
ECPM revient sur les évènements en cours et fait état de sérieux risques d’escalade dans l’utilisation de la peine de mort par les autorités, instrumentalisée depuis plusieurs décennies comme outil d’oppression et de répression politique.
Des manifestations évoluant vers des appels à la fin du régime
Une crise économique, une inflation galopante et une gestion catastrophique des services essentiels de l’État ont durement marqué la population iranienne durant l’année 2025. Le 28 décembre, suite à un effondrement de la valeur de la monnaie, les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont procédé à des fermetures de leurs magasins et à des grèves.

Capture d’écran du compte Instagram Iran Human Rights
Cette mobilisation a rapidement évolué. Son champ géographique s’est élargi ; alors qu’elle avait initialement débuté à Téhéran, elle s’est progressivement étendue à l’ensemble du pays. Le profil des acteur·ices de la mobilisation a évolué ; si les premiers acteur·ices de cette nouvelle mobilisation étaient des commerçants, iels ont ensuite été rejoints par tous types de citoyen·nes. Enfin le spectre des revendications s’est développé puisque si au départ les revendications étaient principalement économiques elles ont rapidement évolué vers des appels à mettre fin à la République islamique d’Iran, à un changement systémique ainsi qu’au respect des droits humains reprenant certains slogans du mouvement « femmes, vie, liberté ». La mobilisation se poursuit toujours au mois de janvier 2026, ainsi que sa répression.
Une répression des manifestations d’une ampleur inédite
Dès le début de la contestation du régime, les autorités iraniennes ont tenté d’y mettre fin par la force sans tenter d’apporter de réponses aux revendications initiales portant sur le coût de la vie. Dans ce contexte, de multiples sévères et graves violations du droit international des droits humains ont été commises par les autorités iraniennes ; « les gardiens de la révolution » : utilisation d’armes léthales contre des manifestant·es désarmé·es, arrestations massives, traitements inhumains et dégradants, recours à des aveux forcés et diffusion sur des médias nationaux y compris de mineur·es (un minimum de 40 vidéos de confessions forcées auraient été diffusées sur les médias nationaux), coupure des moyens de communication y compris d’internet.
Les difficultés croissantes de la documentation
Avant le début de la coupure d’internet il était déjà difficile de documenter l’ampleur des violations des droits humains. Depuis le début des manifestations en décembre 2025, le bilan humain s’alourdit de jours en jours et pourrait être bien plus important que les chiffres avancés actuellement. Au 14 janvier 2026, les ONG dont Iran Human Rights (IHRNGO), partenaire d’ECPM, rapportent déjà plus de 3400 morts, des milliers de personnes blessées et autant d’arrestations. En raison des difficultés à documenter notamment le nombre de morts et d’arrestations et des difficultés de communiquer à l’intérieur et à l’extérieur du pays, il est probable que les informations reçues jusqu’à présent ne soient que parcellaire et ne permettent pas d’avoir une vision de la globalité des violations des droits humains commises sur l’ensemble du territoire iranien. Or, historiquement, la répression a toujours été plus sanglante en dehors de Téhéran

Capture d’écran du compte Instagram Iran Human Rights
Les risques d’une escalade dans l’utilisation de la peine de mort
Début janvier 2026, les autorités ont commencé à durcir le ton et la répression à l’encontre des manifestant·es lorsque les slogans ne portaient plus uniquement sur des revendications contre la cherté de la vie mais également sur un changement de régime. Le vocabulaire employé par les autorités iraniennes a alors évolué pour désigner les manifestant·es comme des ennemi·es de l’État, cherchant ainsi à légitimer une répression de plus en plus violente et à élargir les possibilités et la sévérité des poursuites judiciaires visant à faire taire toute forme de contestation.
Ainsi dès le 3 janvier 2026, l’Ayatollah Ali Khamenei a pris la parole pour distinguer les manifestant·es et les émeutier·es, agent·es de l’étranger. Le 5 janvier 2026, le Chef du Pouvoir Judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, annonce une réponse « sans aucune clémence » contre ceux qu’il nomme des agent·es de l’étranger.
J’ordonne au procureur général et aux procureurs de tout le pays d’agir conformément à la loi et avec détermination contre les émeutiers et ceux qui les soutiennent… et de ne faire preuve d’aucune clémence ni indulgence.
Ayatollah Ali Khamenei
Le 7 janvier 2026, le Ministère de l’Intérieur justifie le black-out numérique (Internet à 1% de ses capacités) pour des raisons de « sécurité nationale » contre le terrorisme. Le 9 janvier 2026, Khamenei prononce un discours considéré comme un tournant à la télévision. Il déclare que « le pouvoir ne reculera pas », accuse les États-Unis et Israël de financer une « guerre hybride » et appelle à une répression sévère. Le 10 janvier 2026, le Procureur Général de Téhéran déclare que tous les manifestant·es arrêté·es seront inculpé·es de « Moharebeh » (inimitié à l’égard de Dieu), un crime passible de la peine de mort, contraire au droit international des droits humains. Le 14 janvier, le Chef du pouvoir judiciaire déclare que les autorités iraniennes ont annoncé que les manifestant·es devront être jugé·es rapidement et exécuté·es.
L’exercice de la justice en Iran et les motifs de condamnation à mort
En Iran, l’exercice de la justice est absolument contraire à tous les standards minimas d’un procès équitable : de l’arrestation à l’exécution de la décision de justice, les personnes sont victimes de mauvais traitements, torture, absence de représentation par un avocat ainsi que de l’application de dispositions législatives contraires au droit international. Les condamnations à mort sont majoritairement prononcées par les Tribunaux révolutionnaires, créés en 1979 sur ordre de l’ayatollah Khomeini, sans aucune base constitutionnelle, qui ne sont pas transparents et dont les juges sont connus pour abuser davantage de leurs pouvoirs judiciaires que tout autre. Un certain nombre de dispositions législatives iraniennes prévoit l’application de la peine de mort pour des infractions qui ne sont pas des crimes de sang et donc contraires au droit international telles que : Moharebeh (inimitié à l’égard de Dieu), Efsad-Fil-Arz (corruption sur terre) ou Baghy (rébellion armée). Les exécutions quifont suite à des condamnations à mort prononcées dans le cadre de tels procès peuvent être considérées, eu égard au droit international, comme des exécutions arbitraires.
Historiquement, dans le cadre de la répression des manifestations précédentes, seul un petit nombre de manifestant·es avaient été condamné·es à mort et exécuté·es. Pour autant, l’intensification de l’oppression, de la répression et de l’utilisation de la peine de mort pour instiller la terreur au sein de la population s’est également traduite par une augmentation du nombre d’exécutions en lien avec la drogue. Le droit international interdit strictement l’usage de la peine de mort pour les infractions qui ne sont pas des crimes de sang.
Depuis 2023, l’Iran connaît une hausse vertigineuse du recours à la peine de mort. En 2024, plus de 950 exécutions ont été recensées. En 2025, l’Iran a enregistré le nombre d’exécutions le plus important de son histoire récente, dépassant le palier terrifiant des 1500 exécutions. Actuellement, des centaines de personnes condamnées à mort seraient détenues dans les prisons iraniennes.
Dans ce contexte général, le risque d’exécution massive est jugé « imminent » par certaines ONG, qui craignent que le régime n’utilise le chaos économique ou les tensions internationales pour procéder à ces pendaisons loin des regards étrangers.

Capture d’écran du compte Instagram Iran Human Rights
Les réactions de la communauté internationale
Nombre de diplomaties ont condamné les multiples violations des droits humains commises. Certaines diplomaties ont également convoqué les ambassadeurs iraniens, réduit leur présence diplomatique et parfois été convoquées ou vu leur présence en Iran réduite à la demande des autorités iraniennes.
Les Hauts représentants des organes des Nations unies ont également multiplié les réactions, condamnant la répression violente des manifestations et les violations du droit international.
Pour autant, la communauté internationale doit aller au-delà de ces condamnations et identifier des moyens concrets pour agir, dans le respect du droit international, afin de garantir son respect.
Pour aller plus loin
Réactions de haut-représentants des organes des Nations unies sur la répression des manifestations de décembre 2025-janvier 2026
– 9 Janvier 2026, Volker Türk, Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies
– 10 janvier 2026, Mission internationale d’établissement des faits en Iran (FFMI)
– 11 janvier 2026, Edouard Beigbeder, Directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique du nord et le Moyen-Orient
– 11 janvier 2026, António Guterres, Secrétaire général des Nations unies – Iran : le chef de l’ONU
– 13 janvier 2026, Volker Turk, Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies
– 13 Janvier 2026, déclaration conjointe de la Rapporteur spéciale sur les violations des droits humains en République islamique d’Iran, la Rapporteure spéciale sur la liberté d’opinion et d’expression, le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la Rapporteure spéciale sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association et avec l’approbation du Rapporteur spécial sur l’Afghanistan