#AFRICABOLITION


31 janvier 2017

L’Afrique est à l’honneur dans ce numéro du Mail de l’Abolition (MAB) . D’abord parce que ce que nous apprennent les nombreux abolitionnistes de ce continent, c’est la persévérance, l’abnégation et la croyance dans la force intrinsèque de la raison sur la passion. Mais aussi parce qu’en cette actualité internationale fiévreuse et parfois désespérante, l’Afrique avance sans cesse, irrémédiablement et indubitablement vers l’abolition.



Pendant ce temps, Trump œuvre à ce que l’on peut appeler « Cheap Populism ».Erdogan joue à l’apprenti sorcier en tentant de détricoter tout ce que la Turquie a accompli jusqu’alors et appelle à la réintroduction de la peine de mort. Duterte, aux Philippines, assassine (plus de 6000 exécutions extra-judiciaires à ce jour) et appelle au rétablissement de la peine capitale au rythme de 5 à 6 exécutions par jours (soit plus de 2100 exécutions annuelles). Pendant ce temps le Koweït exécute 7 personnes dont 3 femmes, et le Bahreïn relance les exécutions politiques envers le Chiites sous la houlette de son parrain saoudien (qui lui-même bat tous les records d’exécutions ces deux dernières années)... L’année 2017 débute douloureusement !



Mais un vent d’optimisme souffle encore. L’Afrique avance calmement, sereinement sur la voie de l’abolition. La Gambie a mis fin au règne de son dictateur, Yaya Jammeh, après 23 années de pouvoir sans partage, au cours d’une transition démocratique. C’est celui-là même qui avait, en 2012, relancé les exécutions, rompant alors un moratoire de 27 ans suite à un simple rêve lui ordonnant de verser le sang.



Le Tchad, pour sa part, vient de réviser son code pénal abolissant la peine de mort, sauf pour les cas de terrorisme. Une avancée très symbolique, puisque les dernières exécutions, survenues en 2015, concernaient toutes des cas de terrorisme. Mais une avancée tout de même.



De nombreux pays africains ont exprimé leur désir de travailler sur une évolution de leur législation, sur le vote pour la résolution moratoire à l’ONU ou sur la révision de leur code pénal. J’avais pu faire l’expérience de ces évolutions jusqu’au plus haut niveau lors de mes dernières visites sur le continent africain, où j’avais pu rencontrer les ministres de la Justice de nombreux pays, notamment au Kenya (qui a commué 2747 condamnés à mort en octobre dernier), au Malawi (qui a pour la première fois voté en faveur de la résolution moratoire), en Zambie, en RDC ou en RCA.



Le Burkina Faso enfin travaille sur la révision de sa constitution, inscrivant clairement l’abolition de la peine de mort dans le texte, et ouvrant la porte à une abolition prochaine.



C’est justement à Ouagadougou qu’ECPM a organisé en décembre dernier, en partenariat avec l’Assemblée nationale du Burkina et la Fiacat, une Conférence parlementaire régionale en Afrique subsaharienne francophone. Et non seulement la dynamique est là, mais les impacts se font déjà sentir : des réseaux parlementaires sont créés, des Institutions nationales des droits de l’homme (INDH) s’activent, des militants se remotivent… en bref, l’abolition est en marche.



ECPM croit en l’Afrique comme prochain continent totalement abolitionniste, c’est pourquoi nous nous tenons aux côtés des pays africains qui souhaitent avancer. Nous lançons notamment un vaste programme en République démocratique du Congo (RDC) et au Cameroun en partenariat avec nos partenaires Culture pour la Paix et la Justice (CPJ) et Droit et Paix (D&P). Nous n’avons qu’un mot de consensus et de ralliement, qu’un hashtag : #AFRICABOLITION !



Raphaël Chenuil-Hazan

Directeur ECPM

@ChenuilHazan