EDITO
Rien n’est jamais acquis. L’année 2025 nous l’a une nouvelle fois rappelé. Malgré les avancées du mouvement abolitionniste, la peine de mort continue de tuer, de terroriser et de frapper les personnes les plus vulnérables et les minorités. Les exécutions ont démesurément augmenté dans plusieurs pays, en Iran tout particulièrement où la peine de mort reste un outil de répression politique. Dans un contexte international marqué par les conflits, les dérives autoritaires et les atteintes aux droits humains, le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort demeure plus que jamais nécessaire.
Face à ces reculs, ECPM n’est pas restée sans agir. En Iran, avec notre partenaire Iran Human Rights, nous avons documenté l’usage massif de la peine de mort et porté ces faits à Genève, auprès des États et des Nations unies. Agir, c’est aussi donner à nos partenaires les moyens de défendre l’abolition dans leur pays. En Tunisie, nous avons formé des avocat·es ; en Mauritanie, accompagné nos partenaires ; au Liban, réuni des journalistes pour mieux informer sur la peine capitale ; en République démocratique du Congo, défendu les acquis menacés par le retour possible des exécutions. Agir, c’est aussi faire mouvement. À Tokyo, le Congrès régional a replacé l’Asie de l’Est au cœur du combat abolitionniste. Partout, nous avons créé des espaces où militant·es, avocat·es, témoins, jeunes et responsables politiques peuvent se rencontrer et agir ensemble.
C’est cette méthode qui fait la force d’ECPM : fédérer, renforcer, plaider, éduquer. Une action nourrit l’autre. L’expérience du terrain nourrit notre plaidoyer. Le plaidoyer soutient nos partenaires. La transmission à la jeunesse prépare la relève. Cette année a pour moi une résonance particulière. Après plusieurs années à la présidence d’ECPM, je quitterai mes fonctions lors de notre prochaine Assemblée générale. Ce rapport d’activité est donc le dernier que j’ai l’honneur d’introduire.
Je pars avec beaucoup de gratitude. Pour nos partenaires, qui agissent parfois dans des conditions extrêmement difficiles, nos bénévoles, notre Conseil d’administration, notre équipe salariée et nos bailleurs dont le soutien est indispensable à notre action. Et pour toutes celles et ceux que j’ai rencontrés sur ce chemin. Je pars avec confiance dans l’équipe qui me succédera. Je ne serai jamais loin et resterai mobilisée pour le combat abolitionniste.
ECPM a 25 ans. En 2025, nous avons célébré le chemin parcouru et rendu hommage à celles et ceux qui ont fait avancer l’abolition, à commencer par Robert Badinter. De Tokyo à la préparation du 9e Congrès mondial à Paris, en passant par le retour en France de Serge Atlaoui, cette année a aussi préparé la suite et transmis le combat à une nouvelle génération. L’abolition de la peine de mort au Liban et l’invitation du Maroc à accueillir le 10e Congrès mondial témoignent du chemin parcouru et de celui qui reste à
accomplir. Les personnes passent. Le combat demeure. Il se transmet, se renouvelle et grandit…
… Et ensemble, j’en suis convaincue, nous parachèverons l’abolition universelle.
Aminata Niakaté, présidente d’ECPM (2020-2026)
Rassembler le mouvement abolitionniste
Du 7 au 9 novembre 2025, plus de 300 participant·es se sont retrouvé·es à Tokyo pour le 5e Congrès régional contre la peine de mort, consacré pour la première fois à l’Asie de l’Est. Un rendez-vous majeur pour partager les expériences et renforcer les coopérations, dans une année également consacrée à la préparation du 9e Congrès mondial contre la peine de mort organisé à Paris en 2026.
Du terrain aux institutions
En République démocratique du Congo, une mission d’enquête menée pendant onze mois a conduit les équipes dans 19 prisons et camps de détention, à la rencontre de plus de 270 personnes condamnées à mort. À Genève, ECPM et ses partenaires ont porté auprès des Nations unies et des représentations diplomatiques les réalités documentées dans plusieurs pays
En Iran, le 17e rapport annuel publié en partenariat avec Iran Human Rights faisait quant à lui état d’au moins 975 exécutions en 2024, soit une hausse de 17 % en un an, et le niveau le plus élevé documenté depuis au moins 17 ans.
25 ans de combat et de transmission
2025 a aussi été une année de mémoire et de transmission. Quelques mois avant sa disparition, Sunny Jacobs partageait encore son expérience d’ancienne condamnée à mort auprès des jeunes. Le 3 octobre, ECPM réunissait plus de 300 personnes à Paris pour célébrer ses 25 ans et rendre hommage à Robert Badinter, son président d’honneur.
Quelques jours plus tard, le 9 octobre, Robert Badinter entrait au Panthéon, quarante-quatre ans jour pour jour après la promulgation de la loi abolissant la peine de mort en France.
Un passage de relais à la présidence d’ECPM
Depuis la clôture de l’année 2025, ECPM a également connu un passage de relais à sa présidence. Lors de l’Assemblée générale du 30 septembre 2026, Laurent Duarte a été élu président de l’association, succédant à Aminata Niakaté, présidente depuis 2020.