaire, on souhaite que plus de personnes se rassemblent autour de son histoire et le soutiennent. L’exposition a eu lieu dans trois villes de Taïwan, dont la sienne, et est encore exposée. Pour en savoir plus sur l’histoire de CHIOU Ho-shun, vous pouvez regarder cette vidéo et signer une pétition pour lui.
Retrouvez tous les portraits et illustrations de Christophe Meireis et de Mido au fil de nos campagnes sur instagram, et les portraits lors de l’exposition Les Visages de l’Abolition, sur les grilles de l’Hôtel de Ville de Paris, du 8 octobre au 1er novembre 2021 et en ligne sur www.portraits.ecpm.org.— ECPM (Ensemble contre la peine de mort) (@AssoECPM) October 11, 2021
— Raphael ChenuilHazan (@chenuilhazan) October 9, 2021
— Jean-Luc Romero-Michel (@JeanLucRomero) October 8, 2021
— Le Monde (@lemondefr) October 9, 2021
— S Ageorges-Skinner (@AgeorgesSkinner) October 9, 2021
— Virginie Herz (@Virginie_Herz) October 10, 2021
— Charlotte Soulary (@lotcharlot) October 10, 2021
— Delphine Borione (@delphborione) October 9, 2021
— ECPM (Ensemble contre la peine de mort) (@AssoECPM) October 7, 2021
— Council of Europe DG #HumanRights and #RuleofLaw (@CoE_HRightsRLaw) October 6, 2021
Retrouvez notre chronologie des faits et les 10 infos-clés sur les Français condamnés à mort dans le monde dans notre communiqué.
Abonnez-vous à notre newsletter pour découvrir nos actions sur le terrain