Ce rapport est issu d’une mission d’enquête réalisée au Cameroun entre mars et octobre 2025 par l’association camerounaise Droits et Paix, le Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (RACOPEM) et ECPM. Les équipes d’enquêteurs ont visité 10 prisons, rencontré 45 personnes condamnées à mort et 6 membres du personnel pénitentiaire.
Un usage politique de la peine de mort depuis l’indépendance au Cameroun
En retraçant les grandes étapes de l’histoire de la peine de mort au Cameroun, le rapport montre comment la peine capitale dès l’Indépendance, n’a cessé d’être mobilisée comme un instrument de contrôle et de légitimation du pouvoir.
L’évolution de la peine de mort au Cameroun demeure difficile à appréhender, tant le manque de transparence des autorités sur le sujet est marqué. Cette opacité, qui semble participer d’une volonté de maintenir le secret autour des condamnations à la peine de mort, limite fortement l’accès à des données fiables. Lors de l’examen du rapport de l’État du Cameroun lors de la 67e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) en 2023, les autorités ont néanmoins indiqué qu’au 31 octobre 2020, 120 personnes étaient sous le coup d’une condamnation à mort, dont 80 hommes camerounais, 36 hommes étrangers et 4 femmes. Selon un suivi réalisé par Droits et Paix et le RACOPEM, 105 personnes seraient condamnées à mort dans les prisons camerounaises à la fin de 2025, dont au moins 1 femme.
La chaîne pénale camerounaise : un enchaînement de trous noirs
Les récits des personnes rencontrées se suivent et se recoupent : du moment de l’arrestation jusqu’à l’exercice des voies de recours, le parcours pénal des personnes condamnées à mort se déroule dans un cadre où les enquêtes sont fréquemment menées sous la contrainte, où l’assistance juridique demeure largement illusoire, où la contestation des charges est souvent impossible, et où des dossiers restent sans traitement pendant des années.
Le rapport revient en détail sur les défaillances structurelles de la chaîne pénale camerounaise, à travers plusieurs témoignages et études de cas documentant les atteintes au droit à un procès équitable. [Voir p. 52 – 71].
Des conditions de détention précaires et inéquitables
« Ici, sans argent, tu n’as droit à rien. » Kelvin, incarcéré à Buea.
Il n’existe aucune prison spécifiquement dédiée aux personnes condamnées à mort. Bien que les autorités camerounaises ne fournissent aucune donnée sur les lieux dans lesquels elles sont incarcérées, la société civile estime que les personnes condamnées à mort sont disséminées dans une cinquantaine d’établissements, sur les soixante-seize que compte le pays. Lors de ses visites dans dix prisons situées en zones francophone et anglophone, la mission d’enquête a pu constater la présence de condamnés à mort dans huit d’entre elles.
Dans ces lieux de détention, la surpopulation, l’insalubrité, la pénurie alimentaire et l’accès très limité aux soins – y compris psychiatriques – façonnent un environnement où la souffrance devient une expérience quotidienne, faite d’usure, de détresse et d’abandon. Les témoignages recueillis auprès des personnes condamnées à mort révèlent une peur constante, des atteintes physiques et mentales persistantes, et le sentiment, largement partagé, d’avoir été oubliés par l’État.
À propos de Droits & Paix
Droits et Paix est une association camerounaise fondée en 2005 qui agit pour le respect, la promotion et la protection des droits humains fondamentaux et des libertés ; la promotion d’une culture de la paix ; œuvrer pour l’humanisation et l’amélioration des conditions de détention. Elle mène en particulier un travail de plaidoyer et sensibilisation en faveur de l’abolition de la peine de mort, la lutte contre la torture, la promotion et vulgarisation des droits humains ainsi que des actions d’assistance juridique auprès de détenu.es.
À propos du RACOPEM
Droits et Paix a été à l’initiative de la création du Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (RACOPEM) et de la Coalition camerounaise contre la peine de mort. Droits et Paix et ECPM ont déjà élaboré et publié une mission d’enquête sur les conditions de détention dans les couloirs de la mort camerounais en 2019, qui était la première du genre au Cameroun.