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Tribune : « Le silence des organisations sportives internationales face à l’exécution d’athlètes iraniens est assourdissant »

Dans une tribune publiée dans Le Monde, notre directeur général Raphaël Chenuil-Hazan, alerte sur les nombreux cas de jeunes sportifs exécutés par le régime iranien. Il dénonce une « théâtralisation de la mise à mort, dans le seul but de faire peur à la population ». À l’approche de la Coupe du monde de football, il appelle également à l’exclusion de l’Iran des compétitions internationales tant que ces violations graves des droits humains perdurent. Le sport ne peut rester silencieux face à de telles atteintes aux droits fondamentaux.
Raphaël Chenuil-Hazan, Congrès régional d'Amman, 2023. Crédits : Rajiv Raman
© Photo : Rajiv Raman

Le sport est souvent présenté comme un langage universel, porteur de paix, de fraternité et de dignité humaine. Pourtant, à l’heure où l’Iran continue de participer aux grandes compétitions internationales, notamment à la Coupe du monde de football, une question s’impose : que reste-t-il de ces principes lorsque celles et ceux qui incarnent ces valeurs sont exécutés, emprisonnés ou réduits au silence par un État ?

Le 30 avril dernier, Sassan Azadvar, jeune karatéka de 21 ans, a été exécuté par le régime de la République islamique d’Iran. Sa mort n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un système.

Le monde du sport ne peut plus détourner le regard.

Les athlètes sont devenus des cibles. Avant Sassan Azadvar, Saleh Mohammadi, à peine 18 ans, champion de lutte, a été exécuté le 20 mars dernier pour le crime d’« hostilité envers dieu » (Moharebeh). 

Mohammad Mehdi Karami, champion de karaté kurde, a été pendu en 2023, à 21 ans, pour avoir manifesté lors du mouvement « Femme, vie, liberté ». 

En 2020 déjà, le lutteur professionnel, Navid Afkari, a été exécuté dans le plus grand secret malgré une mobilisation internationale, après des aveux obtenus sous la torture, dans une parodie de justice.

Le vice-champion national de boxe, Mohammad Javad Vafaei-Sani, a quant à lui été condamné à mort pour appartenance à une organisation illégale après les manifestations de 2019. Il reste encore aujourd’hui sous le risque d’une exécution. 

Le footballeur professionnel, Amir Nasr Azadani, 26 ans, arrêté en novembre 2022, pendant les manifestations après l’assassinat de Jinah-Mahsa Amini, a lui échappé de justesse à l’exécution, sa peine ayant été commuée à 26 ans de prison.

Ces jeunes demandaient seulement la liberté et la démocratie.

Ces noms ne sont pas des statistiques. Ce sont des athlètes. Des jeunes hommes qui ont consacré leur vie à leur discipline, qui auraient dû représenter leur pays dans des compétitions, inspirer des générations, et incarner les valeurs du sport. Au lieu de cela, ils ont été brisés par un système qui punit l’engagement, la liberté d’expression et parfois la simple existence.

Face à cette réalité, le silence des grandes organisations sportives internationales est assourdissant. Et pourtant, les alertes ne datent pas d’hier.

Dès 2017, avec Ensemble contre la peine de mort (ECPM), nous dénoncions déjà la banalisation des exécutions publiques dans les stades en Iran. Exécuter dans un stade, ce n’est pas anodin. C’est la théâtralisation de la mise à mort, dans le seul but de faire peur à la population. Le stade est ouvert. Hommes, femmes, enfants, tout le monde est incité par la police à venir assister au « spectacle ». En Iran, la peine de mort a toujours été, et est plus que jamais, un outil politique. 

La FIFA ne peut pas dire que cela ne la regarde pas. 

Depuis plusieurs années, Ensemble contre la peine de mort alerte sur les dangers du « sportwashing » et sur l’utilisation des grandes compétitions sportives comme outils de normalisation pour des régimes auteurs de graves violations des droits humains.

De l’Iran à la Chine, du Qatar à l’Arabie saoudite ou au Bahreïn, que valent les grands discours du sport international sur l’éthique et la dignité humaine lorsqu’ils ne s’accompagnent d’aucune conséquence concrète ? Comment dire aujourd’hui que nous ne savions pas ? Peut-on continuer à accueillir, à applaudir et à normaliser la participation d’un État qui persécute et élimine ses propres athlètes ?

L’histoire du sport a déjà montré qu’il pouvait être un levier de pression. Des exclusions ont été prononcées par le passé pour des raisons politiques ou éthiques. Pourquoi ce principe ne s’applique-t-il pas ici ?

Il ne s’agit pas de punir des athlètes innocents, mais de refuser de servir de vitrine à un régime qui viole systématiquement les droits humains, y compris ceux de ses propres sportifs. L’inaction actuelle envoie un message dangereux : celui que la vie de certains athlètes compterait moins que les intérêts diplomatiques, économiques ou institutionnels.

La prochaine Coupe du monde de Football organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada ne devrait pas accueillir l’Iran au regard de ce qu’elle fait subir à ses propres athlètes.

Les fédérations sportives internationales, les comités olympiques, les instances dirigeantes du football, de la lutte, de la boxe et des arts martiaux ont une responsabilité. Elles ne peuvent plus se contenter de déclarations prudentes ou de préoccupations exprimées à demi-mot.

Elles doivent agir.

Exclure l’Iran des compétitions internationales serait un signal fort. Un message clair que le sport ne peut coexister avec la répression et la peine de mort infligée à ses propres pratiquants. Ce serait aussi un geste de solidarité envers les athlètes iraniens, qui sont aujourd’hui pris en étau entre leur passion et leur survie.

Le sport ne peut pas sauver le monde à lui seul. Mais il peut refuser d’être complice.

À quelques semaines du Congrès mondial contre la peine de mort qui se tiendra fin juin à Paris et réunira abolitionnistes, juristes, institutions et organisations de défense des droits humains du monde entier, le silence du mouvement sportif international apparaît plus intenable que jamais.

La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais pourquoi cela n’a pas encore été fait.

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