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À Paris, le 9è Congrès mondial contre la peine de mort acte de nouvelles avancées pour l’abolition

Réunis pendant trois jours à Paris, plus de 1 300 acteurs venus d’une centaine de pays à travers le monde ont réaffirmé que, malgré la recrudescence des exécutions dans certains États, la dynamique mondiale reste celle de l’abolition. Plusieurs annonces politiques majeures, dont l’engagement du Liban vers l’abolition et l’annonce du Maroc comme prochain pays hôte du Congrès mondial, ont marqué cette 9e édition.

Cérémonie d'ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort
Cérémonie d’ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort

« Malgré les crises et les tentatives de retour en arrière, ce Congrès montre une réalité incontestable : l’abolition progresse. Les acteurs de la justice, les gouvernements, les institutions internationales, la société civile et les jeunes sont toujours plus nombreux à faire de la peine de mort un sujet du passé »
Raphaël Chenuil-Hazan

Organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM), sous le parrainage de la France, pays hôte du Congrès, de l’Union européenne et de la Suisse, l’événement a réuni responsables politiques de haut niveau, magistrat·es, avocat·es, diplomates, expert·es internationaux, organisations de la société civile, universitaires, artistes et témoins directs de la peine de mort.

Pendant trois jours, les participant·es ont échangé sur les grands enjeux contemporains : résurgence des exécutions, narcotrafic, discriminations, justice, impact socio-économique, rôle du pouvoir judiciaire, tout en donnant une place centrale aux témoignages, à la culture et à la jeunesse.

Cinquante jeunes ambassadeur·rices venus de 30 pays ont participé aux travaux du Congrès aux côtés de nombreux collégiens, lycéens et étudiants français, illustrant la volonté de transmettre les valeurs abolitionnistes aux nouvelles générations.

Témoignage d’Ahmed Haou devant les jeunes ambassadeurs

En marge du Congrès, le Président de la République français, Emmanuel Macron, est venu saluer les participant·es et rappeler que « La bataille pour l’abolition, parce que c’est une bataille pour la dignité humaine, est éminemment contemporaine », réaffirmant ainsi l’engagement de la France en faveur de l’abolition universelle. 

Allocution du Président de la République au 9è Congrès mondial contre la peine de mort

Au-delà des débats, le Congrès a été marqué par plusieurs annonces importantes confirmant que la marche vers l’abolition se poursuit.

Le ministre de la Justice du Liban Adel Nassar a annoncé l’engagement de son gouvernement à abolir la peine de mort :

« Peut-être est-ce précisément parce que mon pays est en proie à la violence depuis si longtemps que cette détermination prend tout son sens (…) Le système judiciaire libanais ne devra plus décider d’ôter la vie. » 

Le Maroc a, de son côté, annoncé qu’il accueillerait le 10e Congrès mondial contre la peine de mort dans trois ans, témoignant du rôle croissant joué par le continent africain dans la dynamique abolitionniste.

« L’invitation du Maroc à accueillir le prochain congrès contre la peine de mort est un acte fort, le pays est en marche vers l’abolition et peut-être dans 3 ans nous l’espérons fermement, nous tiendrons congrès dans un nouveau pays abolitionniste »
Aminata Niakaté, Présidente d’Ensemble contre la peine de mort

D’autres annonces sont venues renforcer cet élan, notamment : la déclaration conjointe signée par 75 experts indépendants de l’ONU est un engagement sans précédent sur la nature discriminatoire de la peine de mort et ses impacts socio-économiques. L’annonce de la ratification par le Tchad, le Cambodge, la République Centrafricaine et le Sierra Leone, du traité des Nations unies interdisant la peine de mort, dernier verrou qui empêche tout retour en arrière possible à un rétablissement de la peine de mort dans ces pays.

Le Congrès aura surtout été celui des femmes et des hommes qui portent dans leur chair la réalité de la peine de mort. Ancien·nes condamné·es à mort, familles de personnes exécutées, victimes d’erreurs judiciaires ou défenseur·es des droits humains ont partagé leurs histoires singulières, venues rappeler un même message : celui de la justice plutôt que de la vengeance, de la dignité humaine et de la valeur irréductible de chaque vie.

Parmi eux, Hideko Hakamata, qui a consacré plus de cinquante ans à faire reconnaître l’innocence de son frère Iwao Hakamata, acquitté en 2024 après avoir passé 46 ans dans le couloir de la mort au Japon : « Ce n’est pas parce que mon frère Iwao est sauvé que je dois m’arrêter. Je ne me tairai pas. Au contraire, je ne vais cesser de parler. Il y a tant d’autres condamnés, parfois par erreur, qui souffrent. Il faut que la peine de mort disparaisse du Japon, disparaisse du monde. Beaucoup pensent qu’elle n’existe plus au Japon. Je suis venue à Paris pour dire que ce n’est pas vrai et pour que s’exerce une pression internationale. »

Discours de Hideko Hakamata à la Cérémonie d’ouverture du 9è Congrès mondial contre la peine de mort

Le Congrès a également donné la parole à Philippe Maurice, historien et chargé de recherche à l’EHESS et au CNRS, dernier condamné à mort gracié avant l’abolition en France il y a 45 ans : « Il n’y a aucune bonne raison de tuer un homme. (…) La peine de mort ne fait pas que tuer un criminel, elle détruit aussi ses proches. » Philippe Maurice est la preuve qu’une seconde chance est possible et que l’abolition est une victoire de la justice sur l’irréversible.

Leurs voix, comme celles de dizaines d’autres témoins venus des États-Unis, du Japon, d’Iran, du Liban, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, ont rappelé que derrière chaque condamnation se trouvent des vies, des familles et des histoires qui dépassent les frontières.

Sous le patronage de Yaël Braun-Pivet, Présidente de l’Assemblée nationale, la cérémonie de clôture a rassemblé responsables politiques, parlementaires, représentants internationaux, artistes et acteurs de la société civile autour d’un même engagement.

Remise du Grand Prix Robert Badinter attribué à Maître Lievin Ngondji, par la Présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet

Le Grand Prix Robert Badinter a été remis à l’avocat pénaliste de République démocratique du Congo, Maître Lievin Ngondji, saluant un engagement exceptionnel en faveur de l’abolition universelle. Maître Ngondji a cofondé la Coalition mondiale contre la peine de mort, trois réseaux régionaux abolitionnistes, ainsi que la Culture pour la Paix et la Justice (CPJ), une organisation abolitionniste qui lutte pour les droits humains.

Les Prix de l’abolition ont également récompensé plusieurs personnalités et organisations engagées sur le terrain.

La cérémonie a été suivie par un happening artistique collectif, symbole de la mobilisation internationale réunie à Paris.

Le rendez-vous est désormais donné au Maroc, qui accueillera dans trois ans le 10e Congrès mondial contre la peine de mort.

Crédits photos : Christophe Meireis