« Dans dix ans, je pense que la quasi-totalité de l’Afrique subsaharienne aura aboli la peine de mort » – Entretien avec Aurélie Plaçais


6 avril 2018

Alors que le premier Congrès Africain contre la peine de mort organisé par ECPM s’ouvre à Abidjan, Aurélie Plaçais, directrice de la Coalition mondiale contre la peine de mort, partenaire de premier plan, a répondu à nos questions.


Quelle  forme revêt la participation de votre organisation à ce Congrès Africain ?


La Coalition mondiale est partenaire du Congrès Africain organisé à Abidjan par ECPM, aux côtés de la Fédération internationale de l’action des chrétiens pour l’abolition de la peine de mort (FIACAT) et de la Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI). Le rôle de la Coalition a été essentiellement de participer au contenu du programme. Nous avons fait partie du groupe de travail qui s’est réuni pour définir les thématiques, les différents ateliers, tables rondes et sessions plénières qui composent le Congrès. Nous avons également participé à la mobilisation de la société civile et nous avons invité une grande partie de nos organisations membres présentes en Afrique Subsaharienne.


On peut lire sur le programme que vous organisez une réunion privée durant la première après-midi de débats. Pouvez-vous nous en dire plus ?


Nous organisons en effet avec la FIACAT un atelier de capitalisation sur un projet que nous menons en commun depuis trois ans, le programme pour l’abolition de la peine de mort en Afrique 2015-2018. Il vise vingt pays et une quarantaine d’organisations de la société civile locale pour faire avancer le combat abolitionniste en Afrique subsaharienne. Cet atelier est ouvert à toutes les organisations membres de la Coalition mondiale contre la peine de mort et les ACAT du réseau FIACAT qui ont participé au projet. Il nous permettra de faire le bilan des trois dernières années et de préparer la stratégie pour l’avenir. C’est un grand temps fort pour nous.


Quel est l’enjeu derrière le choix de la Côte d’Ivoire comme pays hôte de ce Congrès ?


C’est très important que ce Congrès ait lieu en Côte d’Ivoire, pays abolitionniste, afin de montrer l’exemple. Mais c’est un pays abolitionniste qui n’a pas encore franchi toutes les étapes de l’abolition définitive puisqu’il n’a pas encore ratifié le traité des Nations unies pour l’abolition de la peine de mort, considéré comme le verrou de l’abolition. On espère donc aussi que ce Congrès régional aura comme impact la ratification de ce traité par la Côte d’Ivoire, qui s’intitule plus exactement le Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.


Vous modérez justement un panel qui porte sur le rôle des protocoles internationaux et régionaux.


Effectivement, il aura pour objectif d’informer et d’échanger avec la société civile sur l’importance de la ratification de ces protocoles pour l’abolition de la peine de mort. Il sera question notamment du projet de Protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples portant sur l’abolition de la peine de mort en Afrique, ayant pour objectif d’être ratifié par l’Union Africaine.


Parmi les intervenants, nous pourrons compter sur la présence de Maya Sahli Fadel, commissaire à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et présidente du groupe de travail de la CADHP sur la peine de mort en Afrique. En parallèle du Congrès, nous avons promu une réunion de ce groupe de travail, qui aura lieu la veille avec les trois commissaires qui le constituent, quatre experts qui les conseillent ainsi que la secrétaire de la CADHP. Ce sera un moment très important car ils ont peu souvent l’occasion de tous se réunir. Ils viennent de différents pays, et bien souvent seuls les commissaires assistent aux commissions africaines et les experts n’y sont pas tous invités. Nous accordons beaucoup d’importance à soutenir leur travail et à les aider à réfléchir aux meilleures manières de travailler ensemble.


Plusieurs ministres africains s’exprimeront lors de la cérémonie d’ouverture du Congrès. Quelles sont vos attentes quant aux annonces qui pourront y être faites ?


Tout d’abord, nous espérons que la Côte d’Ivoire annonce la ratification du traité des Nations unies et nous attendons aussi que le Burkina Faso annonce peut-être l’abolition. On cible également la République du Congo, la Guinée et l’Angola pour la ratification, bien qu’ils ne soient pas forcément représentés au Congrès.


Enfin, quels sont vos espoirs vis-à-vis de la situation de l’abolition en Afrique d’ici 10 ans ?


Dans dix ans, je pense que la quasi-totalité de l’Afrique subsaharienne aura aboli la peine de mort. Il n’y aura plus d’exécutions, ou en tout cas que de rares exceptions. Et on espère que le protocole africain sera entré en vigueur - avec 15 ratifications !