Aller au contenu
Naviguez
sur notre carte interactive
Partager

Des lycéen·ne·s soutiennent Melissa Lucio qui pourrait être exécutée dans un mois au Texas

Pendant le mois de février, des élèves du lycée Augustin Thierry de Blois (41) ont travaillé sur l’histoire de Melissa Lucio dans le cadre du programme pédagogique d’ECPM et des interventions scolaires organisées par notre pôle « éduquer ». Très touché.e.s par son histoire, ils et elles ont pris l’initiative de lui écrire et de lui envoyer plusieurs lettres de soutien, ainsi qu’au gouverneur de l’État du Texas, Greg Abott, afin de l’interpeller sur l’exécution imminente et injuste prévue le 27 avril prochain.

 

Mme Weil, à l’origine du projet, raconte à ECPM les raisons qui l’ont poussée à sensibiliser ses élèves à la peine de mort.

Pourquoi avez-vous décidé de sensibiliser vos élèves à la question de l’abolition de la peine de mort ?

Le film ne brusque rien. Il prend le temps d’enregistrer les témoins de l’accusation, les proches, les soutiens et bien sûr Melissa derrière la vitre du parloir qu’on isole encore. Peu à peu notre assurance s’effrite, le doute s’installe jusqu’à ce qu’on découvre abasourdis les failles de l’accusation. Personne ne sort indemne de ce film car il remet en question la foi inébranlable que l’on peut avoir en la justice des hommes. Un système judiciaire est toujours faillible parce que le doute est possible. L’erreur est tragique car elle condamne définitivement un être humain. Chaque condamnation à mort est impossible car elle prive définitivement du droit de vivre.

Le cinéma a parfois cette force du réel de bousculer nos certitudes et de faire bouger les lignes pour nous rendre plus présents au monde. Dans la salle durant la projection, on sentait l’extrême attention de tous. Lorsque la salle s’est rallumée, personne n’a eu besoin de dire « Mais comment est-ce possible ? » Tout le monde le comprenait. Certains ont posé des questions, d’autres sont restés silencieux. Peu importe, chacun a compris qu’il ne s’agissait plus de tergiverser mais d’agir pour repousser l’inéluctable. Des élèves ont écrit à Melissa, d’autres ont peut-être parlé d’elle à leur entourage. Chacun a pris avec ce film un bout de la peine de cette femme condamnée et l’a fait sienne. Elle grandira cette peine et un jour, peut-être deviendra-t-elle une de ces voix qui se battent pour abolir cette autre du même nom qu’on dit capitale ? Le lycée est le lieu de tous les apprentissages, y compris ceux qu’on oublie parfois comme la valeur de chaque vie humaine. Melissa Lucio est plus qu’un nom aujourd’hui c’est quelqu’un qui existe dans nos pensées. »

 

Souhaiteriez-vous faire passer un message aux professeur.e.s qui hésiteraient à sensibiliser leurs élèves au sujet de la peine de mort ?

 On ne choisit pas facilement de traiter une question aussi grave que la peine de mort avec ses élèves. On comprend juste que c’est essentiel d’en parler. L’empathie que suscite le film permet de saisir la valeur des droits de l’homme, la lutte contre les discriminations, la solidarité, le combat pour l’éducation et l’émancipation des femmes, l’engagement d’une cinéaste à changer nos mentalités…

Les échanges menés en classe grâce aux interventions d’ECPM et d’Amnesty International ont sensibilisé les élèves aux combats que mènent des associations et des citoyens pour défendre les droits humains. Rien n’est jamais acquis et on a vu que l’opinion publique est parfois favorable au rétablissement de la peine de mort. C’est en comprenant que cette sentence concerne principalement les minorités que les élèves saisissent que la justice n’est pas toujours aussi équitable. Dans certains pays, les chefs d’accusation des condamnations à mort sont parfois dérisoires. Tout cela est essentiel pour apprendre la tolérance et la compréhension en profondeur des mécanismes qui mènent à l’injustice de telles condamnations.

Lire l’interview de la réalisatrice, Sabrina Van Tassel

La réaction des élèves

 

Leurs professeurs, Mme. White et Mme Weil, ont interrogé les élèves afin de recueillir leurs réactions suite à l’intervention d’ECPM et le visionnage du documentaire de Sabrina Van Tassel. Certain.e.s étaient étonné.e.s d’apprendre que la peine de mort peut être requise pour des crimes comme le trafic de drogues, ou la corruption, ou de la façon dont elle est appliquée dans certains pays.  D’autres, insistent sur les sentiments de colère et de compassion ressentis lors du visionnage du film. « On a l’impression que son jugement n’est qu’une affaire d’opinion publique. En 2022, les femmes précaires et racisées doivent toujours autant porter le poids des maux de la société », regrettent Laura et Lilian.

 

Comme beaucoup d’autres femmes condamnées à mort, les circonstances atténuantes n’ont pas été prises en compte lors du procès de Melissa Lucio et de nombreuses preuves de son innocence ont été délibérément ignorées. « Nous avons écrit à Melissa avec l’intention de lui partager tous nos espoirs et notre courage », se confient Emma, Satine et Anaëlle, élèves en classe de terminale, « nous voulons lui dire à quel point elle est une mère aimante », ajoute Maël.

À l’origine de cette condamnation, Armando Villalobos, à l’époque en passe d’être réélu procureur du comté de Cameron, au Texas, cherchait à se racheter après la fuite médiatisée d’un criminel remettant en cause son élection. Aujourd’hui, il purge une peine de 13 ans de prison pour corruption et extorsion de fonds. « Un homme ne peut pas décider de la mort d’une personne », s’insurgent Titouan, Jules et Gaspard. C’est pourquoi Maël, comme plusieurs de ses camarades, a écrit au gouverneur de l’État du Texas : « j’ai estimé qu’il fallait faire tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher l’exécution de Mélissa. », explique-t-elle.

En une phrase forte, Ninon résume avec conviction l’ensemble des réactions : « Luttons contre l’injustice de la peine de mort ».

 

L'une des lettres adressées à Melissa Lucio par les élèves du Lycée L’une des lettres adressées à Melissa Lucio par les élèves du Lycée Melissa Lucio ayant épuisé tous ses recours judiciaires, elle pourrait être exécutée le 27 avril prochain. Pour l’aider, le site www.freemelissalucio.org a été mis en ligne, mettant à disposition toutes les ressources nécessaires au plaidoyer de la société civile pour sa libération.