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« Plus nombreux, mais invisibles » : la situation des personnes condamnées à mort en Indonésie

En 2026, alors que l’Indonésie marque dix ans sans exécution, le pays est entré dans une nouvelle phase concernant son approche de la peine de mort. En collaboration avec son partenaire de longue date KontraS, ECPM publie son dernier rapport de mission d’enquête sur la situation des personnes condamnées à mort dans le pays.
Publication du rapport de mission d'enquête conjoint ECPM x KontraS, Indonésie, Mission Marie-Lina, 2026
L’équipe de KontraS aux côtés de Marie-Lina Pérez, Responsable Afrique-Asie chez ECPM
© Crédits photo : KontraS
Publication officielle du rapport de mission d’enquête, 13 octobre 2026, Jakarta (Indonésie)

En 2019, « Déshumanisés », un rapport de mission d’enquête publié par ECPM et KontraS, a démontré que la suspension des exécutions ne signifiait pas pour autant une avancée vers l’abolition.

Au lieu de cela, cela a laissé des hommes et des femmes condamné•es à la peine de mort purger des peines de plusieurs décennies dans des conditions de détention très difficiles. Sept ans plus tard, ce nouveau rapport décrit les changements intervenus dans l’approche de l’Indonésie vis-à-vis de la peine de mort. L’entrée en vigueur du nouveau Code pénal et des modifications apportées en 2026 marque un tournant vers une approche plus conditionnelle et moins irréversible de la peine de mort, même si celle-ci reste en vigueur et que les condamnations sont encore prononcées à un rythme alarmant. En avril 2026, 639 personnes étaient sous le coup d’une condamnation à mort, soit plus du double du nombre enregistré en 2019.

Infographie – La peine de mort en Indonésie (2025)

Entre octobre 2024 et décembre 2025, une équipe a mené cette mission d’enquête. Elle s’est rendue dans six établissements pénitentiaires et a rencontré huit condamnés à mort, une douzaine de membres du personnel pénitentiaire ainsi que des représentants de la société civile.

Le nombre croissant de personnes condamnées à mort en Indonésie

Bien que la législation indonésienne prévoie la peine de mort pour un large panel d’infractions, son application a toujours été sélective. Depuis l’indépendance, les exécutions n’ont concerné que quatre catégories de crimes : la subversion, le meurtre avec circonstances aggravantes, le terrorisme et les infractions liées à la drogue. La subversion, qui jouait autrefois un rôle central dans la condamnation à mort, a depuis disparu en tant qu’infraction pénale.

Les infractions liées à la drogue sont désormais la principale cause des condamnations à mort en Indonésie.

La peine de mort en droit et en pratique en Indonésie

La peine de mort encore profondément ancrée dans le système judiciaire indonésien

Bien qu’aucune exécution n’ait eu lieu depuis 2016, les tribunaux indonésiens continuent de prononcer des condamnations à mort, et le nombre de condamnés à mort a considérablement augmenté. Rien qu’en 2025, les tribunaux indonésiens ont prononcé au moins 68 nouvelles condamnations à mort, dont la grande majorité pour des infractions liées à la drogue, ce qui place l’Indonésie parmi les pays qui recourent le plus activement à la peine capitale dans le monde.

Les ressortissant•es étranger•es sont particulièrement touché•s. Les données officielles de 2025 indiquent que 95 ressortissant•es étranger•es, originaires d’une douzaine de pays, étaient condamné•es à mort, dont 94 pour des infractions liées à la drogue. En avril 2026, leur nombre était passé à 97.

Dégradation des conditions de détention

Dans l’ensemble des établissements visités, les personnes condamnées à mort ont déclaré vivre dans des conditions similaires à celles des autres détenu•es, sans disposition particulière tenant compte de leur statut de condamné•es à mort.

L’accès aux soins de santé mentale reste une faille structurelle majeure. Comme l’a montré la mission d’enquête de 2019, l’accès aux soins psychologiques et psychiatriques est extrêmement limité. Ce manque de soutien rend de nombreuses personnes condamnées à mort particulièrement vulnérables à la détresse psychologique. Pour Rizal, l’aspect le plus difficile est « l’attente dans l’incertitude ». Le manque de soins adaptés est aggravé par l’absence de formation spécifique du personnel pénitentiaire aux besoins des personnes condamnées à mort. Le modèle de détention indonésien est axé sur des questions de sécurité plutôt que sur les besoins spécifiques des personnes incarcérées.

Cette incertitude prolongée pèse également sur les relations sociales et familiales. Plusieurs personnes interrogées ont expliqué que les visites de leurs familles s’étaient faites de plus en plus rares, principalement en raison de la distance géographique et des frais de déplacement.

À propos de KontraS

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KontraS (Commission pour les personnes disparues et les victimes de violence) est une ONG indonésienne créée en 1998 afin de sensibiliser sur les victimes d’abus judiciaires en Indonésie. Elle œuvre à améliorer le respect et la protection des droits en Indonésie par le biais d’activités de plaidoyer, d’enquêtes et de campagnes. KontraS enquête sur plusieurs questions telles que les disparitions forcées, la torture, l’impunité, et les violations des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.L’abolition de la peine de mort est l’un de ses axes de plaidoyer. En partenariat avec ECPM, elle a mené et publié une mission d’enquête dans les couloirs de la mort indonésiens en 2020. Le travail de KontraS et ECPM depuis le début de leur collaboration a eu comme fil conducteur la réforme du code pénal et en particulier du chapitre sur la peine de mort.

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