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NOS ARGUMENTS

Pourquoi la peine de mort ne vous protège-t-elle pas ?


Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ! La peine de mort n’est pas utilisée pour protéger la société de monstres violeurs d’enfants multirécidivistes. Les couloirs de la mort sont en grande majorité occupés par des personnes dont la vie ne valait rien aux yeux de leurs juges, pour cause de pauvreté, de discrimination ou d’enjeux politiques. S’opposer à la peine de mort, c’est dire non aux meurtres d’État, non à la torture, c’est maintenir notre humanité et notre dignité face à la barbarie !


20 000 personnes croupissent dans les couloirs de la mort et plus de 1 600 ont été exécutées en 2015 (selon les chiffres d’Amnesty International). Ces chiffres ne comprennent pas les condamnations à mort en Corée du Nord ni en Chine, pour lesquelles nous ne disposons pas d’informations suffisantes. Cependant, on estime à 5 000 le nombre de personnes exécutées chaque année rien qu’en République populaire de Chine.


1. La peine de mort viole le droit à la vie

Consacré par l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.


Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

2. La peine de mort est cruelle, inhumaine et dégradante

Une punition qui interdit tout espoir est en réalité une torture. Les condamnés à mort vivent dans la peur constante d’être tués, et cette terreur perpétuelle dure bien souvent vingt ou trente ans. Pendant toutes ces années, dans de nombreux pays, ils sont souvent maintenus à l’isolement, vivent dans un dénuement extrême et sont torturés.


Tommy Arthur, condamné à mort en Alabama, a vu, en 2016, sa date d’exécution repoussée à la dernière minute pour la septième fois depuis quinze ans. Il a donc passé sept fois sa dernière nuit, a dit adieu sept fois à ses proches et a vécu sept fois la terreur de son exécution imminente.

3. La peine de mort n’est pas juste

Elle est une vengeance qui perpétue le cycle de violences et de souffrances, là où la Justice vise au contraire à organiser la réparation de la situation.


En Iran, le 15 avril 2014, Samereh Alineja a ému le monde entier en retirant la corde du cou du meurtrier de son fils. « Le meurtrier pleurait, raconte-elle. Il a demandé pardon. Je l’ai giflé, ce qui m’a calmé. J’ai dit : « Je te punis pour le malheur que tu m’as fait. » » Puis elle a retiré la corde du cou du condamné, signifiant ainsi son pardon.

4. La peine de mort n’est pas dissuasive et ne rend pas la société plus sûre (bien au contraire

Quand un État, qui juge que la vie n’a pas de valeur sacrée, diffuse cette idée parmi ses habitants. C’est ainsi que la violence entraîne la violence. Au final, les pays qui utilisent la peine de mort ont des taux de criminalité plus forts que ceux des pays abolitionnistes.


Le Texas est l’État américain qui exécute le plus, et pourtant son taux de criminalité a augmenté de 400 % depuis qu’il a réinstauré la peine de mort, le 2 juillet 1976. Selon l’Indice de paix mondiale, seuls deux pays rétentionnistes : le Japon (9e) et Singapour (20e) figurent dans les vingt pays les plus sûrs au monde. Tous les autres ont aboli la peine de mort.

5. La peine de mort tue des innocents

Elle s’applique différemment selon le degré de corruption de la police et de la justice locales, les aléas des enquêtes, et les enjeux locaux. Sur les 156 condamnés à mort innocentés aux États-Unis depuis 1976, 56 % avaient été déclarés coupables sur la base d’un faux témoignage, 36 % à cause de faux témoins oculaires et, dans 46 % des cas, c’est le comportement des enquêteurs qui était à blâmer. Combien n’ont pas été innocentés à temps, aux États-Unis comme dans le reste du monde ?


Teng Xingshan a été exécuté en Chine en 1989 pour le meurtre et le viol d’une femme qui avait disparu. Mais cette femme a finalement réapparu en 1993. Trop tard, pour la vie perdue de Teng Xingshan.

6. La peine de mort est un outil de répression politique

La plupart des pays qui utilisent la peine de mort ne résistent pas à la tentation d’en faire un outil de répression politique et/ou religieuse. On ne manifeste pas, on ne se bat pas contre une politique gouvernementale, quand le simple fait de donner son avis suffit à vous envoyer à l’échafaud.


Ahmed Haou, qui est resté quinze ans dans les couloirs de la mort marocains, avait été condamné pour avoir manifesté contre le régime du roi Hassan II et écrit un slogan sur un mur. Depuis l’Indépendance, 54 personnes ont été exécutées au Maroc, principalement pour des raisons politiques.

7. La peine de mort est discriminatoire

Partout dans le monde, la peine de mort est particulièrement utilisée contre des personnes appartenant à une minorité stigmatisée (migrants, homosexuels, groupes ethniques ou religieux, personnes souffrant de troubles mentaux…).


Mahdi Rezaii, âgé de 17 ans, a été condamné à mort en juillet 2008 en Iran pour des actes homosexuels. En 2016, douze pays condamnent encore les homosexuels à mort.

8. La peine de mort vise en priorité les personnes pauvres, illettrées et dans l’incapacité de se défendre

Les accusés encourant la peine de mort, qui viennent de milieu très pauvres et sont peu éduqués, doivent faire face à deux problèmes : la capacité financière à se défendre et la capacité intellectuelle à comprendre les enjeux de leur procès – ainsi que le fonctionnement de la Justice – et à y répondre par le comportement et la défense adéquats.


Roger McGowenn, aux États-Unis, a vu son avocat commis d’office – alcoolique notoire – s’endormir à plusieurs reprises pendant son procès. Roger McGowenn a été condamné à mort pour n’avoir pas eu les moyens de se payer un avocat.

9. Il n’y a pas de manière humaine de tuer un homme

Les États-Unis ont abandonné la chaise électrique au profit des injections létales, dans une recherche « scientifiquement fondée » d’une méthode d’exécution moins douloureuse et plus « propre ». Et, pourtant, les cas de ratages et d’agonies longues sont légion.


En 2009, la justice américaine avait procédé à l’exécution de Romell Broom. Après dix-huit tentatives de pose de cathéter et deux heures de torture atroce, de pleurs et de cris, l’exécution avait été stoppée. En 2016, la cour a estimé que Romell Broom pouvait à présent être exécuté « une seconde fois ».

10. La peine de mort est instrumentalisée comme outil de vindicte populaire

Et n’a souvent pas de lien avec l’exercice de la Justice.


En 2015, la Jordanie a pendu deux islamistes irakiens (dont une femme souffrant de maladie mentale) condamnés à mort pour des attentats meurtriers en 2005 à Amman. Ces exécutions ont été décidées en représailles à l’exécution par Daech d’un pilote jordanien.

11. La peine de mort est utilisée comme outil de pression entre pays

Les condamnés à morts étrangers sont l’objet de tractations et sont utilisés pour des raisons politiques.


Nimr Baqr al-Nimr, dissident saoudien chiite non violent, a été exécuté le 2 janvier 2016, dans le cadre de la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Son neveu, Ali al-Nimr, 17 ans au moment des faits, également arrêté pour avoir participé à des manifestations, attend toujours son exécution dans le couloir de la mort.

12. La peine de mort n’est pas utilisée que pour les crimes de sang

Et, parfois, ce qui est considéré comme un crime dans certains pays n’est même pas un délit dans d’autres. Ainsi, la sodomie, l’adultère, le blasphème et l’apostasie sont reconnus comme des motifs justifiant la peine capitale dans plusieurs pays.


L’iranienne Sakineh Mohammadi Ashtiani avait été condamnée à mort par flagellation pour adultère en 2006. L’ampleur de la mobilisation internationale avait finalement permis sa libération en 2014. Asia Bibi, Pakistanaise de religion chrétienne et condamnée à mort pour s’être demandée à voix haute si Dieu pensait que les chrétiens souillaient l’eau des musulmans en buvant à la même source, est toujours en prison en attente de son exécution.

13. La peine de mort est dans l’immense majorité des cas utilisée dans le cadre de la lutte violente contre le trafic de drogue

C’est 70 % des exécutions dans le monde. Pourtant, cette méthode a prouvé son inefficacité, comme a fini par l’admettre l’Onu après des années de War on drugs agressive. Toutes ces exécutions concernent le plus souvent des quantités de drogues minimes.


Chijioke Stephen Obioah, un Nigérian de 38 ans, a été exécuté en 2016 par la justice singapourienne pour la possession de 2,6 kg de cannabis. Les banques de Singapour, connues pour être les plaques tournantes de l’argent sale de la drogue dans le monde, ne déplorent, quant à elles, aucune exécution.

14. La peine de mort crée de nouvelles victimes

Sans soulager les victimes du crime premier, les condamnations à mort étendent la souffrance et le traumatisme aux familles des condamnés à mort.


« J’ai dû expliquer à mes petits-enfants que leur mère était condamnée à mort. Le plus grand a 14 ans. Il souffre à l’école car ses camarades se moquent de lui. Son niveau baisse, il est détruit, il souffre. » Celia Veloso, mère de Marie-Jane Veloso, condamnée à mort en Indonésie

15. La peine de mort est une négation de la capacité de réinsertion de chacun

Les criminels qui souffrent de troubles mentaux doivent être pris en charge dans des structures adaptées. Pour les autres, une vie utile à la société est encore possible.


« J’ai décidé que je ne serai pas une personne inutile dans ce monde. Et pour devenir quelqu’un d’utile pour mon pays, il fallait que j’étudie moi aussi. J’ai donc participé à l’école de la prison, puis j’ai préparé un diplôme de droit par correspondance à l’université de Londres. Pour la suite, je compte passer mon master et m’engager auprès d’une organisation qui s’occupe des enfants de prisonniers. » Suzan Kigula, ancienne condamnée à mort en Ouganda

16. La peine de mort ne trouve pas sa place dans l’échelle des peines

Il est symptomatique que la Cour pénale internationale (CPI) comme le Tribunal pénal international (TPI) ne prévoient pas la peine de mort pour les crimes les plus graves (crimes de guerre, crimes de génocide et crimes contre l’humanité), la peine de mort virant rapidement à l’absurde dans ces cas.


« S’il avait fallu exécuter les tueurs de masse responsables du génocide de mon peuple, il aurait alors fallu faire un nouveau génocide en exécutant plus de 600 000 responsables et acteurs du génocide tutsi. C’est pour cela que le choix de l’abolition de la peine de mort est celui qui s’imposait. » Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda

17. De nombreux hauts représentants religieux se sont exprimés contre la peine capitale

Même les religions qui ne s’opposent pas à ce châtiment en réduisent drastiquement l’utilisation.


« Il n’y a pas de peine valable sans espérance. » Pape François « Vous devez les condamner pour leur faire comprendre qu’ils ont commis de mauvaises actions, mais aussi leur montrer qu’ils font toujours partie de la société et qu’ils peuvent changer. » Le dalaï-lama « Faites de votre mieux pour éviter les punitions obligatoires. Si vous pouvez trouver une issue pour l’accusé, faites-le. Il vaut mieux pour le souverain se tromper en accordant un pardon que de se tromper en appliquant une punition. » al-Tirmidhi

18. L’abolition est une idée universelle

L’apanage d’aucune civilisation sur une autre, loin de tout relativisme culturel


La Chine avait aboli la peine de mort en 747, sous la dynastie Tang. Au Japon, c’est l’empereur Shômu qui l’avait abolie dès 724. En Afrique, ce sont les différentes colonisations qui ont importé la peine de mort dans ce continent (des zones bantoues jusqu’au pays berbère dans le Nord) qui pratiquait jusque-là plutôt le bannissement. À l’ère moderne, ce sont les pays d’Amérique latine qui ont, les premiers, aboli la peine de mort, dans le sillage du Venezuela en 1863. Enfin, aux États-Unis, les États du Michigan (1846) et du Wisconsin (1853) avaient aboli bien avant les pays d’Europe.

19. La peine de mort n’a pas de sens

Les condamnés à mort sont parfois exécutés après plus de quarante années passées dans les couloirs de la mort.


« L’homme qui va être mis à mort n’est plus celui qui a commis le meurtre. Il est devenu un vieil homme qui a montré ce que je pense être de vrais remords pour son crime. » Un policier d’Austin, parlant de David Powel, condamné à l’âge de 27 ans pour le meurtre d’un policier, et exécuté trente-deux ans plus tard.

20. La peine de mort n’est pas populaire

L’argument de l’opinion publique est particulièrement utilisé dans des pays qui, en fait, y prêtent très peu d’attention, comme la Biélorussie ou Chine. Il est, de plus, faux : l’opinion publique est plutôt encline à suivre les décisions de son gouvernement, quelles qu’elles soient.


Les dernières enquêtes aux États-Unis, au Maroc, en Biélorussie ou au Japon montrent que les populations sont tout à fait disposées à accepter l’abolition de la peine de mort dans leur pays.

21. La peine de mort est un contre-indice du niveau démocratique dans un pays

Car elle est un instrument utilisé majoritairement par les dictateurs pour terroriser leur population. L’abolition de la peine capitale est donc une étape vers la démocratisation d’un pays.


Dans les 50 pays les plus démocratiques du monde, on ne trouve que 5 pays qui pratiquent la peine capitale. À l’inverse, 7 des 10 pays les moins démocratiques pratiquent la peine de mort (sachant que l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Afghanistan, la Corée du Nord et le Vietnam ne sont pas comptabilisés dans ce classement).

22. La peine de mort est de plus en plus rare

La tendance universelle est à l’abolition.


Sur les 198 pays de l’Onu, seuls 55 appliquent encore la peine de mort. Les deux tiers des pays de la planète sont donc abolitionnistes en droit ou en pratique. Aux États-Unis, la peine de mort n’est appliquée que par 2 % des comtés. Même au Texas, 4 des 254 comtés sont responsables à eux seuls de plus de la moitié des exécutions de l’État.

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