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Firmin Yangambi Libote, ancien prisonnier politique, ancien bâtonnier de la province de la Tshopo au barreau de Kisangani et avocat à la Cour pénale internationale, activiste des droits humains et président de l’ONG Paix sur terre, a été condamné à mort en 2010 pour détention illégale d’armes de guerre et tentative d’organisation d’un mouvement insurrectionnel. Photo © Christophe Meireis

Pouvez-vous nous parler des moments clés de votre parcours et des obstacles que vous avez dû surmonter en tant qu’avocat et militant des droits humains en RDC ?

Le système judiciaire congolais est un système jalonné d’obstacles, de difficultés en tous genres, aussi bien pour les justiciables, pour les avocats, pour les défenseurs des droits humains et je dirais même pour les magistrats et les juges. Personnellement, en tant qu’avocat, j’ai déjà été confronté à des menaces de représailles du fait de la défense des intérêts des justiciable, surtout lorsque ces intérêts étaient en contradiction avec ceux des personnes au pouvoir ou des institutions publiques. Par la suite, j’ai moi-même été victime de cette justice arbitraire. J’ai été poursuivi pour deux incriminations d’ordre politique et j’ai écopé de la peine de mort. Par la suite, j’ai effectué 10 ans de prison, puis ma sentence a été réduite à 20 ans. J’ai finalement été libéré suite à une mesure de grâce présidentielle, alors que j’aurais pu bénéficier d’une loi d’amnistie, mais cette opportunité m’a été retirée par la volonté des personnes en position de pouvoir. Même après avoir été libéré et gracié, j’ai continué à être la cible de poursuites judiciaires sous divers prétextes, très souvent en raison de mon engagement dans la défense des droits humains. Mon cas est peut-être l’un des plus médiatisés, mais il n’est pas unique. De nombreux autres Congolais endurent des injustices tout aussi graves, voire pires, mais peut-être dans l’obscurité de l’anonymat.

Vous venez en France pour partager votre histoire et alerter sur l’utilisation de la peine de mort. En quoi pensez-vous que la sensibilisation à cette question est cruciale ?

Je pense qu’il est essentiel de sensibiliser à ces questions, car à la racine de tout cela se trouve le droit à la vie. En apparence, il semble que toute l’humanité ait plus ou moins souscrit à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et ainsi de suite. Nous considérons que, du point de vue de l’humanité, le droit à la vie est un principe fondamental pour tout individu. Je pense que l’abolition de la peine de mort est une cause commune à toute l’humanité, et il est donc crucial que l’ensemble de la communauté mondiale participe à sa promotion.

Plaidoyer
avril 2024
À son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef de l’État de la…

La France, évidemment, est l’un des pays qui a été en première ligne de cette lutte pour l’abolition. Je crois que la France peut continuer à entretenir des liens très étroits, tant sur le plan diplomatique que culturel, avec le gouvernement congolais en particulier, pour des missions de plaidoyer. De plus, la société civile française, notamment à travers les organisations de défense des droits de l’Homme, peut jouer un rôle important en plaidant pour cette cause, en collaboration avec plusieurs organisations sur le continent africain, y compris au Congo. C’est donc une cause commune qui exige que des efforts soient conjugués par toute l’humanité.

Après avoir été condamné à mort et passé 10 ans en détention, vous avez été gracié, mais le harcèlement judiciaire semble persister. Comment gérez-vous cette pression continue et quelles sont vos principales préoccupations pour l’avenir ?

La pression exercée dans de telles circonstances est extrêmement grave, car elle provient de personnes en position de pouvoir, ayant à leur disposition toute la machine répressive de l’État, qu’ils peuvent déployer à tout moment. C’est une pression difficile à gérer. En réalité, on ne la gère pas. Nous tentons simplement de la supporter, d’agir comme les roseaux. Lorsque le vent souffle fort, nous nous courbons en attendant des jours meilleurs où nous pourrons nous redresser. Après avoir été confronté à la condamnation à mort, à dix ans de prison et aux différentes formes de torture dans ce pays, j’y fais face. Mon bagage humain et monexpérience personnelle me permettent également de la canaliser, mais la route vers l’avant n’est jamais garantie.

Témoignage
avril 2024
Maître Firmin Yangambi Libote, ancien prisonnier politique, ancien bâtonnier de la province de la Tshopo…

La récente décision du gouvernement congolais de lever le moratoire sur la peine de mort a suscité de vives inquiétudes au niveau national et international. Quel est votre point de vue sur cette évolution et quelles conséquences redoutez-vous pour le pays ?

En tant que Congolais, je constate clairement que la levée du moratoire représente un important recul par rapport aux efforts déployés par le gouvernement de la RDC sur cette question. Il est important de rappeler que ce moratoire, malheureusement levé, avait été instauré à un moment crucial, lors de l’exécution de condamnés à mort dans l’affaire de l’assassinat d’un ancien président de la République, dont le fils est devenu président par la suite. Dans ce contexte de célébration et de tension politique, la décision du gouvernement congolais d’instaurer ce moratoire était sans aucun doute difficile. Aujourd’hui, dans un contexte plus apaisé après deux décennies d’efforts, la levée du moratoire, sous prétexte de lutter contre les trahisons au sein des forces armées, semble clairement être une mesure de propagande populiste. Cette décision n’a rien à voir avec la lutte contre l’impunité ni avec le renforcement des capacités des forces armées congolaises. Au contraire, elle semble aller à l’encontre de ces objectifs.

Les mesures nécessaires se trouvent ailleurs, notamment dans la réforme complète du système judiciaire, dans l’autonomisation des magistrats tant en termes de formation que de moyens de travail. De plus, pour mener efficacement une guerre, nos forces armées ont besoin de ressources adéquates et de formations appropriées. Ainsi, la levée du moratoire sur la peine de mort n’est en aucun cas une mesure contribuant à améliorer la capacité militaire de la RDC en termes de défense du territoire ou de lutte contre l’impunité. Il s’agit plutôt d’une mesure qui pourrait être utilisée pour exclure les opposants politiques ou limiter la liberté d’expression et de pensée, comme cela a été le cas dans les régimes précédents de la région. Les risques associés à cette décision sont énormes, tant pour la promotion des droits de l’Homme en général que pour la défense du droit à la vie en particulier.

En tant que président de l’ONG Paix sur terre, vous militez pour l’appui aux victimes de la guerre. Comment évaluez-vous la situation actuelle en RDC, notamment en ce qui concerne les droits de l’homme et les efforts de construction de la paix, à la lumière de cette décision concernant la levée du moratoire sur les exécutions ?

Il faut reconnaitre que nous nous trouvons dans une situation délicate, surtout après tant d’années d’efforts et d’actions positives, aussi bien de la part du gouvernement congolais que de ses États partenaires, tant au niveau bilatéral que multilatéral, ainsi que des efforts des ONG nationales, internationales et françaises en particulier. Le fait soudain de devoir réévaluer la question représente un défi majeur. Cette décision nous prend vraiment de court. Pour ma part, je pense qu’il est essentiel, dans un premier temps, d’évaluer la véritable portée de cette mesure de levée de moratoire. Il est nécessaire de comprendre les motivations des autorités qui ont pris cette décision. Bien que je reste convaincu qu’il s’agit d’une mesure de propagande politique, il est crucial de cerner leur intention réelle. Ensuite, il est important de recourir aux moyens classiques, tels que la sensibilisation des opinions publiques. En effet, il ne faut pas oublier que les opinions publiques ont également leur rôle à jouer dans cette question de la peine de mort, d’où la nécessité de les sensibiliser.

Après, il y a les actions de plaidoyer menées principalement par les ONG, tant nationales qu’internationales. Au niveau national, il existe au Congo deux ou trois ONG qui travaillent réellement sur cette question, notamment Culture pour la Paix et Justice des Conflits au Congo (CPJCC), qui malheureusement se retrouve un peu esseulée sur cette question et ne reçoit pas le soutien nécessaire de la part de nos grandes organisations, notamment les barreaux congolais qui auraient également dû jouer un rôle important dans cette direction.

En plus des plaidoyers nationaux et internationaux, je crois aussi qu’au niveau des États, par le biais de la voie diplomatique, il est possible d’intervenir. Par exemple, la France entretient des relations diplomatiques très étroites avec la RDC et fournit une aide au développement, notamment dans le domaine de la formation de l’armée, des services de renseignement et de la justice. Je pense que le gouvernement français pourrait utiliser ses moyens pour dialoguer avec ses partenaires congolais et œuvrer en faveur du rétablissement du moratoire dans un premier temps, mais en fin de compte, pour l’abolition totale de la peine de mort, qui demeure toujours légale en vertu du droit pénal congolais.

Il faut une véritable abrogation de disposition de la loi pénale congolaise qui institue la peine de mort comme sanction.

Quel message souhaitez-vous adresser au grand public pour les encourager à reconsidérer leur position sur la peine capitale ?

Je tiens d’abord à souligner qu’à l’époque de l’abolition de la peine de mort en France, l’opinion publique était majoritairement favorable à son maintien. Des décennies plus tard, je pense que l’opinion publique française a réalisé que les craintes liées à l’abolition de la peine de mort, notamment en ce qui concerne une éventuelle augmentation de la criminalité, ne se sont pas réalisées. D’autres sociétés qui redoutent que l’abolition de la peine de mort ne conduise à une impunité pourraient tirer des leçons de cet exemple.

En réalité, la question n’est pas de savoir si les criminels doivent être punis par la mort, mais plutôt de trouver des moyens de les punir tout en préservant l’humanité. Personnellement, j’ai toujours considéré que, quel que soit le crime commis, surtout lorsque la peine de mort est réservée aux crimes ayant entraîné la mort, l’humanité ne devrait pas être sacrifiée. En condamnant à mort les auteurs de ces crimes, c’est l’humanité dans son ensemble qui en pâtit, car ces individus font partie intégrante de l’humanité.

De plus, nous devons considérer que, en dehors des morts qui pourraient résulter de ces crimes, il y a la question fondamentale du droit à la vie. Nous devons nous interroger sérieusement : le droit à la vie est-il absolu ou relatif ? Si nous considérons que le droit à la vie est absolu, alors l’abolition de la peine de mort doit également être absolue. En revanche, si nous pensons que le droit à la vie est relatif, certaines personnes pourraient argumenter que l’abolition de la peine de mort est également relative. Cependant, dans ce dernier cas, nous devons tous être conscients des pentes glissantes que cela représente. Si en tant que société humaine nous décidons que le droit à la vie est relatif, nous nous engageons sur une voie extrêmement dangereuse pour l’humanité tout entière.

Maître Firmin Yangambi Libote (© Christophe Meireis)

While proclaiming his innocence, his sentence was reduced to 20 years of imprisonment during which he continuously contested the accusations. After ten years, he was granted presidential pardon in March 2019.

His commitment to justice and fundamental rights has made him the target of multiple pressures, even after his release. Indeed, he continues to face numerous intimidations due to his activist activities. His story reflects the persistent challenges faced by human rights defenders in many regions of the world.

Next week will be an opportunity for Mr. Yangambi Libote to meet with high-level political figures and participate in several civil society initiatives, especially with young people. Join us on Monday, April 8th at 7:00 PM at the House of the Bar Association, 2 Rue de Harlay, Paris, to hear his testimony as well as the intervention of Marie-Lina Perez, Africa-Asia Manager at ECPM, who will discuss the decision of the Congolese authorities to lift the moratorium on executions (free entry, reservation required at education@ecpm.org).

The lifting of the moratorium on executions in the DRC will be a central issue of Mr. Yangambi Libote’s visit

The presence of Me. Yangambi Libote is significant within a particular context in the Democratic Republic of Congo (DRC). Indeed, in a statement broadcasted on February 5, 2024, during the 8 p.m. edition of the national television news, the High Defense Council requested the Supreme Commander of the FARDC and the President of the Democratic Republic of Congo to lift the moratorium on the executions of death row prisoners, which was in place since 2003.

During the Council of Ministers on February 9, the State Minister requested the government to take note of this request. On March 13, the Ministry of Justice officially lifted the moratorium. This decision is of paramount importance; currently, more than 800 death row inmates are detained in prisons across the DRC, awaiting for execution.

Infographie – la peine de mort en RDC (2023)

In this context, the presence and testimony of Me. Yangambi Libote hold particular significance, providing an opportunity to raise awareness about the consequences of such a political decision.


Communiqué de presse
mars 2024
ECPM et CPJ asbl partagent leur très vive inquiétude à la suite de la publication…
Maître Firmin Yangambi Libote (© Christophe Meireis)

Alors qu’il clamait son innocence, sa peine a été réduite à 20 ans de réclusion criminelle durant lesquelles il n’a cessé de contester ces accusations et a bénéficié, après dix années, de la grâce présidentielle en mars 2019.

Son engagement en faveur de la justice et des droits fondamentaux lui a valu d’être la cible de multiples pressions, même après sa libération. En effet, il demeure confronté à de nombreuses intimidations en raison de ses activités militantes. Son histoire témoigne des défis persistants auxquels sont confrontés les défenseurs des droits humains dans de nombreuses régions du monde.

La prochaine semaine sera l’occasion pour Me Yangambi Libote de rencontrer de hautes personnalités politiques et de participer à plusieurs initiatives de la société civile, organisées notamment auprès de jeunes. Rendez-vous le lundi 8 avril à 19h à la maison du Barreau, 2 Rue de Harlay, Paris, pour entendre son témoignage ainsi que l’intervention de Marie-Lina Perez, Responsable Afrique-Asie chez ECPM, qui reviendra sur la décision des autorités congolaises de lever le moratoire sur les exécutions (entrée gratuite, réservation obligatoire à education@ecpm.org).

Levée du moratoire sur les exécutions en RDC : un enjeu central de la visite de Me Yangambi Libote

La présence de Me Yangambi Libote s’inscrit dans un contexte particulier en République démocratique du Congo (RDC).

En effet, dans un communiqué diffusé le 5 février 2024 à l’édition de 20 heures du journal de la télévision nationale, le Conseil supérieur de la défense a demandé au commandant suprême des FARDC et au Président de la République démocratique du Congo de lever le moratoire sur les exécutions des condamnés à mort en vigueur depuis 2003. Lors du Conseil des ministres du 9 février dernier, la ministre d’État a demandé au gouvernement de prendre acte de cette requête. Le 13 mars, le Ministère de la Justice a officialisé la levée du moratoire. Cette décision est d’une importance capitale ; actuellement, plus de 800 personnes condamnées à mort sont détenues dans les prisons de la RDC.

Infographie – la peine de mort en RDC (2023)

Dans ce contexte, la présence et le témoignage de Me Yangambi Libote revêtent une signification particulière, permettant de sensibiliser sur les conséquences d’une telle décision politique.


Communiqué de presse
mars 2024
ECPM et CPJ asbl partagent leur très vive inquiétude à la suite de la publication…
Fatia, Haris et leur équipe de défense

En tant que militante pour les droits humains en Indonésie, vous avez réussi à vous défendre contre des accusations de diffamation portées par le gouvernement. Ces accusations découlaient de commentaires formulés lors d’une discussion en ligne, qui a depuis été supprimée, concernant les conclusions d’un rapport que vous avez co-écrit avec d’autres organisations de la société civile (OSC) sur les activités minières en Papouasie et l’implication présumée d’officiels indonésiens. Malgré votre victoire, le gouvernement a interjeté appel. Quelles sont vos prochaines étapes et comment pouvons-nous vous apporter notre soutien ?

Les défenseurs des droits de l’homme ont connu une période difficile au cours des neuf dernières années, depuis l’élection de Joko Widodo à la présidence. Il était attendu comme un vecteur de changement et un nouvel espoir pour l’intégration des droits humains dans l’agenda indonésien. Lors de ses campagnes en 2014 et 2019, Jokowi a présenté une liste exhaustive d’actions et d’initiatives en matière de droits humains. Cependant, ce récit a changé lorsqu’il a nommé, dans son administration, des individus prétendument impliqués dans des violations des droits humains. Cette décision perpétue un régime que l’on peut qualifier de « légalisme autocratique », caractérisé par des réglementations discriminatoires et restrictives, notamment le Code pénal et la Loi sur l’information électronique et les transactions (EIT Law).

Défendre un certain nombre de questions relatives aux droits humains reste un vrai défi si ces réglementations ne sont pas révisées conformément aux recommandations que nous avons adressées au gouvernement.

Le soutien de la communauté internationale à la campagne soutenant la liberté d’expression et la protection des défenseur·es des droits humains en Indonésie est indispensable, an particulier après ce processus électoral, étant donné que certaines criminalisations étant encore en cours. La soumission d’amicus curiae, la visibilité internationale de la question de la liberté d’expression et l’intervention de la communauté internationale auprès du gouvernement indonésien sont nécessaires. La soumission d’amicus curiae des parties prenantes internationales, comme celui présenté par ECPM dans mon cas, doit pouvoir être maintenu pour soutenir la défense des militant·es dans de telles affaires.

Avec les élections générales, quelles sont les perspectives et les enjeux pour la défense des droits humains ? Et pour les militant·es abolitionnistes, plus particulièrement ?

Étant donné la probabilité qu’un candidat associé au népotisme et aux violations de l’éthique prévale dans le paysage électoral actuel, les perspectives de mise en œuvre des agendas des droits humains en Indonésie semblent de plus en plus difficiles. Les documents relatifs à leur vision et à leur mission indiquent que les questions relatives aux droits humains ne sont pas prioritaires. Prabowo Subianto a été l’auteur présumé de graves violations des droits humains par le passé, et comme il n’existe pas de mécanismes de contrôle, l’agenda des droits humains recule et nous revenons à l’époque du régime du Nouvel Ordre. Les violations de l’éthique pendant le processus électoral et le népotisme ne sont pas traduits en justice. L’élection se poursuit et ce sont eux qui obtiennent le plus de voix, car Jokowi a une influence directe ou indirecte sur le contrôle de la majorité silencieuse et sur le processus de victoire de cette élection, puisqu’il soutient son fils en tant que candidat à la vice-présidence.

Malgré la position antérieure de Prabowo Subianto contre la peine de mort, l’adoption du nouveau Code pénal diminue la probabilité d’abolition ou de moratoire. Les organisations de la société civile éprouvent des difficultés à se faire reconnaître et font l’objet de menaces, tandis que les processus d’élaboration des politiques restent fermés. De plus, les inquiétudes grandissent alors qu’il est prévu d’augmenter le budget de la militarisation, suscitant de sérieuses appréhensions pour les OSC de défenses des droits humains en Indonésie. La plupart des citoyen·nes indonésien·nes soutiennent encore la peine de mort, et même s’il n’y a pas d’exécutions, il est peu probable que les condamnations à mort cessent d’être prononcées. De plus, les défenseur·es des droits humains et de l’abolition font face à un manque de reconnaissance et sont souvent stigmatisé·es comme des agent·es étrangèr·es ou des ennemi·es de l’État.

Croyez-vous que la liberté d’expression en Indonésie est menacée, notamment en ce qui concerne l’abolition de la peine de mort?

Elle est toujours menacée en raison de l’héritage du régime du Nouvel Ordre qui stigmatise les défenseur·es des droits humains et les membres des associations à but non lucratif. Cela peut affecter directement ou indirectement la campagne sur les questions relatives à la peine de mort, qui est l’un des sujets relevant des droits humains. Si un moratoire est mis en œuvre par le gouvernement, les efforts déployés par la société civile pour parvenir à ce résultat risquent de ne pas être reconnus par les autorités. Notre travail en tant que défenseurs des droits de l’homme ne serait pas reconnu, ce qui pourrait potentiellement indiquer une restriction de l’espace civique.

Infographie – la peine de mort en Indonésie (2022)

Écrire un hommage dans le livre d’or

Je voudrais rendre hommage à M. Robert Badinter. Il était mon ami, un soutien permanent de tous mes combats. En tant qu’ex condamnée à mort dans mon pays, le Liban, j’ai eu l’honneur de le rencontrer à plusieurs reprises et de l’avoir à mes côtés au sein d’ECPM et d’autres prestigieuses ONG. Ses combats pour une justice universelle, pour l’abolition de la peine de mort dans le monde m’ont toujours portée et je m’engage jusqu’à mon dernier souffle à poursuivre nos combats communs. L’esprit de vengeance ne l’a jamais habité. Je partage ce même sentiment avec une force indicible vis à vis de mes bourreaux. Au nom de tous les prisonniers privés de leurs droits, je le remercie d’avoir aussi su consacrer sa vie au respect de leurs conditions de détention. M. Robert Badinter reste et restera à jamais un exemple de justice, d’humanisme qui m’accompagne dans mon combat pour la VIE.

Antoinette Chahine Ancienne condamnée à mort au Liban

La question de l’abolition de la peine de mort était au cœur des préoccupations de cet homme de défense et de politique. Il y croyait et se battait pour la faire reconnaître comme une option pour la France sous le gouvernement du président Mitterrand, dans le berceau de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Pour les opposants à la peine de mort au Maroc, M. Badinter a fait preuve d’un courage historique en l’abolissant en France, permettant de sauver les condamnés de l’enfer du couloir de la mort.

Coalition marocaine pour l’abolition de la peine de mort Extrait d’un communiqué de presse

Robert Badinter, icone du combat pour l’abolition de la peine de mort nous a quittés ! Son engagement déterminé contre la peine de mort continuera à éclairer le chemin de l’ensemble des militantes et militants à travers le monde qui luttent pour l’abolition universelle de cette peine inhumaine et cruelle ! Que son âme repose en paix !

Nouza Skalli ancienne ministre au Maroc, coordinatrice du réseau des parlementaires contre la peine de mort au Maroc

Robert Badinter, Avocat engagé sur tous les fronts de la protection de la vie et de la dignité humaine, Victor Hugo du 20ème et 21ème siècle, Chantre de l’abolition pure et simple, totale et universelle de la peine de mort, votre lutte a fait des émules dans le monde entier.

Liévin Ngondji Lievin Ngondj, avocat et président de l’organisation culture pour la paix et la justice en rdc

Robert Badinter a inspiré des générations entières par son engagement pour l’indivisibilité des droits de l’Homme. Son plaidoyer en faveur de l’abolition de la peine de mort illustre son engagement indéfectible pour un monde où la compassion et la raison triomphent. En sa mémoire, nous célébrons un fervent défenseur de la dignité humaine et l’une des figures qui ont su, par le courage de leurs actes, œuvrer pour une justice qui transcende les frontières et les cultures, une justice des libertés où la vengeance n’a pas de place. Une Justice au service de la Vie. Son nom demeurera gravé dans les annales de l’histoire des combats universels de l’Humanité. Il ne nous quittera jamais.

Amina Bouayach Présidente du Conseil national des droits de l’Homme du Maroc

Dès l’annonce de sa disparition vendredi dernier, le deuil commun a réuni les militant·es abolitionnistes qui ont tenu à rendre hommage au grand avocat qu’était Robert Badinter. Ses paroles emplies de sagesse et d’humanité continuent de résonner au-delà des frontières françaises, et nourrissent encore le combat de celles et ceux qui chaque jour se lèvent avec la volonté de combattre la peine de mort dans leur pays. ECPM a souhaité publier leurs mots et vous invite à remplir le livre d’or mis à votre disposition afin d’unir les forces abolitionnistes autour du souvenir heureux du président d’honneur d’ECPM, Robert Badinter.

Pour écrire un mot d’hommage à Robert Badinter, cliquez-sur le bouton ci-dessous (« Write a new entry ») et complétez le formulaire.

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Robert Badinter lors du 1er Congrès mondial contre la peine de mort. Strasbourg, 2001

« Je suis lié à ECPM par deux biais. Le premier est historique, puisque je suis l’un des fondateurs de l’association. J’ai eu la chance de pouvoir créer une structure, et d’en avoir suivi l’évolution sans dévier de son thème de départ. Le second remonte à ma jeunesse. À dix-neuf ans, j’ai fait deux choses importantes : passer le permis et voter socialiste ! Je suis clairement un enfant de 1981, de l’époque Mitterand. Et suivre le discours de Robert Badinter défendant l’abolition de la peine de mort m’a impressionné, c’était formateur politiquement.

Mon souvenir le plus marquant de cette belle aventure : C’est de voir Robert Badinter, lors du premier Congrès mondial contre la peine de mort de Strasbourg, donner un discours vingt ans après celui de l’Assemblée nationale. Je me souviens de sa prestance à la tribune, de son éloquence et de ce silence dans la salle dont il avait capté toute l’attention… C’était fort à vivre !

La présence de Robert Badinter à ce Congrès était d’abord une reconnaissance de notre légitimité, une sorte de transmission de la lutte abolitionniste à notre association. Elle montrait aussi que le combat était encore d’actualité, qu’il n’était pas fini. Symboliquement, il incarne le visage de ce combat en France mais aussi ailleurs dans le monde. »

Olivier Dechaud

Olivier Dechaud, Cofondateur d’ECPM

En 2000, une modeste maison d’édition publiait un livre intitulé « Lettre ouverte aux américains pour l’abolition de la peine de mort »Écrit par Michel Taube, mis en page par Olivier Déchaud et mis en orbite par Jean-François Daniel, ce sont ce livre et ces trois noms qui sont à l’origine d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

24 ans plus tard, les trois bénévoles du début et les actions de l’association ont pris une ampleur internationale. 

Aminata Niakaté, Robert Badinter, Raphaël Chenuil-Hazan lors de la célébration des 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France à l’Assemblée Nationale, 2021 – Photo Ⓒ Christophe Meireis

Robert Badinter est mort et c’est le cœur de toute la communauté abolitionniste qui s’arrête.

Robert Badinter, Président d’honneur d’Ensemble contre la peine de Mort, que j’ai eu l’honneur de rencontrer était l’infatigable défenseur de l’abolition universelle de la peine de mort. Il a toujours été aux côtés d’ECPM, présent à tous nos congrès et au soutien des actions de notre association, d’une manière ou d’une autre. Bien au-delà de nos frontières, il était également une source d’inspiration pour toute la communauté abolitionniste mondiale. Elle est désormais orpheline de ce mentor.

Son humanisme et sa détermination faisaient de lui le meilleur ambassadeur de cette cause. Nous lui devons l’abolition de la peine de mort en France, que le Garde des sceaux qu’il était a réussi à arracher avec un discours mémorable qui résonne puissamment encore à l’Assemblée nationale, alors même que l’opinion publique y était défavorable.

Témoignage
février 2024
42 ans après l’abolition de la peine de mort en France, Robert Badinter, chef de…

40 ans plus tard, il n’avait rien perdu de cette verve et de cette énergie qui le caractérise. Nous avons toutes et tous été bouleversé·es par son discours magistral prononcé au Panthéon.

Avocat, brillant orateur, il a également porté ce combat dans les prétoires avec le verbe haut et fort. Il a toujours su voir la dignité d’un homme quels que soient son histoire, ses faiblesses ou ses travers. Il ne s’est jamais résigné à accepter « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux ».

Inlassable défenseur des droits et libertés publiques, nous lui devons également la dépénalisation de l’homosexualité. De tous les combats, il avait la laïcité et la lutte contre l’antisémitisme chevillées au corps.

C’est un homme immense que nous avons perdu.

C’est avec beaucoup d’humilité qu’ECPM lui rend hommage.

Aminata Niakaté

Présidente d’ECPM

M. Robert Badinter

Nous venons d’apprendre le décès de M. Robert Badinter, quelle a été votre première réaction face à cette annonce ?

Je ressens une grande tristesse, un sentiment de perte personnelle de vide immense, d’avoir perdu mon maître et, plus largement, de perte pour l’humanité, pour la France, pour nos valeurs, nos convictions, qu’il a accompagnées durant toutes ces nombreuses années d’engagement.

Avez-vous un mot pour décrire quelle personne était M. Badinter pour la communauté abolitionniste ?

Un mot ne suffirait pas à le décrire… Robert Badinter était un homme déterminé. Un homme de conviction. Un homme de savoir, d’intelligence et de raison. Il détestait la violence, la bêtise. Il était aussi un homme de fidélité : fidèle à ses convictions, fidèles aux associations qu’il accompagnait, comme ECPM, il est donc très important d’honorer sa mémoire. Robert Badinter était cette vigie qui nous aidait à garder le cap : c’est maintenant à nous de continuer son combat et de garder le cap vers l’abolition universelle de la peine de mort.

M. Badinter fut un acteur majeur dans l’abolition de la peine de mort en France, mais ses ambitions dépassaient-elles nos frontières ?

Robert est un acteur majeur de l’histoire. Il est une des grandes figures de la Ve République. Il a été le Garde des Sceaux qui a aboli la peine de mort en France, il a été l’avocat qui a combattu dans les tribunaux pour permettre à certains d’échapper à la sentence suprême, il aura fait bouger les lignes sur la dépénalisation de l’homosexualité, sur les travaux d’intérêt général (TIG), les conditions carcérales et finalement sur une certaine idée de la justice et de la prison. Mais surtout, il aura été celui qui a le plus incarné – en France et dans le monde – ce combat pour l’universalité de l’abolition. Ce n’est pas seulement un combat français, c’est un combat international. La peine de mort a été abolie en France en 1981, mais elle continue à être appliquée dans d’autres pays, et Robert Badinter s’est engagé auprès de notre association pour que ce combat dépasse les frontières françaises. Il représentait ce combat de par le monde, il en avait la charge symbolique, et il était incroyable de constater à quel point son nom résonnait auprès des militant·es et des acteurs de l’État de droit et de la justice, même dans le monde non-francophone. Il avait l’habitude de dire « l’État de droit n’est pas l’État de faiblesse. » : j’ai toujours retenu cette phrase comme un mantra.

Depuis 2001, M. Badinter était le président d’honneur d’ECPM, que représentait-il pour les membres de l’association ? Quel héritage laisse-t-il aujourd’hui aux abolitionnistes ?

Parmi tous les combats que Robert Badinter a mené pour l’État de droit et pour la justice, son combat clé, c’est l’abolition. Il se trouve que c’est, d’une certaine manière, une histoire française : il s’inscrit dans celle-ci comme un élément pivot, ainsi que dans l’héritage de ses illustres prédécesseurs. Victor Hugo, en son temps, avait déjà fait de l’abolition de la peine de mort un combat personnel, pour rendre la France et le monde meilleurs. Il a été suivi d’Albert Camus, qui a été prix Nobel et à son tour, a porté l’abolition de la peine de mort comme valeur suprême. Robert Badinter s’est inscrit dans cette filiation d’humanistes, et nous-mêmes chez ECPM, nous nous sentons les enfants de Robert Badinter, et sans doute un peu les arrières petits-enfants de Victor Hugo et d’Albert Camus. Robert Badinter représentait un immense soutien, un phare pour l’ensemble des militant·es abolitionnistes dans le monde. Au-delà de l’icône, c’est la personne qui nous montrait la direction à prendre. Il était toujours très attentif à la vie d’ECPM, à sa stratégie et ses combats. Il aura ainsi participé à la quasi-totalité des Congrès mondiaux contre la peine de mort, organisés par notre association.

Est-ce qu’on peut dire qu’ECPM est un peu un enfant de Robert Badinter ? La peine de mort a été abolie en France en 1981, ECPM naît presque 20 ans après, comment ce cheminement-là s’est fait et en quoi sommes-nous les héritiers de ce mouvement ?

ECPM est sans conteste l’enfant de Robert Badinter. Comme vous le rappelez, l’abolition a eu lieu en 1981, mais elle ne s’est pas arrêtée là. D’abord, il a fallu l’inscrire dans la constitution et ECPM s’est engagée dans ce mouvement en 2007, à l’époque, Jacques Chirac était au pouvoir. Nous travaillions avec Robert Badinter pour cette constitutionnalisation. Puis, il a fallu ratifier les protocoles internationaux, et ensuite, faire de la France le porte-drapeau de l’abolition mondiale, de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1981. Robert nous épaulait dans ce sens, il a toujours considéré que nous étions ses descendant·es car il savait que l’abolition devait être universelle. Cette universalité est au cœur du combat abolitionniste et de notre engagement. C’est par cet universalisme que nous avons rejoint la famille de Robert Badinter.

Vous l’avez fréquenté personnellement, quel souvenir allez-vous garder de cet homme ?

Je le rencontrais très régulièrement, j’allais bavarder dans son appartement, il était extrêmement intéressant et intéressé. Il racontait beaucoup de choses, et représente à lui seul une partie de l’histoire française : il a rencontré tous les grands de la Ve république, il les a accompagnés, c’était des moments qu’il aimait partager avec moi. En même temps très préoccupé par les tourments de notre temps et en particulier la résurgence de l’antisémitisme protéiforme, ou du terrorisme islamiste, il était un homme très ouvert, il était particulièrement intéressé de savoir ce que pensaient les nouvelles générations, comment les militant·es d’aujourd’hui menaient désormais le combat autour de l’abolition universelle de la peine de mort. Je crois que c’est bien cette curiosité qui me marquera toute ma vie.

Y a-t-il une anecdote que vous souhaitez partager concernant Robert Badinter ?

Il y en a mille ! Mais j’aimerais vous partager celle-ci : nous avons beaucoup parlé ensemble de François Mitterrand, des bons côtés, comme des mauvais. Le jour de son élection à la tête du pays, le 10 mai 1981, il s’est tourné vers Robert Badinter et lui a dit « Tu vas l’avoir ton abolition ! ».  Son abolition, il l’a eue, et c’est assez incroyable.

Mohamad Habash, Directeur du Centre d’études islamiques de Damas (Syrie)

En tant qu’expert dans l’étude du Coran Mohamad Habash est venu décrypter les alternatives à la peine de mort proposées par la Charia lors de la session plénière faisant l’état des lieux de la peine capitale et les attentes des militant·es abolitionnistes dans la région. « Je suis convaincu que la Charia est suffisamment souple pour éviter le châtiment corporel », a-t-il insisté lors de son intervention.

Amal Faqih, Directrice du Centre médiatique pour les droits humains et la démocratie en Palestine (SHAMS)

Amal Faqih est intervenue au 4e Congrès régional pour rappeler que la sensibilisation est un moyen d’action efficace pour lutter contre l’instrumentalisation de la peine de mort à des fins politiques. Avec son organisation SHAMS, son combat s’articule autour de deux volets : d’abord, elle vise la sensibilisation grand public en soulignant le regard des nouvelles générations sur la peine de mort à travers l’art, le témoignage ou encore le documentaire, puis elle travaille au niveau institutionnel, en produisant notamment des rapports destinés à lutter contre la désinformation sur l’utilisation de la peine de mort.

Hala Ahed, Avocate jordanienne, Lauréate du prix 2023 pour les défenseur·euses des droits humains menacé·es, décerné par Front Line Defenders

Hala Ahed a modéré la session consacrée aux différents groupes de populations (minorités ethniques et de genre, les étrangè·res, les femmes, les enfants et les travailleur·euses migrant·es) affectés de manière disproportionnée par la peine de mort. Elle a notamment interrogé les panelistes sur les moyens de faciliter l’accès à l’aide juridique et le renforcement de l’impartialité du système juridique pour éviter toutes formes de discriminations.

Alexis Le Cour Grandmaison, Ambassadeur de France en Jordanie (France)

Alexis Le Cour Grandmaison est intervenu lors de l’ouverture du congrès régional, pour rappeler que l’abolition universelle de la peine de mort constitue l’une des priorités de la diplomatie française et européenne, qu’elle aborde toutefois avec beaucoup de modestie, étant l’un des derniers pays d’Europe à avoir retiré la peine de mort de son code pénal.

Suzanne Jabbour, Présidente du sous-comité des Nations Unies pour la Prévention de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants

Appelant l’ensemble des États à ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture, Suzanne Jabbour a profité de son passage à Amman pour promouvoir la concertation internationale et souligner l’importance de renforcer les standards internationaux, même s’ils interviennent après la souveraineté de chaque État.

Asem Rababa, Président du Centre d’études sur les droits humains (Adaleh), Jordanie

Asem Rababa, représentant de l’association Adaleh, partenaire d’ECPM en Jordanie, a pu émettre de nombreuses recommandations quant aux politiques de sensibilisation sur les mauvaises pratiques amenant à l’application de la peine capitale. Il propose notamment de travailler main dans la main avec les médias jordaniens pour promouvoir une culture de la tolérance et de respect des droits humains.

François Croquette

Pourquoi vous-êtes vous engagé avec ECPM ?

J’étais adolescent quand la peine de mort a été abolie en France. Et je me souviens de mon effroi en réalisant que, dans mon pays, on pouvait encore condamner un être humain à avoir la tête tranchée. Beaucoup plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer Robert Badinter peu après ma nomination comme Ambassadeur chargé des droits de l’Homme. J’ai mesuré pendant cet entretien à quel point l’abolition avait inspiré mon parcours personnel et professionnel. Trois ans après avoir achevé ce mandat, j’ai voulu prolonger cet engagement en mettant mon expérience au service d’une association que j’ai vue œuvrer partout dans le monde pour porter le message abolitionniste.

En quoi le combat contre la peine de mort est-il toujours pertinent ?

Grâce au travail d’ECPM et d’autres ONG, la peine de mort est en recul dans le monde, mais elle reste appliquée dans plus de 50 pays, parfois dans le plus grand secret. Nous ne connaissons même pas le nombre exact d’exécutions en Chine ! Et les sinistres pendaisons orchestrées cette année par le régime iranien ont démontré que la peine capitale restait un instrument de répression contre la liberté des peuples. Plus que jamais, il nous appartient donc de démontrer que la peine capitale est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit et d’exiger son abolition universelle.

Événement
juin 2023
L’assemblée générale annuelle d’ECPM s’est tenue le 20 juin pour faire le bilan de la…

En tant que militant et ancien Ambassadeur français aux droits de l’Homme, où se situe aujourd’hui le combat des droits humains dans le monde ? Quels sont les principaux défis qui nous attendent pour les prochaines années ?

Force est de constater que le combat pour les droits humains est devenu plus difficile, face à des pays qui ne cachent plus leur ambition de redéfinir l’ordre mondial au détriment des droits fondamentaux. Rien n’est jamais acquis et nous ne sommes pas à l’abri d’un retour en arrière – même en Europe où nous voyons se multiplier les remises en cause de la Convention européenne des droits de l’Homme, le texte qui fonde l’abolition sur notre continent. Mon expérience m’a appris qu’il ne faut jamais baisser la garde. Lorsque nous le faisons, comme cela a été le cas trop longtemps face au régime de Vladimir Poutine, nous payons toujours ces renoncements au prix fort.