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Sandrine Ageorges Skinner

Le climat politique aux USA a des conséquences évidentes sur l’évolution de la peine de mort dans le pays. Si les chiffres confirment la tendance à la baisse des dernières années quant au nombre de condamnations à mort et d’exécutions, ceux-ci révèlent qu’en 2023, et pour la première fois depuis 1976, il y a eu plus d’exécutions (23 hommes et 1 femme) que de condamnations à mort (21). Il s’agit de la 9e année consécutive pendant laquelle les USA ont exécuté moins de 30 personnes. La Floride et le Texas sont responsables de 58% des exécutions en 2023. Des 58 mandats d’exécution actifs en 2023, 48% ont abouti, les 52% restant ont bénéficié de sursis. La durée d’incarcération des condamnations est en forte hausse, 54% de ces condamnés sont dans le couloir de la mort depuis plus de 20 ans. Six des vingt-quatre condamnés exécutés en 2023 étaient dans le couloir de la mort depuis plus de trente ans. 

Un nombre important de dossiers d’innocence ont été très médiatisés et n’ont pourtant pas obtenu de cassation ou de révisions de procès. En 2023, trois condamnés à mort ont été innocentés et libérés, soit un total de 195 condamnés à mort innocentés depuis 1973. La Cour suprême a rejeté un nombre alarmant de recours de condamnés à mort, alors que plusieurs élus d’état, (députés ou sénateurs) et procureurs soutiennent plusieurs dossiers d’innocence au Texas, en Oklahoma et au Mississippi. Les recours en grâce dans les juridictions d’état sont remises en question faute de commissions indépendantes, elles ne portent pas leur fruit et leur travail ne fait l’objet d’aucune transparence et/ou redevabilité.

L’état de Floride a ré-instauré la peine de mort pour les violeurs d’enfant, contrevenant à une jurisprudence de la Cour suprême datant de 2008. Le même état a, par ailleurs, fait un grand pas en arrière en abolissant l’unanimité des jurés requise pour une sentence de mort, celle-ci ne requiert désormais que 8 voix pour et non 12 voix. Ces deux nouvelles lois vont, sans aucun doute, mener à une augmentation des condamnations à mort à venir en 2024.

Toutefois, 50% des Américains estiment que la peine de mort n’est pas requise et/ou appliquée de façon équitable. Le président Biden n’a pas aboli la peine de mort fédérale comme il l’avait promis lors de sa campagne pour l’élection présidentielle en 2020, son ministre de la justice a instauré un moratoire sur les exécutions fédérales. Cette même juridiction a requis et obtenu une condamnation à mort l’an dernier.

L’état d’Arizona a suspendu les exécutions à l’arrivée de la Gouverneure Hobbs et le Gouverneur Shapiro en Pennsylvanie a confirmé le moratoire prononcé par son prédécesseur.

Trois états ont mis on vote un texte de loi visant à interdire la peine de mort pour les handicapés mentaux, l’Arizona, l’Arkansas et le Texas. Pour ces deux premiers états, la proposition de loi a été rejetée, au Texas, la Chambre des représentants a approuvé cette loi qui, pour le moment, reste bloquée en commission sénatoriale et n’a pas encore été soumise au vote du Sénat.

Douze états ainsi que le Congrès ont présentés des lois pour l’abolition, tentatives vaines en Ohio et en Louisiane, les autres juridictions étudient cette question attentivement sans pour autant avoir obtenu de résultats concrets en ce début d’année 2024. L’état de l’Iowa tente de ré-instaurer la peine de mort, après l’avoir abolie en 1965, pour les meurtres de policiers et l’État du Tennessee pour les violeurs d’enfant. La Virginie Orientale souhaite également ré-instaurer la peine de mort après l’avoir abolie en 1965.

Deux problématiques inquiétantes se profilent pour 2024.

D’une part les méthodes d’exécution qui prennent une tournure consternante avec l’exécution de Kenneth Smith en Alabama utilisant l’asphyxie à l’azote, une méthode que les vétérinaires rejettent pour l’euthanasie des animaux et qui n’avait jamais été utilisée sur des êtres humains avant le 25 janvier 2024, une mise à mort qui a duré plus de vingt-deux minutes. La Cour suprême des États-Unis n’a pas accordé de sursis (à six voix contre trois) pourtant justifiable par l’application du 8e amendement de la constitution qui interdit les traitements cruels, inhumains et dégradants. Depuis les états du Nebraska et de l’Ohio envisagent d’adopter ce mode d’exécution, d’autres états semblent s’y intéresser faute de pouvoir se procurer les drogues nécessaires à l’injection létale.

D’autre part, l’incertitude politique règne quant à l’issue des prochaines élections en novembre 2024, la probabilité que les démocrates perdent la Maison Blanche, laisse présager un retour potentiel de Donald Trump pour les républicains, ce qui entraînerait probablement la reprise des exécutions fédérales.

Il y a aujourd’hui 2 331 condamnés à mort aux États-Unis.

Écrire un hommage dans le livre d’or

Je voudrais rendre hommage à M. Robert Badinter. Il était mon ami, un soutien permanent de tous mes combats. En tant qu’ex condamnée à mort dans mon pays, le Liban, j’ai eu l’honneur de le rencontrer à plusieurs reprises et de l’avoir à mes côtés au sein d’ECPM et d’autres prestigieuses ONG. Ses combats pour une justice universelle, pour l’abolition de la peine de mort dans le monde m’ont toujours portée et je m’engage jusqu’à mon dernier souffle à poursuivre nos combats communs. L’esprit de vengeance ne l’a jamais habité. Je partage ce même sentiment avec une force indicible vis à vis de mes bourreaux. Au nom de tous les prisonniers privés de leurs droits, je le remercie d’avoir aussi su consacrer sa vie au respect de leurs conditions de détention. M. Robert Badinter reste et restera à jamais un exemple de justice, d’humanisme qui m’accompagne dans mon combat pour la VIE.

Antoinette Chahine Ancienne condamnée à mort au Liban

La question de l’abolition de la peine de mort était au cœur des préoccupations de cet homme de défense et de politique. Il y croyait et se battait pour la faire reconnaître comme une option pour la France sous le gouvernement du président Mitterrand, dans le berceau de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Pour les opposants à la peine de mort au Maroc, M. Badinter a fait preuve d’un courage historique en l’abolissant en France, permettant de sauver les condamnés de l’enfer du couloir de la mort.

Coalition marocaine pour l’abolition de la peine de mort Extrait d’un communiqué de presse

Robert Badinter, icone du combat pour l’abolition de la peine de mort nous a quittés ! Son engagement déterminé contre la peine de mort continuera à éclairer le chemin de l’ensemble des militantes et militants à travers le monde qui luttent pour l’abolition universelle de cette peine inhumaine et cruelle ! Que son âme repose en paix !

Nouza Skalli ancienne ministre au Maroc, coordinatrice du réseau des parlementaires contre la peine de mort au Maroc

Robert Badinter, Avocat engagé sur tous les fronts de la protection de la vie et de la dignité humaine, Victor Hugo du 20ème et 21ème siècle, Chantre de l’abolition pure et simple, totale et universelle de la peine de mort, votre lutte a fait des émules dans le monde entier.

Liévin Ngondji Lievin Ngondj, avocat et président de l’organisation culture pour la paix et la justice en rdc

Robert Badinter a inspiré des générations entières par son engagement pour l’indivisibilité des droits de l’Homme. Son plaidoyer en faveur de l’abolition de la peine de mort illustre son engagement indéfectible pour un monde où la compassion et la raison triomphent. En sa mémoire, nous célébrons un fervent défenseur de la dignité humaine et l’une des figures qui ont su, par le courage de leurs actes, œuvrer pour une justice qui transcende les frontières et les cultures, une justice des libertés où la vengeance n’a pas de place. Une Justice au service de la Vie. Son nom demeurera gravé dans les annales de l’histoire des combats universels de l’Humanité. Il ne nous quittera jamais.

Amina Bouayach Présidente du Conseil national des droits de l’Homme du Maroc

Dès l’annonce de sa disparition vendredi dernier, le deuil commun a réuni les militant·es abolitionnistes qui ont tenu à rendre hommage au grand avocat qu’était Robert Badinter. Ses paroles emplies de sagesse et d’humanité continuent de résonner au-delà des frontières françaises, et nourrissent encore le combat de celles et ceux qui chaque jour se lèvent avec la volonté de combattre la peine de mort dans leur pays. ECPM a souhaité publier leurs mots et vous invite à remplir le livre d’or mis à votre disposition afin d’unir les forces abolitionnistes autour du souvenir heureux du président d’honneur d’ECPM, Robert Badinter.

Pour écrire un mot d’hommage à Robert Badinter, cliquez-sur le bouton ci-dessous (« Write a new entry ») et complétez le formulaire.

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22 Octobre 2015. Prison Centrale Goma, RDC. © Ben Houdijk / Shutterstock

Mise à jour du 12 février 2024

Le 9 février 2024, lors du Conseil des ministres, la ministre d’Etat, ministre de la Justice, a présenté une note d’information concernant la levée du moratoire et demandé au gouvernement de prendre acte de la requête du Conseil supérieur de défense. Les organisations signataires déplorent cette nouvelle étape appuyant cette annonce.

Les organisations signataires de ce communiqué ont suivi avec stupeur et consternation cette demande lue par monsieur le vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale de la République démocratique du Congo (RDC). Elles dénoncent les conséquences dramatiques d’une reprise des exécutions, dans l’hypothèse où cette proposition venait à être appliquée.

Les organisations signataires rappellent que l’application de la peine de mort n’aura aucun effet sur le terrain en dehors de nourrir des idées fausses et dangereuses selon lesquelles la peine de mort pourrait contribuer à mettre fin à la guerre et aux atrocités à l’Est de la RDC.

La justice ainsi que le rétablissement de l’Etat de droit sont des piliers essentiels pour lutter contre les cas d’impunité. La reprise des exécutions des condamnés à mort marquerait un retour en arrière des plus regrettables au regard des efforts positifs réalisés par les autorités congolaises en vue de l’abolition de la peine de mort depuis l’instauration du moratoire en 2003.

Aujourd’hui, plus de 800 personnes condamnées à mort sont détenues dans les prisons de RDC. En 2022, les tribunaux ont prononcé plus de 163 condamnations à mort. La même année, le pays a voté pour la première fois contre la résolution des Nations unies pour un moratoire universel sur les exécutions.

La lutte contre l’impunité face aux différents épisodes d’instabilité à l’Est demeure le principal argument des autorités. Le Président de la République vient d’être réélu pour un second mandat alors que le pays est en proie à une forte insécurité et instabilité. Nous, les signataires, appelons à la non-instrumentalisation de la peine de mort par des exécutions destinées à instaurer un climat répressif dans ce nouveau mandat.

Ce retour en arrière viendrait également en contradiction avec la tendance actuelle que connaît le continent africain. En 2023, 27 Etats africains avaient aboli la peine de mort en droit. En Afrique centrale, seuls le Cameroun et la RDC n’ont pas encore franchi ce cap.

Les organisations signataires en appellent à la sagesse du Magistrat Suprême et Président de la République qui a fait de la restauration de l’Etat de droit son cheval de bataille avec comme corollaires le respect des droits de l’Homme, dont le premier est le droit à la vie, et la lutte contre l’impunité pour trouver une solution au dysfonctionnement de l’appareil judiciaire.

Signataires

Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran
ACAT Allemagne
ACAT Belgique
Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) Burundi
ACAT Cameroun
ACAT Canada
Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture – Congo
ACAT Espagne-Catalogne
ACAT – France
ACAT Liberia
ACAT Luxembourg
ACAT Madagascar
ACAT République démocratique du Congo
ACAT Suisse
Action des chrétiens pour le développement pour les droits de l’homme-RDC (ACDDHO-RDC)
Action Des Femmes Pour La Protection Et La Défense des Vulnérables (AFPDV), RDC
Action pour la justice, la paix et le développement (AJPD), RDC
Action mondiale des parlementaires (PGA)
AFIA MAMA, RDC
Agir ensemble pour les droits humains (AEDH), France
AJC Bomoko, RDC
Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain- ADHRB
Anti-Death Penalty Asia Network (ADPAN), Malaysia
Association africaine pour la défense des droits de l’homme (ASADHO), RDC
Association marocaine des droits humains, Maroc
Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH), Mauritanie
Avocats sans frontières – France
Barreau de Paris, France                  
Barreau des avocats de Porto Rico
Capital Punishment Justice Project (CPJP), Australia
Centre d’Autopromotion de la Femme et de l’Enfant (CAFEN), RDC
Centre d’éducation et de recherche pour les droits des femmes (CRDF), RDC
Centre d’Observation des Droits de l’Homme et d’Assistance Sociale (CODHAS), RDC
Children Education Society (CHESO), Tanzanie
Coalition allemande pour l’abolition de la peine de mort, Allemagne
Coalition camerounaise contre la peine de mort
Coalition congolaise contre la peine de mort (CCPM-RDC)
Coalition congolaise contre la peine de mort, Congo
Conférence internationale des Barreaux (CIB)
Centre pour les droits des prisonniers (CPR), Japon
Centre pour les droits civils et politiques (CCPR), Suisse
Coalition Marocaine contre la peine de mort, Maroc
Coalition tunisienne contre la peine de mort, Tunisie
Collectif des organisations des jeunes solidaires RDC-COJKESI
Collectif français « Libérons Mumia ! », France
Conseil national des barreaux, France
Commission International des Juristes
Culture pour la paix et la Justice (CPJ asbl), RDC
Droits et Paix, Cameroun
Eleos Justice, Monash University, Australia
Ensemble contre la peine de mort (ECPM), France
Fédération internationale des ACAT (FIACAT), France
Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), France
Fondation FAYETE, RDC
Fondation TALEMBA, RDC
Forum marocain pour la vérité et la justice, Maroc
Foundation for Human Rights Initiative (FHRI), Ouganda
Groupe Lotus, RDC
Hope Behind Bars Africa, Nigeria
Iran Human Rights (IHRNGO)   
Institut pour l’État de droit de l’UIA (UIA-IROL)        
Justice Project Pakistan (JPP)
Kenya Human Rights Commission
Kurdistan Human Rights Association
Kurdistan without Genocide
Legal Awareness Watch Pakistan
Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), Algérie
Ligue pour la promotion et protection des droits de l’enfant (LIPRODEF), RDC
La Ligue des Electeurs, RDC
La Plateforme  des Activistes des Droits de l’Homme de Likasi (PADHOLIK), RDC
L’observatoire Marocain des prisons (OMP), Maroc
Ligue des droits de l’Homme (LDH), France
Mouvement Alerte, RDC
Pax Christi Uvira asbl, RDC
Prisoners’ Future Foundation (PFF), Zambia
Réseau des Associations de Défense des Droit de l’Homme et des Militants Abolitionniste de la Peine de mort  (RADHOMA), RDC
Réseau des avocats camerounais contre la peine de mort (RACOPEM), Cameroun
Réseau des Avocats Contre la Peine de Mort (RACPM), RDC
Réseau des  entrepreneur(es) contre la peine de mort (RECPM), Maroc
Rescue Alternatives Liberia
Solidarité Internationale LGBTQI, France
Synergies Coopération, France
The Advocates for Human rights, USA
Tournons La Page, France
Union Chrétienne pour le progrès et la défense des droits de l’homme- UCPDHO, RDC
Witness to Innocence, USA
Coalition Mondiale contre la Peine de Mort

Infographie – la peine de mort en RDC (2023)
Robert Badinter lors du 1er Congrès mondial contre la peine de mort. Strasbourg, 2001

« Je suis lié à ECPM par deux biais. Le premier est historique, puisque je suis l’un des fondateurs de l’association. J’ai eu la chance de pouvoir créer une structure, et d’en avoir suivi l’évolution sans dévier de son thème de départ. Le second remonte à ma jeunesse. À dix-neuf ans, j’ai fait deux choses importantes : passer le permis et voter socialiste ! Je suis clairement un enfant de 1981, de l’époque Mitterand. Et suivre le discours de Robert Badinter défendant l’abolition de la peine de mort m’a impressionné, c’était formateur politiquement.

Mon souvenir le plus marquant de cette belle aventure : C’est de voir Robert Badinter, lors du premier Congrès mondial contre la peine de mort de Strasbourg, donner un discours vingt ans après celui de l’Assemblée nationale. Je me souviens de sa prestance à la tribune, de son éloquence et de ce silence dans la salle dont il avait capté toute l’attention… C’était fort à vivre !

La présence de Robert Badinter à ce Congrès était d’abord une reconnaissance de notre légitimité, une sorte de transmission de la lutte abolitionniste à notre association. Elle montrait aussi que le combat était encore d’actualité, qu’il n’était pas fini. Symboliquement, il incarne le visage de ce combat en France mais aussi ailleurs dans le monde. »

Olivier Dechaud

Olivier Dechaud, Cofondateur d’ECPM

En 2000, une modeste maison d’édition publiait un livre intitulé « Lettre ouverte aux américains pour l’abolition de la peine de mort ». Écrit par Michel Taube, mis en page par Olivier Déchaud et mis en orbite par Jean-François Daniel, ce sont ce livre et ces trois noms qui sont à l’origine d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

24 ans plus tard, les trois bénévoles du début et les actions de l’association ont pris une ampleur internationale. 

Aminata Niakaté, Robert Badinter, Raphaël Chenuil-Hazan lors de la célébration des 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France à l’Assemblée Nationale, 2021 – Photo Ⓒ Christophe Meireis

Robert Badinter est mort et c’est le cœur de toute la communauté abolitionniste qui s’arrête.

Robert Badinter, Président d’honneur d’Ensemble contre la peine de Mort, que j’ai eu l’honneur de rencontrer était l’infatigable défenseur de l’abolition universelle de la peine de mort. Il a toujours été aux côtés d’ECPM, présent à tous nos congrès et au soutien des actions de notre association, d’une manière ou d’une autre. Bien au-delà de nos frontières, il était également une source d’inspiration pour toute la communauté abolitionniste mondiale. Elle est désormais orpheline de ce mentor.

Son humanisme et sa détermination faisaient de lui le meilleur ambassadeur de cette cause. Nous lui devons l’abolition de la peine de mort en France, que le Garde des sceaux qu’il était a réussi à arracher avec un discours mémorable qui résonne puissamment encore à l’Assemblée nationale, alors même que l’opinion publique y était défavorable.

Témoignage
février 2024
42 ans après l’abolition de la peine de mort en France, Robert Badinter, chef de…

40 ans plus tard, il n’avait rien perdu de cette verve et de cette énergie qui le caractérise. Nous avons toutes et tous été bouleversé·es par son discours magistral prononcé au Panthéon.

Avocat, brillant orateur, il a également porté ce combat dans les prétoires avec le verbe haut et fort. Il a toujours su voir la dignité d’un homme quels que soient son histoire, ses faiblesses ou ses travers. Il ne s’est jamais résigné à accepter « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux ».

Inlassable défenseur des droits et libertés publiques, nous lui devons également la dépénalisation de l’homosexualité. De tous les combats, il avait la laïcité et la lutte contre l’antisémitisme chevillées au corps.

C’est un homme immense que nous avons perdu.

C’est avec beaucoup d’humilité qu’ECPM lui rend hommage.

Aminata Niakaté

Présidente d’ECPM

M. Robert Badinter

Nous venons d’apprendre le décès de M. Robert Badinter, quelle a été votre première réaction face à cette annonce ?

Je ressens une grande tristesse, un sentiment de perte personnelle de vide immense, d’avoir perdu mon maître et, plus largement, de perte pour l’humanité, pour la France, pour nos valeurs, nos convictions, qu’il a accompagnées durant toutes ces nombreuses années d’engagement.

Avez-vous un mot pour décrire quelle personne était M. Badinter pour la communauté abolitionniste ?

Un mot ne suffirait pas à le décrire… Robert Badinter était un homme déterminé. Un homme de conviction. Un homme de savoir, d’intelligence et de raison. Il détestait la violence, la bêtise. Il était aussi un homme de fidélité : fidèle à ses convictions, fidèles aux associations qu’il accompagnait, comme ECPM, il est donc très important d’honorer sa mémoire. Robert Badinter était cette vigie qui nous aidait à garder le cap : c’est maintenant à nous de continuer son combat et de garder le cap vers l’abolition universelle de la peine de mort.

M. Badinter fut un acteur majeur dans l’abolition de la peine de mort en France, mais ses ambitions dépassaient-elles nos frontières ?

Robert est un acteur majeur de l’histoire. Il est une des grandes figures de la Ve République. Il a été le Garde des Sceaux qui a aboli la peine de mort en France, il a été l’avocat qui a combattu dans les tribunaux pour permettre à certains d’échapper à la sentence suprême, il aura fait bouger les lignes sur la dépénalisation de l’homosexualité, sur les travaux d’intérêt général (TIG), les conditions carcérales et finalement sur une certaine idée de la justice et de la prison. Mais surtout, il aura été celui qui a le plus incarné – en France et dans le monde – ce combat pour l’universalité de l’abolition. Ce n’est pas seulement un combat français, c’est un combat international. La peine de mort a été abolie en France en 1981, mais elle continue à être appliquée dans d’autres pays, et Robert Badinter s’est engagé auprès de notre association pour que ce combat dépasse les frontières françaises. Il représentait ce combat de par le monde, il en avait la charge symbolique, et il était incroyable de constater à quel point son nom résonnait auprès des militant·es et des acteurs de l’État de droit et de la justice, même dans le monde non-francophone. Il avait l’habitude de dire « l’État de droit n’est pas l’État de faiblesse. » : j’ai toujours retenu cette phrase comme un mantra.

Depuis 2001, M. Badinter était le président d’honneur d’ECPM, que représentait-il pour les membres de l’association ? Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui aux abolitionnistes ?

Parmi tous les combats que Robert Badinter a mené pour l’État de droit et pour la justice, son combat clé, c’est l’abolition. Il se trouve que c’est, d’une certaine manière, une histoire française : il s’inscrit dans celle-ci comme un élément pivot, ainsi que dans l’héritage de ses illustres prédécesseurs. Victor Hugo, en son temps, avait déjà fait de l’abolition de la peine de mort un combat personnel, pour rendre la France et le monde meilleurs. Il a été suivi d’Albert Camus, qui a été prix Nobel et à son tour, a porté l’abolition de la peine de mort comme valeur suprême. Robert Badinter s’est inscrit dans cette filiation d’humanistes, et nous-mêmes chez ECPM, nous nous sentons les enfants de Robert Badinter, et sans doute un peu les arrières petits-enfants de Victor Hugo et d’Albert Camus. Robert Badinter représentait un immense soutien, un phare pour l’ensemble des militant·es abolitionnistes dans le monde. Au-delà de l’icône, c’est la personne qui nous montrait la direction à prendre. Il était toujours très attentif à la vie d’ECPM, à sa stratégie et ses combats. Il aura ainsi participé à la quasi-totalité des Congrès mondiaux contre la peine de mort, organisés par notre association.

Est-ce qu’on peut dire qu’ECPM est un peu un enfant de Robert Badinter ? La peine de mort a été abolie en France en 1981, ECPM naît presque 20 ans après, comment ce cheminement-là s’est fait et en quoi sommes-nous les héritiers de ce mouvement ?

ECPM est sans conteste l’enfant de Robert Badinter. Comme vous le rappelez, l’abolition a eu lieu en 1981, mais elle ne s’est pas arrêtée là. D’abord, il a fallu l’inscrire dans la constitution et ECPM s’est engagée dans ce mouvement en 2007, à l’époque, Jacques Chirac était au pouvoir. Nous travaillions avec Robert Badinter pour cette constitutionnalisation. Puis, il a fallu ratifier les protocoles internationaux, et ensuite, faire de la France le porte-drapeau de l’abolition mondiale, de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1981. Robert nous épaulait dans ce sens, il a toujours considéré que nous étions ses descendant·es car il savait que l’abolition devait être universelle. Cette universalité est au cœur du combat abolitionniste et de notre engagement. C’est par cet universalisme que nous avons rejoint la famille de Robert Badinter.

Vous l’avez fréquenté personnellement, quel souvenir allez-vous garder de cet homme ?

Je le rencontrais très régulièrement, j’allais bavarder dans son appartement, il était extrêmement intéressant et intéressé. Il racontait beaucoup de choses, et représente à lui seul une partie de l’histoire française : il a rencontré tous les grands de la Ve république, il les a accompagnés, c’était des moments qu’il aimait partager avec moi. En même temps très préoccupé par les tourments de notre temps et en particulier la résurgence de l’antisémitisme protéiforme, ou du terrorisme islamiste, il était un homme très ouvert, il était particulièrement intéressé de savoir ce que pensaient les nouvelles générations, comment les militant·es d’aujourd’hui menaient désormais le combat autour de l’abolition universelle de la peine de mort. Je crois que c’est bien cette curiosité qui me marquera toute ma vie.

Y a-t-il une anecdote que vous souhaitez partager concernant Robert Badinter ?

Il y en a mille ! Mais j’aimerais vous partager celle-ci : nous avons beaucoup parlé ensemble de François Mitterrand, des bons côtés, comme des mauvais. Le jour de son élection à la tête du pays, le 10 mai 1981, il s’est tourné vers Robert Badinter et lui a dit « Tu vas l’avoir ton abolition ! ».  Son abolition, il l’a eue, et c’est assez incroyable.

Ces infographies sont le fruit d’un travail conjoint entre ECPM et ses divers partenaires présents sur le terrain. Après de nombreuses années d’analyse des conditions de détention des personnes condamnées à mort et de l’application des peines, ces infographies offrent une vue concise et claire de l’état actuel de la peine de mort dans plusieurs pays, permettant de prendre conscience des enjeux et défis liés à cette pratique. Ainsi, ces nouveaux supports de sensibilisation et d’éducation encouragent une réflexion et un débat sur la question cruciale de la peine de mort dans différents pays.

Infographie – la peine de mort au Cameroun (2022)
Infographie – la peine de mort en Algérie (2022)
Infographie – la peine de mort au Liban (2022)
Infographie – la peine de mort en Malaisie (2022-23)
Infographie – la peine de mort en RDC (2023)
Infographie – la peine de mort au Maroc (2023)
Infographie – la peine de mort en Indonésie (2022)
Infographie – la peine de mort en Mauritanie (2022)
Infographie – la peine de mort en Tunisie (2022)
Infographie – la peine de mort en Iran (2022)
Photo : Rajiv Raman

Le mot du Directeur général, Raphaël Chenuil-Hazan

Raphaël Chenuil-Hazan, Directeur général d’ECPM (Photo : Rajiv Raman)

« Au nom de toute l’équipe d’ECPM, je vous transmets nos vœux les plus sincères pour cette nouvelle année. En 2023, nous avons pu compter sur le soutien de nombreux·ses bénévoles pour militer à nos côtés, nous soutenir pendant le 4e Congrès régional ou encore animer les interventions scolaires. Vous avez été plus nombreux que jamais à nous soutenir lors de notre dernière campagne de dons. Quelle que soit votre manière de vous engager, ECPM vous remercie pour votre générosité qui nous donne, malgré un contexte difficile, le courage de continuer notre lutte pour l’abolition universelle.

2024 commence sous des hospices inquiétants avec la multiplication des conflits et une tension accrue sur les droits humains, ce qui ne nous empêchera pas de poursuivre sans relâche notre travail de plaidoyer pour une meilleure justice et plus d’humanité pour les trop nombreux·ses condamné·es à mort, plus de 30 000, à travers le monde. »

Pour nous accompagner en 2024, prenez de bonnes résolutions, soutenez l’abolition !

ECPM s’apprête à traverser une nouvelle année avec pour seul cap, l’abolition universelle de la peine de mort : préparation du 9e Congrès mondial, renouvellement des projets sur le terrain et dans les écoles… de nouveaux défis ambitieux se présentent aux équipes.

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Plaidoyer
décembre 2023
L’abolition est en marche, et pourtant, encore 30 000 personnes se trouvent sous le coup…
Fatia Maulidiyanti, Haris Azhar et leur équipe de défense

Un signe d’espoir pour la démocratie

Pendant deux ans, Fatia et Haris ont été soumis·es à du harcèlement judiciaire, mettant en danger la liberté d’expression en Indonésie, installant la crainte que les défenseur·es des droits humains ne puissent pas exercer correctement leur travail et que la société civile en général ne puisse pas exprimer son opinion, mettant ainsi en danger la démocratie dans son ensemble. Aujourd’hui, le 8 janvier 2024, la justice a prévalu car les juges ont rejeté toutes les accusations et acquitté Fatia et Haris de toutes les charges, en soutenant que les informations partagées lors de la présentation en ligne n’étaient pas considérées comme diffamatoires.

« Cette décision confirme que nous devons continuer à critiquer, à dénoncer et à exprimer nos opinions. Le juge mentionnait la démocratie et la liberté d’expression et il avait raison. Ce verdict indique que nous devrions continuer de nous battre sans nous laisser intimider », a déclaré Muhammad Isnur de l’équipe de Advocacy Team for Democracy (équipe de défense).

À la veille des élections générales du 14 février 2024, cette décision envoie un message d’espoir à la société civile indonésienne et à la démocratie dans le pays. Elle devrait servir d’exemple.

La bataille continue

Cependant, le même jour, le procureur a fait appel des mêmes chefs d’accusation. Comme l’avait prévu Arif Maulana, de l’équipe de Advocacy Team for Democracy, plus tôt dans la journée : « Il y a de l’espoir pour la démocratie. Nous espérons que la Cour suprême s’alignera [avec ce verdict] en cas de poursuites judiciaires engagées par le procureur public ». Par conséquent, ECPM appelle la Cour suprême à suivre la décision rendue aujourd’hui par le tribunal de Jakarta-Est.

De gauche à droite : Robert Badinter (Président d’Honneur d’ECPM et ancien Garde des sceaux, Sandrine Dacga (avocate au Cameroun et membre du RACOPEM), Richard Sédillot (Avocat en droit international et administrateur d’ECPM), Narges Mohammadi (Prix Nobel de la Paix, journaliste abolitionniste défenseuse du droit des femmes en Iran), Liévin Ngondji (Avocat en RDC et Président de Culture pour la Paix et la Justice), Aminata Niakate (Avocate et Présidente d’ECPM)

Pourquoi nous soutenir ? Le mot d’Aminata Niakate, Présidente d’ECPM

Aminata Niakate / Photo Ⓒ Rajiv Reman

Quel bilan faites-vous de cette dernière année ?

ECPM a poursuivi son travail de terrain, après le formidable élan donné fin 2022 par le succès sans précédent du 8e Congrès mondial contre la peine de mort de Berlin et la réussite du Congrès régional sur la peine de mort que nous avons organisé pour la première fois de notre histoire au Moyen-Orient en Jordanie, en juillet 2023. Nous avons déployé nos équipes dans une dizaine de pays, sur trois continents, pour poursuivre notre travail de fond pour l’abolition universelle. Nous avons pu reprendre nos actions de plaidoyer en Asie par exemple où nous avons mené plusieurs missions en Indonésie et en Malaisie entre autres.

Vos priorités pour 2024 ?

2024 sera une année de consolidation et de préparation de nos prochains grands rendez-vous, c’est-à-dire nos Congrès régionaux et le prochain Congrès mondial. Outre notre plaidoyer à l’international, ECPM va également continuer de se déployer dans les écoles françaises où nous faisons un important travail de sensibilisation auprès des collégiens et lycéens. Nous poursuivrons également nos interventions en prison. Le travail n’est jamais terminé même ici dans l’Hexagone où l’opinion publique peut varier sensiblement sur la question de la peine de mort au gré de l’actualité et des faits divers.

Pourquoi soutenir ECPM ?

Justement pour que la question de la peine de mort demeure une préoccupation de toutes les générations, ici en Europe, mais aussi au-delà de nos frontières en Afrique, en Amérique, en Asie et même au Proche et Moyen-Orient. ECPM est une petite structure, une quinzaine de salariés, avec de grandes ambitions. Elle fait preuve de beaucoup d’agilité et d’imagination dans son quotidien. La défense des droits fondamentaux et des libertés publiques est un travail de longue haleine, un marathon en quelque sorte, c’est pourquoi vos dons sont si importants pour que l’on puisse poursuivre nos actions le plus efficacement possible et avoir un impact auprès des populations et des pays concernés.

Faire un don

L’argent des dons que reçoit ECPM est utilisé pour faire fonctionner notre organisation. Il permet l’embauche de professionnel·le·s qui forment, plaident, et fédèrent autour de cette valeur de justice qu’est l’abolition de la peine de mort. Il nous aide à mener des campagnes de soutien. Enfin, il facilite l’organisation et la publication de missions d’enquête, telles que notre rapport annuel sur la peine de mort en Iran. Donner à ECPM, c’est nous aider à promouvoir un choix de société basé sur la non-violence, c’est exiger l’abolition, maintenant !

Le don d’argent à ECPM vous permet de bénéficier de 66 % de déduction fiscale dans la limite de 20 % de votre revenu imposable.

Ensemble, la mobilisation continue

Continuons d’allier nos forces : à force de plaidoyer et de sensibilisation, les dynamiques s’inversent. Outre-Atlantique, les sondages montrent que pour la première fois, la majorité des américain·es jugent que la peine de mort est appliquée de manière injuste sur leur territoire.

Sur le continent africain aussi, le combat pour l’abolition progresse : au mois d’août, le Ghana a rejoint le camp abolitionniste pour les crimes de droits commun, tandis que pointent des signes d’ouverture en République démocratique du Congo où pour la toute première fois s’est tenue une conférence de presse sur l’abolition de la peine de mort à Lubumbashi lors de la 21e Journée mondiale contre la peine de mort. Au Cameroun, le Garde des sceaux Laurent Esso a également tenu à rencontrer nos équipes dans le cadre d’un déplacement auprès de notre partenaire Droits et Paix à Yaoundé. En Asie, la Malaisie franchit une étape historique au mois d’avril en décidant d’abolir la peine de mort obligatoire, permettant à de nombreux détenus condamnés d’entamer des procédures de révision de leurs peines.