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Le Parlement libanais adopte l’abolition de la peine de mort

Un pas décisif vers l’abolition universelle de la peine de mort au Liban : le 11 août 2026, les députés de l’assemblée parlementaire libanaise ont adopté la loi mettant fin à la peine capitale dans le pays. Après la promulgation du texte par le Président Joseph Aoun, le Liban deviendra le 115e État abolitionniste au monde, succédant au Zimbabwe, dernier Etat à avoir aboli la peine de mort en 2024.

Si aucune exécution n’a été pratiquée au Liban depuis 2004, en raison d’un moratoire de fait, la peine de mort demeure inscrite dans la législation jusqu’à son abolition. À la fin de l’année 2025, 84 personnes, dont sept femmes, étaient encore détenues sous le coup d’une condamnation à mort dans les prisons libanaises, la plupart dans des conditions particulièrement éprouvantes.

« ECPM est particulièrement honorée d’avoir accompagné, aux côtés de ses partenaires libanais, le mouvement qui a conduit à cette avancée historique. En abolissant la peine de mort, le Liban affirme son engagement en faveur du droit à la vie, de la dignité humaine et de l’État de droit. C’est une décision porteuse d’espoir, qui ouvre la voie à une société plus juste et plus sûre. »

Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d’ECPM

Cette étape historique est l’aboutissement de plusieurs décennies de mobilisation de la société civile libanaise, portée par l’Association libanaise pour les droits civils (LACR) et l’Association Justice et Miséricorde (AJEM) et Antoinette Chahine, ancienne personne condamnée à mort, qui se sont battues sans relâche, guidées par les valeurs d’humanisme et de non-violence.

ECPM tient à leur rendre hommage et à saluer leur engagement, ainsi qu’à féliciter l’ensemble des parlementaires et acteurs politiques libanais qui ont permis cette avancée majeure pour les droits humains.

Cette abolition revêt une dimension singulière alors que le Liban traverse depuis de nombreuses années de multiples crises – institutionnelle, politique, financière et humanitaire -, sur fond de conflits et de défis sécuritaires qui se sont récemment intensifiés. En choisissant d’abolir la peine de mort dans un contexte aussi difficile, les autorités libanaises adressent aujourd’hui un message fort : quelques soient les circonstances, la peine capitale ne constitue en rien une réponse. Elle est une impasse qui éloigne de la justice et ne fait qu’entretenir le cycle de la violence et de la souffrance.

La marche pour l’abolition, un long processus engagé depuis les années 2000

Au cours des 25 dernières années, plusieurs étapes ont ponctué le chemin qui a mené à l’abolition définitive au Liban aujourd’hui, marquées par une succession de réformes, de prises de position politiques et d’avancées diplomatiques.

Une première étape est franchie en 2001 avec une réforme législative qui réduit le champ d’application de la peine de mort en abrogeant la loi 302/94, laquelle rendait la peine de mort obligatoire pour meurtre.

En 2004, trois personnes sont exécutées au Liban. Ces exécutions seront les dernières pratiquées dans le pays,considéré depuis 2014 comme en moratoire sur les exécutions.

À de nombreuses reprises, les personnalités se succédant au poste de ministre de la Justice se sont clairement positionnées en faveur de l’abolition. Dès 2008, Ibrahim Najjar s’oppose à la condamnation à mort de 19 personnes. Ses successeurs, Chakib Cortbaoui, Ashraf Rifi, Salim Jreissati Hoss et Adel Nassar, réaffirmeront à leur tour leur soutien à l’abolition. (voir encart ci-dessous).

À partir de 2020, le Liban envoie également des signaux encourageants sur la scène internationale. Pour la première fois, il vote en faveur de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à un moratoire sur l’application de la peine de mort, une position qu’il renouvelle lors des scrutins de 2022 et de 2024. .

En 2026, la situation des droits humains au Liban est à nouveau examinée par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. Dans le cadre de l’adoption du rapport pour le 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU), les autorités libanaises acceptent, pour la première fois, l’ensemble des recommandations relatives à la peine de mort qui lui ont été adressées. Quelques mois plus tard, l’adoption de la loi abolissant définitivement la peine capitale vient consacrer cette dynamique de long terme.

L’abolition au Liban au coeur du 9e Congrès mondial

« La justice doit bannir la mort au lieu d’y avoir recours. »

Le 30 juin 2026, Adel Nassar, ministre de la justice de la République Libanaise, est intervenu lors de la cérémonie d’ouverture lors du 9e Congrès mondial contre la peine de mort organisé à Paris par ECPM.

À cette occasion, il a réaffirmé la volonté des autorités libanaises de faire progresser l’abolition de la peine de mort et exprimé son souhait de voir aboutir les travaux législatifs engagés en ce sens au Liban.

Le rôle déterminant de la société civile depuis plus de 30 ans

Cette avancée majeure pour les droits humains et pour la cause de l’abolition universelle est le fruit de décennies de mobilisation menée dans le cadre de la « Campagne nationale pour l’abolition de la peine de mort au Liban ». Celle-ci a rassemblé des des législateurs, des juges, des journalistes, des organisations de la société civile nationale et internationale, des établissements scolaires, des familles de victimes, des personnes anciennement condamnées à mort ou encore en détention.

Lancée en 1997 à l’initiative de plusieurs organisations libanaises, parmi lesquelles l’Association libanaise pour les droits civils (LACR) et l’association Justice et Miséricode (AJEM), la campagne a également été portée par d’éminents activistes du mouvement abolitionniste tels qu’Ogarit Younan, Walid Slaybi, et le père Hadi-el-Aya.

À la suite de la publication d’une première étude de référence sur la peine capitale au Liban, la Campagne nationale organise, en 1998, une importante manifestation contre les exécutions publiques de deux jeunes hommes dans la localité de Tabarja (Mont Liban). Le lendemain, une première déclaration publique collective appelle à l’abolition de la peine de mort. Dès lors, la société civile libanaise n’a cessé de mobiliser les acteurs pertinents pour faire avancer le combat abolitionniste, en sensibilisant les jeunes générations aux droits humains, en entretenant un dialogue constant avec les décideurs politiques, et en accompagnant les personnes condamnées à mort tout au long de leur détention.

L’engagement exceptionnel d’Ogarit Younan, à la tête de la LACR et de la Campagne nationale, a notamment été reconnu par la communauté abolitionniste à l’occasion du Grand prix Robert Badinter lors des 8e et 9e Congrès mondiaux contre la peine de mort, dont elle a été à deux reprises finaliste.

ECPM est particulièrement fière de son partenariat de longue date avec la LACR et l’AJEM. Ensemble, ces organisations n’ont jamais cessé de porter le plaidoyer auprès des autorités nationales et en multipliant les échanges avec les ministres de la Justice successifs et de nombreux parlementaires.

Ce travail s’est appuyé sur une production continue de ressources destinées à documenter la réalité de la peine de mort et à nourrir le débat public. Parmi celles-ci figure notamment le rapport de mission d’enquête « Vivant sans l’être », une brochure sur la peine de mort en droit et en pratique, une infographie pays, plusieurs rapports alternatifs soumis en amont des Examens Périodiques Universels (EPU) et des examens du Liban par les organes des traités des Nations unies, ainsi qu’un manuel de formation.

Au-delà de ce travail de recherche et de plaidoyer, ECPM et la LACR ont organisé, au fil des années, plusieurs conférences nationales, des formations destinées aux acteurs de la chaîne pénale et des actions de sensibilisation auprès de la jeunesse. Autant d’initiatives qui ont permis d’élargir progressivement le mouvement abolitionniste et de renforcer le soutien en faveur de l’abolition de la peine de mort au Liban.

Retrouver toutes les publications d’ECPM sur le Liban

Liban
Liban
En moratoire

Une lueur d’espoir dans une région majoritairement rétentionniste

Le Liban devient le premier pays au Moyen-Orient à abolir la peine de mort pour tous les crimes, ouvrant ainsi une nouvelle perspective pour le mouvement abolitionniste dans la région. Alors que les pays du Golfe voisins maintiennent tous la peine capitale dans leur législation et continuent de procéder à des exécutions, Israël, abolitionniste pour les crimes de droit commun, a récemment élargi son utilisation de la peine de mort de manière discriminatoire à l’encontre des Palestinien·nes.

Convaincue que les progrès nationaux se nourrissent d’une dynamique régionale, ECPM oeuvre depuis de nombreuses années au renforcement du mouvement abolitionniste au Moyen-Orient En 2023, l’association a organisé le 4e Congrès régional sur la peine de mort au Moyen-Orient en Jordanie, le tout premier rendez-vous du genre dans la région. Près de 200 participant•es de 15 pays étaient réuni•es à Amman, pour renforcer et fédérer le mouvement abolitionniste régional, y compris une importante délégation d’acteurs abolitionnistes libanais.

Communiqué de presse
juillet 2023
Le 4e Congrès régional sur la peine de mort au Moyen-Orient s’est terminé le 12…

Dans le cadre de l’Organisation de coopération islamique (OCI), l’abolition au Liban porte ainsi à 21 (37 %) le nombre d’Etats membres ayant aboli la peine capitale pour tous les crimes ou ceux de droit commun.

Pour achever pleinement ce processus, le Liban devra désormais ratifier le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui vise à abolir la peine de mort.

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